La magie opère grâce aux centaines de cascades éphémères qui s’écoulent depuis le haut des montagnes. Seules deux d’entre elles sont permanentes. Les autres sont créées par l’abondance de pluie. Certaines chutes d’eau se fracassent sur un rebord et tombent d’étage mousseux en étage mousseux tandis que d’autres dévalent le relief en rivière. En fine brume ou en rage torrentielle, sous un voilage en diagonal ou à la verticale, le spectacle est sensationnel. Caressé par les rares rayons de soleil, le paysage prend soudainement vie dans un éclat d’arc en ciel et de couleurs. Lorsque notre capitaine coupe les moteurs, l’expérience est totale. Appelé le « Sound of Silence », nous vivons un silence profond répercuté le long des parois.
Alain CHARLES habite Baudour, il exerce la profession d’ingénieur dans une société de construction en Wallonie picarde. Il a déjà publié plusieurs recueils de nouvelles et de contes fantastiques, et quatre romans dont « une si jolie poseuse de bombes » et « Dans sa maison un grand cerf » parus en 2022, « Ciel bleu, avec nuages » est son cinquième roman.
Résumé
La vieille me l’avait dit et j’aurais dû l’écouter, derrière chaque banal nuage, il y a un récit, une fiction, une autre réalité.
Julie et Jules, Pierre Henry Ignace Philibert de Malaussène, Phiphi pour les intimes, Philibert pour là-haut, Anne et Jade, Alexander de chez Alexander & Alexander SA, Alex en devenir, Bugsy l’embrouille, éplucheur de patates de son état, Naïm, dit Roméo, et sa Juliette, et Laura, ma très chère Laura, ces personnages n’étaient pas destinés à se rencontrer, mais un évènement les a fait basculer dans une autre vie et un être singulier, ange sans le vouloir, les convie à prendre le chemin.
Extraits
Les voilà dans la rue, ils marchent côte à côte, un génie arabe de vingt-deux ans et une étudiante de seize ans, amoureuse des arts.
Durant la visite de «Van Gogh dans tous ses états», Naïm explique, détaille, commente chaque œuvre avec précision et enthousiasme. Juliette regarde et écoute, bouche bée d’admiration, les tableaux et les commentaires.
— Que faites-vous dans la vie, Naïm?
— Je suis docteur en astronomie.
— Vous soignez les étoiles?
Cette jolie et naïve expression émut Naïm. Il n’y avait jamais pensé, prendre soin de la terre était déjà une tâche ardue.
— Comment se fait-il que vous sachiez expliquer cette exposition avec tant de détails et d’exactitudes?
— J’ai une excellente mémoire, je répète simplement ce que le guide a précisé hier.
— Vous êtes un génie, Naïm.
— Certains le disent, mais non, Juliette, j’ai juste certaines facultés amplifiées de façon exponentielle.
— Exponentielle?
— Cela veut dire que la variable est un exposant. Et vous, Juliette, quelles sont vos aptitudes particulières?
— Je n’en ai aucune.
— Impossible, tous en ont, mais vous, vous ne les éprouvez pas.
— Hormis la bêtise, l’ignorance et celle d’oublier, je ne m’en connais pas d’autres.
— Erreur Juliette, aimer est le plus grand des talents. Je vous ai vu admirer les tableaux, les yeux ne trompent jamais, vous aimez l’art et ceux qui l’aiment, aiment les gens.
— Naïm, vous me plaisez, personne ne m’a jamais parlé de cette manière. Vous me demanderiez de partir n’importe où avec vous, je partirais.
— Alors, venez avec moi.
— Où?
***
— Vous ne regardez pas la gazette locale?
Bugsy l’embrouille sursauta, il n’avait pas vu le jeune homme arriver.
— Puis-je le prendre?
— Tu m’as fait peur, gamin, et oui, tu peux l’avoir. Les nouvelles sont tristes à pleurer, alors je ne les lis pas, cela m’évite des idées noires et des peines inutiles.
— Vous êtes philosophe si vous pensez qu’un mal qu’on ignore est un mal qui n’existe pas.
— Je ne sais plus qui je suis, gamin, mais je suis convaincu que toute personne peut revendiquer le droit à l’ignorance.
— Moi, je le dirais autrement. Celui qui ne veut pas savoir s’enfonce la tête dans le sable.
— Ne me compare pas à une autruche, gamin, dis-moi plutôt d’où tu viens si soudainement.
Philibert jugea la réponse prématurée, il enchaîna.
— Et vous, vous faites quoi dans la vie?
— Je cherche du travail.
— Vous avez regardé les offres d’emploi?
— Non, il n’y a sûrement rien pour moi.
— Pourquoi dites-vous ça, vous êtes astrophysicien, docteur en sciences nucléaires, conservateur des hypothèques?
Bugsy éclata de rire, qui par contagion, emporta Philibert. Essuyant une larme, il reprit plus sérieusement.
— Je n’ai pas de conseil à vous donner, mais sachez qu’à attendre que l’herbe pousse, le bœuf meurt de faim.
***
— Et pour vous, mes tendres amis, je vous octroie la plus belle des chambres.
— Je n’en ai pas besoin, Geneviève, je ne suis pas du voyage.
— Que nenni, ma belle, vous vous trompez ou vous ne le savez pas encore.
— C’est la dernière chambre, celle de Bugsy.
— Non, Laura, n’insistez pas, vous me connaissez depuis très longtemps, je ne m’appelle pas Geneviève pour rien. Je disais donc, c’est la vôtre, et même si ce n’est pas pour cette nuit, elle vous est réservée.
— J’habite avec mes parents, il n’y a aucune raison pour que cela change.
— Une fois de plus, vous vous trompez, vous ne pouvez quand même pas y dormir avec votre petit ami, je devrais même dire, votre futur mari.
