Lunga, c’est une île du Sud-Ouest de l’Ecosse, célèbre pour ses colonies d’oiseaux. C’est aussi la destination d’un couple non pas étrange, mais inattendu : Adélaïde et Anthelme, son père.
Adélaïde est dans une impasse de vie, au bout de ses ressources financières, usée par un employeur pratiquant le droit de cuissage et l’humiliation au quotidien. Elle l’a insulté, et s’est ainsi méritée un licenciement. Adélaïde n’en peut plus.
Anthelme attend la fin dans l’ennui d’une maison de retraite. Lui qui a tant aimé la vie, les paysages, les rencontres. Lui qui, trop souvent absent, n’a pas vu grandir sa petite fille, fleurir la jeune fille, mûrir la femme.
Ce n’est pas qu’ils ne s’aiment pas. Comme tous les gens qui s’aiment et en sont excédés parfois, ils ont eu leurs disputes, mais aussi leur retours, et l’amour luit quelque part entre eux, comme la braise qui n’attend qu’un souffle pour bondir en flamme heureuse. Il lui a manqué, et elle lui a manqué. Voici donc un road-trip inespéré et une grande opportunité d’enfin se rencontrer.
Car Adélaïde a acheté un vieux camping-car et hop, sur les routes vers Lunga, les routes où Anthelme a voyagé autrefois avec son épouse décédée. Les rencontres, les confidences, la complicité qui surgit, la splendeur des paysages – magnifiquement rendue par l’auteur – comblent toutes les années d’affection sans passion. Ils se découvrent délicieusement proches, en harmonie, en manque d’étreintes. Ils fusionnent. Arrivés à Lunga, il sait tout de sa vie, de ce harceleur répugnant, de ce qu’elle a supporté, de ce qu’elle a fui.
C’est à Lunga qu’Anthelme et Adélaïde disparaissent.
Dans "Malfarat", le dernier thriller captivant de Christine Brunet, nous retrouvons Gwen St-Cyrq, héroïne de presque tous les thrillers de cette prolifique auteure. Et avant de vous parler de "Malfarat", voici un portrait nécessaire de cette Gwen, personnage extraordinaire dont le mot résilience pourrait parfaitement lui coller à la peau.
Gwen St-Cyrq, vendue à onze ans par son père adoptif donc déjà un lourd passé à cet âge-là. L'auteure la décrit (page 84) comme une fille mutique, secrète, froide, méfiante et dangereuse. Gwen a un sang froid à toute épreuve, un physique de crevette caparaçonnée dans bien souvent des vêtements disgracieux, cachant la plus petite partie de son corps ; un visage constellé de piercings et des cheveux coupés n'importe comment. Mais pour les besoins de cette enquête-ci ( une promo de la part de la Confrèrie?), Gwen se glisse parfois dans des tenues très sexy et élégantes, un vrai caméléon cette fille. Au fil du temps, Gwen a développé un carnet d'adresses très épais et a bien sûr des relations fort peu recommandables. Elle aime jouer solo et largue souvent ses coéquipiers. En plus d'être médecin-légiste, elle fait partie de la Confrèrie. Dans cette organisation, Gwen s'appelle Artémis Fabrègues et on la surnomme "L'Exécutrice". Elle a un grade très important et est responsable des enquêtes les plus périlleuses, d'où les trahisons subies par Gwen à cause de certains membres de cette confrèrie. Elle porte l'anneau rouge et noir, signe distinctif des membres de cette improbable organisation à la troublante genèse. Ne croyez pas que Gwen ne se laisse pas aller de temps en temps dans les bras de l'un ou l'autre équipiers, Gwen profite de ces moments-là aussi...
Et cette Confrèrie, justement, késako? C'est une organisation ancestrale qui vient en aide aux démunis et qui structure le monde des truands avec des règles spécifiques afin de protéger les plus démunis.
Pour cette enquête,"Malfarat", Gwen s'appelle Alexandra Gaillard car elle est supposée avoir péri précédemment dans une embrouille mortelle, comme d'autres membres de son équipe.
« Malfarat », un livre palpitant dans lequel l'histoire flirte avec l'Histoire. Plus on avance dans l'enquête (puisque nous suivons Gwen pas à pas n'est-ce pas), plus tout se corse, s'emmêle et nous désarçonne.
Il est question :
— d'une jeune fille qui disparaît, Nina Forggliano. Nina était une amie très proche de Gwen.
— d'une huile sur bois, le « Christ de douleur », un tableau de très grande valeur donné pour service rendu à un certain Gisèle (oui oui au masculin car Gisèle, c'est un mec), un usurier notoire de Saint-Ouen bien connu de Gwen.
— de la disparition d'autres filles et entre autres d'une petite bourge, Lyse-Anne de La Moucherie, retenez bien ce nom.
— de Mussolini.
— de résistants de la Seconde Guerre Mondiale.
— de la famille de La Moucherie, tiens tiens …
— de cette mystérieuse Confrérie à laquelle appartient Gwen et dont un membre surgit à presque chaque page car mêlé de près ou de loin à la disparition des jeunes filles.
— d'un morceau de plan récupéré par une flic qui s'est retrouvée droguée et à moitié morte pour ce bout de papier.
— Et bien sûr, de Malfarat, ce manoir mystérieux, aujourd’hui restauré, qui est au centre de l'enquête.
Alors d'après vous, quel est le lien entre tout ça? Le fil rouge, dites-moi? Je ne vais pas spoiler cette intrigante et labyrinthique histoire mais je peux vous dire que pendant plusieurs heures, je suis restée scotchée derrière ces quatre fois cent pages. Il faut dire que Christine Brunet n'a rien laissé au hasard. Des petits chapitres titrés par des mots accrocheurs comme par exemple: Ça se précise!, Le traître, Confusions et mensonges, etc ; de l'argot juste ce qu'il faut, des voyages aussi puisque nous traversons la France plusieurs fois et que nous abordons le Vénézuela.
Au final, si l'enquête aboutissait là où elle avait commencé? Non?
Et quand on pense dire "Ouf, tout finit bien", eh bien non, un des enquêteurs, ex-amant et redevenu amant de Gwen se retrouve dans le coaltar et, sous la menace d'un minable malfrat, envoie une balle vers qui? Je vous le demande!
N'hésitez pas un seul instant, plongez dans ce bouquin et pourquoi pas, réservez-vous aussi une chambre dans ce mystérieux manoir, "Malfarat", afin de vérifier si certaines entrées sont vraiment secrètes … Oui oui, c'est possible!
La meuf, elle a des couilles, comment elle s’appelle déjà ? lâche Rachida.
Pas d’importance comment elle s’appelle cette meuf, Rachida. Elle a tué et la voilà libre. C’est pas juste.
Elle venait de banlieue, c’était pas une fille de bourges, et quand même, elle a réussi l’ENA et s’est retrouvée dans les sphères du haut pouvoir. Pas vrai, Anaïs ? Tu dis rien Anaïs …
Et alors ? Elle a le droit de tuer pour ça ? Elle a le droit de pas purger une peine ? Elle a le droit d’entasser son mec ?
Son ex-mec !
Et alors ?
Daphnée a raison, c’est un pourri cet Antoine. Il s’est entassé lui-même lors de l’agression.
Oui mais c’est Madeleine qui a littéralement happé le fusil et qui a tué le type. Un pauvre con, oui, mais un être humain quand même.
Désolé, Phil. Madeleine et Antoine étaient en couple. Ce secret les liait à tout jamais. Antoine a mal digéré que Madeleine devenait assistante de la députée et que lui pataugeait dans un boulot inférieur, il a lâché le morceau. Il a voulu pourrir la vie de son ex. C’est un hypocrite.
Julien, tu dis rien, toi ?
Oh ben, tous des pourris, voilà. Le mec est un lâche, et elle, une meurtrière.
Donc elle doit payer ? Son père cache le fusil. Jamais on ne le retrouvera, ce fusil. Donc pas d’empreinte de la fille. Le père a eu raison ou pas de cacher ce fusil ?
C’était sa fille, son unique fille. Elle a morflé gravos pour décrocher son diplôme. Pour une fille sortie d’un trou de banlieue, quelle fierté pour ce père !
Le père devient complice du meurtre de sa fille !
Et toi, Julien, tu aurais fait quoi à la place de ce père ?
Cet aprèm, séance ciné avec mes élèves de quatrième. Ils ont quinze ans. Le film, ils l’ont choisi, De grandes espérances, avec Rebecca Marder, Benjamin Laverhne, et Emmanuelle Bercot. Un film de Sylvain Desclous, un réalisateur que je ne connaissais pas du tout. Après le film, je voulais entendre les avis des uns et des autres. À l’instant je jette sur le papier leurs regards sur toute cette histoire. Je ne me souviens plus très bien de qui a dit quoi. Leurs avis qui fusaient dans tous les sens m’ont brouillé les neurones. Ça commençait à s’échauffer, chacun voulait avoir raison. D’ailleurs, le gars du bistrot me regardait d’un drôle d’air, il se demandait quel genre de prof j’étais. Tolérer un tel brouhaha, ça le faisait pas trop à cette heure-là, ça dérangeait les autres clients. J’ai demandé à mes élèves de baisser d’un ton, le gars du bistrot avait des yeux révolver, je me suis sentie criblée de balles. Ce serait trop bête de mourir comme ça, j’ai pensé. Il était dix-sept heures, tout le monde est rentré. Et là, en écrivant tout ça, je me questionne. Le père de Madeleine a protégé sa fille. A-t-il eu raison ou pas ?
Je lis indifféremment de la poésie ou des romans, mais il est souvent difficile de chroniquer un recueil poétique. Celui-ci ne fait pas exception à la règle, tout au contraire. Voilà un moment que je l'ai terminé et j'ose enfin écrire quelques mots à son sujet... Je n'ai pas envie de vous parler de la structure du recueil mais plutôt de mon ressenti.
Qu'en dire ? Je ferme les yeux et je rappelle devant mes paupières closes le souvenir des impressions qui m'ont agitées au cours de ma lecture... parce que ces vers-là ne sont que sensations, cris, hurlements étouffés, un peu comme si la vie et la non-vie s'entrechoquaient en soubresauts, comme les battements d'un coeur : il bat... silence et il repart. Jusqu'à l'inéluctable.
Il ne s'agit pas d'un voyage linéaire mais d'un retour à quelque chose de primordial, presque de primitif, un besoin qui enfle jusqu'à en être douloureux, une urgence de décrire, charnellement, impulsivement les acoups vitaux de la poétesse. Un peu comme la première de couverture qui m'a interpellée, presque appelée, ce regard souligné d'une cicatrice trop voyante, cette poésie est à vif, portée par une écriture instinctive qui sort des tripes, une écriture à fleur de peau... à fleur de mots.
Extrait du livre. Quelques-uns seront nécessaires pour donner une idée
Angela Davis : « Noire. Je suis Noire. Noire, je suis noire. Noire comme la nuit, le ciel sans lune, la rivière qui murmure dans vos rêves, noire comme l’ébène qui pousse dans les forêts primitives, grande comme la canopée qui vous enveloppe d’un seul coup, épaisse et dense comme cet arbre qui danse dans les soirées solitaires, noire comme le charbon que nous avons extrait, noire comme ce jais qui nous a fait si mal aux mains. »
Marie Curie : « Elle est au moment de son existence où l’on tient sa vie, comme une petite lumière, dans le creux de ses mains. Eve la regarde et lui parle. Mais ses oreilles sont un peu vieilles maintenant, toujours peut-être à cause du Polonium. Elle est au bord du précipice, celui où l’on décide ou non de sauter. Maria a toujours été intrépide, ne s’est jamais débinée. »
Pénélope : « Elle ouvre les yeux, s’étire dans sa couche enveloppée de lin brut. Elle allume la lampe à huile dans les braises du foyer avec une cordelette de chanvre. Elle se lève très tôt depuis des jours et des jours, bien plus que ceux qu’elle peut compter sur les doigts de ses pieds et de ses mains, bien plus que tous les oliviers qu’elle peut énumérer qui dégringolent la pente, à perte de vue, vers la mer, désespérément vide depuis des cycles et des cycles d’années. Elle se lève dans la lumière toute grise, comme les souris qui mangent le grain des silos, grises comme les nuages qui entourent le Mont Neios les jours de mauvais temps. »
Biographie : son métier de psychothérapeute choisi par hasard, par envie, par intérêt puis par passion oblige Perrette à faire la sorcière : à vivre la moitié de son temps dans un autre monde parallèle, le monde des émotions et à y remettre du sens. Ni sérieuse, ni ordonnée, plaidant pour le désordre d’où nait la lumière, elle vit. Et elle écrit.
Résumé du livre
Ce sont des histoires de femmes : les plus improbables, les plus inénarrables, des femmes qui ne se seraient jamais rencontrées dans la vie, forcément : elles n’étaient pas contemporaines.
Pourquoi elles ?
Parce que c’était elles et parce que c’était moi.
Elles m’ont donné prétexte à imaginer un moment éphémère de leur vie, elles m’ont aidée à continuer à penser dans un moment difficile. Car leurs vies sont des romans, des monceaux de larmes, d’optimisme, des tonnes de savoir, des énormes talents, des perditions terribles. Courageuses et parfois solitaires, leurs présences imaginaires m’ont effleurée, stupéfaite et permis d’écrire.
Je pense avoir lu tous les ouvrages de Chloé Derasse avec un très grand plaisir... mais celui-ci est différent.
Je le referme et ne peux m'empêcher de prendre la plume immédiatement pour écrire le flot d'émotions qui me secoue, me submerge.
Ce livre est une claque... un choc... un cri.
Il s'agit d'un récit écrit comme une fiction mais il s'agit également d'un récit si personnel, si poignant, si lucide à la fois qu'il prend le lecteur aux tripes et lui montre l'impensable.
"A la poursuite du lapin blanc" est l'histoire d'un combat psychique violent, une course de l'héroïne après ce lapin blanc imaginaire. Chloé parvient à nous faire participer aux acoups de la vie d'Alice (l'héroïne), à ses chutes, ses désespoirs, ses crises... Elle nous fait ressentir ce corps honni, ses minutes de folie, ses dérapages incontrôlés... Et nous la sentons, cette odeur de vomi... nous endurons au fond de la gorge la brûlure de l'acide destructeur...
"A la poursuite du lapin blanc" est aussi un livre sur l'amitié, sur la volonté, l'espoir et l'amour de la vie.
Difficile de décrire toute l'émotion qu'ont fait naître ces mots... Je m'arrête donc là...
– J’ai assisté à la crucifixion de Jésus de Nazareth, en 30, et c’était un bien triste spectacle, ça aussi. Dans leur bêtise et dans leur arrogance, les hommes peuvent être d’une cruauté incommensurable. J’ai pleuré, ce jour-là, et je n’ai plus jamais pleuré, depuis. Ou je ne m’en souviens plus, pour être tout à fait honnête. Mais je sais ce qu’est la tristesse. Et la joie, et l’amour, ajouta-t-il. Je comprends toutes les émotions et je les ressens de façon intense. Plus qu’un être humain.
– La crucifixion de Jésus ? Excuse-moi, je n’avais pas l’intention de te blesser, assura Julian, un brin condescendant. Tout ceci est à la fois passionnant et incroyable… Charlemagne, Jeanne d’Arc, le massacre de la Saint Barthélémy, Louis XIV, la Révolution française… Jésus ! Mais si tu nous disais plutôt ce que vous venez faire ici, tous les trois. Car vous n’êtes bien que trois, n’est-ce pas ?
– Julian… hésita Janine. Pourquoi leur ferions-nous confiance ? Ces histoires sont passionnantes, quoique tristes, mais qui nous dit qu’ils sont pacifiques ? Les vampires sont puissants, tu sais… Ils pourraient nous manipuler. J’ai été manipulée. Et tu sais fort bien de quoi je parle…
– Mais vous avez mille fois raison, belle dame, répondit le vampire Valentin aux yeux vairons envoûtants. Rien ne peut vous garantir que nous venons en paix, c’est vrai, mais c’est pourtant le cas. Alcibiade est un être bon et généreux. Il nous a sauvés, Farah et moi, de nos existences au service d’un monstre. Cet homme est un saint. Un véritable saint. Je puis vous le garantir.
Alcibiade lui fit remarquer qu’il en faisait trop, comme toujours, et qu’il le mettait dans l’embarras.
Après une minute de réflexion, à se jauger les uns les autres, Julian réitéra sa question.
– Raka, susurra alors Alcibiade. Vous connaissez tous ce prénom, il me semble… Vos noms, ainsi que les nôtres, figurent sur sa longue liste noire. Elle vous en veut, pour diverses raisons, et elle nous en veut, pour d’autres. Mais son but ultime est l’éradication des vampires et des loups-garous. Car elle nous hait. Elle nous hait tous. (Il soupira et passa une main dans son admirable et longue chevelure blonde.) Savez-vous que ce sont malheureusement ceux de ma race qui sont à l’origine de la guerre vampires/sorcières ? leur demanda-t-il, morose.
– Oui, répondit Janine. Et tout changea dramatiquement ce jour-là, à cause d’un seul immortel. Shade était le grand maître des vampires. Le roi. Il assassina la femme qu’il aimait, Mana, qui était une puissante sorcière. J’ai lu cette histoire et bien d’autres dans les nombreux livres que possédait mon compagnon, Joshua, qui est mort.
– Les fameux livres des sorcières que l’on croyait perdus, murmura Alcibiade, détournant le regard. Mes sincères condoléances pour votre malheureux compagnon, dit-il enfin. Mais si des sorcières vengeresses détenaient le pouvoir…
– Raka nous détruirait tous, les uns après les autres ! conclut Julian, plongé dans de bien funestes pensées. Ça ne finira donc jamais…
– Tu as tout compris… acquiesça Alcibiade. Aussi, je vous propose un partenariat. Trouvons cette sorcière névrosée, où qu’elle se cache, et détruisons-la. Elle est le serpent à qui il faut couper la tête.
Le vampire vint alors se poser face à Julian. Sans ciller, il lui tendit la main. Adam, Max, Janine, Kristoff, Valentin et Farah les considéraient non sans appréhension.
Mais l’acteur, malgré ses doutes, accepta finalement cette main tendue et froide.
Adam entraîna prestement Julian à l’écart. Et tant pis si l’acte ressemblait à une franche hostilité. Pourtant, Alcibiade et ses camarades ne parurent guère étonnés par l’attitude du séduisant jeune homme aux cheveux roux.
L’impresario rappela à son frère de cœur la façon dont les vampires se nourrissaient. Il lui rappela également que le château abritait plusieurs êtres humains, dont son père et sa sœur. Autant de repas potentiels et faciles.
À ces mots, Julian frissonna. Troublé, il fixa Adam, puis tourna son regard vers Alcibiade. « Non… », songea-t-il. « Je ne ressens aucune perversion en lui, petit frère. Mais… on ne sait jamais. » Il alla prendre appui sur la ceinture de mâchicoulis comme s’il était tout seul sur le chemin de ronde. Adam l’imita et lui demanda avec insistance s’il avait compris les mots qui venaient de sortir de sa bouche. Pour toute réponse, Julian poussa un profond soupir de totale confusion.
Ils n’avaient pas remarqué qu’Alcibiade, nonchalamment, les avait rejoints. À son tour, un sourire un rien canaille aux lèvres, le vampire posa ses mains sur la ceinture de mâchicoulis. Quand il réalisa qu’ils n’étaient plus seuls, Adam tressauta. « Putain ! », lâcha-t-il. « Serais-tu un crocodile ? » Alcibiade ne put s’empêcher de ricaner, ce qui faillit faire sortir Adam, d’ordinaire très cool, de ses gonds.
Passablement mal à l’aise, Julian pria son ami de le laisser seul avec le vampire. À contrecœur, Adam obtempéra et rejoignit les autres à l’autre bout du chemin de ronde. Ils semblaient tous fort perplexes. Comme pour le rassurer, Kristoff posa une main sur l’épaule d’Adam, et la belle Farah lui dit qu’il avait tort de s’inquiéter, qu’ils savaient parfaitement se contrôler. Adam haussa les épaules et croisa les bras, attendant la suite de ce énième bouleversement avec impatience. « À quoi bon discuter à l’écart ? », fit-il remarquer. « Ne sommes-nous pas tous dotés d’une ouïe surnaturelle ? » « Voilà qui est tout à fait vrai, mon ami », chuchota Max, attentif.
– Ni moi ni mes amis n’avons l’intention de nous nourrir du sang des humains qui vivent dans ce château, Julian Kolovos, promit l’être immortel. Nous ne sommes pas du tout ce genre de vampires. Je déteste ce genre de vampires ! (Repassant sa main dans sa longue chevelure blond vénitien, il ricana de nouveau, un brin empoté.) Tu sais, je ne t’ai pas menti. Comme te l’a confirmé Farah, il y a quelques minutes à peine, je suis réellement fan. Quelque part, ça me blesse un peu que mon idole se méfie de moi. Cela dit, je comprends parfaitement, je ne suis pas un imbécile. J’agirais probablement de la même manière en pareilles circonstances.
– Je veux te faire confiance, Alcibiade… mais je ne te connais pas, c’est aussi simple que ça. Et puis, mon père et ma sœur vivent ici. Bien des fois, ces dernières années, nous avons flirté avec la mort. J’ai moi-même failli mourir dans des circonstances abominables, il n’y a pas un an. Je ne peux plus prendre des risques inconsidérés. Qui plus est, tu débarques avec tes amis en nous proposant une alliance au moment précis où nous parlions de Raka. La coïncidence est assez troublante.
– Tu as raison, et je ne t’ai pas tout dit, confessa le vampire. Mais je vais le faire, à présent, car je n’aime pas les secrets. Alors, écoute-moi bien sans m’interrompre, s’il te plaît. Tu es d’accord ? (Julian hocha la tête.) Merci… Ces derniers mois, Valentin, Farah et moi-même, nous nous sommes sentis observés. (Julian releva un sourcil.) Nous avons très rapidement découvert qu’il s’agissait de sorcières d’un rang inférieur envoyées par Raka, mais nous avons également découvert autre chose. Un soir, dans un bar de nuit de Sanremo, Valentin put entendre la conversation des créatures qui l’avaient suivi jusque-là. S’imaginaient-elles qu’il ne s’en était pas rendu compte !?! Stupides sorcières arrogantes… Nous avons donc appris que nous étions tous menacés : Valentin, Farah et moi, mais aussi tes amis et toi, Julian Kolovos, et d’autres encore… Alors, nous avons pris la décision qui semblait la meilleure : vous surveiller de loin, mais suffisamment près. Nous ne voulions pas nous ingérer dans vos vies.