— Je n’ai pas de petit ami et encore moins de futur époux.
— Et lui, alors, celui qui vous suit comme un petit chien à sa mémère, c’est qui?
— Il s’appelle Philibert et…
— Il vous relooke avec des yeux de merlan frit. À tous les coups, Laura, il est amoureux de vous, cela se voit comme le nez au milieu du visage. Je trouve que vous avez beaucoup de chance, ma belle, il est mignon comme tout.
— Vous ne le savez pas, Geneviève, mais entre nous, c’est tout simplement impossible.
Michaël Zoïna est né en 1972 d'une mère flamande et d'un père italien. Enfant, ses deux grandes passions sont le football et la lecture. À l'adolescence, son goût pour la musique remplace celui pour le ballon rond. À la même époque, il devient animateur de groupes de jeunes.
Actuellement il vit à Tournai et enseigne les mathématiques.
Ses autres ouvrages (« À la lisière des nébuleuses », « Derrière le silence », « Sans détour », « Du feu et de la nuit », « Plus que des mots », « Gaspard et Léa », « Les statuettes » et «Dans mon kiosque ») sont publiés par Chloé des Lys.
Résumé
Des nouvelles très variées qui possèdent cependant un point commun : chaque personnage est confronté à une réalité qu’il n’a pas choisie.
Extrait
La prière à la lune
Dès les premières heures du jour, le soleil a cogné comme une brute sur Sienne. La chaleur s’est faufilée partout. Dans les rues, derrière les murs des maisons. Elle a dépouillé la place du Campo de toute présence et privé les habitants de leur sacro-sainte sieste. Seul l’intérieur des églises était épargné. Jusque tard dans la soirée, la ville a suffoqué. Puis, les premiers nuages noirs sont arrivés, semblables à des cachalots volants, et l’orage a éclaté.
Ce soir, comme tant d’autres, Ricardo est installé dans son fauteuil préféré, celui de la véranda, face à la pelouse.
Avant de s’asseoir, il a posé l’aiguille de son électrophone au bord de son disque préféré : les Intermezzi de Brahms par Glenn Gould. C’est Antonia, sa femme, qui le lui avait offert pour son soixante-deuxième anniversaire. Antonia qui, à l’instant, malgré les médicaments, peine à trouver le sommeil dans le lit qu’elle ne quitte plus.
Ricardo a atteint cet âge où on regrette ce qu’on est devenu, où on préfère ne pas penser à l’avenir. D’ailleurs, il occupe la plus grande partie de son temps à penser au passé. Aux bons comme aux mauvais moments. Car dans un cas comme dans l’autre, l’émotion était vive, son corps et son esprit réagissaient avec vigueur. Se souvenir de ces moments, c’est presque retrouver cette vigueur. Presque.
Le tonnerre gronde. Et le vieil homme pense à Romina.
Romina : deux rencontres, moins d’une demi-heure en tout et pour tout en sa compagnie et pourtant…
Il en faut si peu parfois pour qu’une personne se rappelle à nous longtemps.
La première rencontre se déroula à San Gimignano.
Ricardo et Antonia s’étaient déplacés pour le concert d’une jeune chanteuse, Romina Rossi, dans l’église du petit village toscan. Au programme, des airs d’opéra accompagnés au piano.
Elle avait incarné ses différents personnages avec une telle maestria ! Amoureuse, accablée, coquine, féroce : elle avait été tout cela en un peu moins d’une heure. Et elle avait si bien chanté La prière à la lune de Dvořák, que l’émotion avait propulsé Ricardo là où personne n’aurait pu le rejoindre.
Après le concert, Antonia et lui avaient pu discuter un peu avec Romina. Enfin, surtout lui. Il voulait savoir ce qui avait motivé le choix des morceaux : elle lui répondait avec moult précisions, en le regardant dans les yeux. Quand d’autres spectateurs s’immisçaient entre eux pour la féliciter, elle se contentait d’un timide « Merci». Ces spectateurs n’en demandaient pas plus. Sauf une dame qui voulut se faire remarquer.
— Vous avez une diction extraordinaire, Mademoiselle !
La chanteuse prit un air espiègle :
— C’est parce que je fais des exercices d’articulation à chaque fois que je vais aux toilettes, Madame.
Antonia et Ricardo pouffèrent et la dame s’éloigna.
— Encore une qui pense que l’emphase rend son propos brillant, dit la chanteuse.
La jeune femme dégageait une fraîcheur peu commune, qui rehaussait sa beauté. Mais ce fut son regard qui marqua le plus Ricardo. Ses yeux noirs pétillants.
Durant leur retour en voiture, il demanda à son épouse :
— Ça ne t’a pas dérangée que je parle comme ça avec la chanteuse ?
— Non. Ça avait l’air de te faire plaisir. Et j’ai bien vu qu’elle ne te faisait pas du gringue. Donc, ça ne m’a pas dérangée.
Il avait souri.
L’aiguille de l’électrophone arrive à la fin de la première face et revient à sa position initiale. Même si le piano de Gould a souvent été étouffé par le bruit de la pluie sur le toit de la véranda, Ricardo se lève et retourne le disque.
La deuxième rencontre entre Ricardo et Romina eut lieu dans le train entre Sienne et Florence. C’était cinq mois, jour pour jour, après le concert.
Pendant ces cinq mois, il avait plusieurs fois pensé à elle. Il avait espéré retrouver son nom dans la rubrique « Spectacles à venir » de son journal. Il s’était repassé la conversation de San Gimignano en boucle dans la tête pour en oublier le moins possible. Une nuit, après une dispute conjugale, il avait même écrit un poème dans lequel il s’adressait à la jolie chanteuse.
Ricardo monta dans le train à la gare d’Empoli. Quand il reconnut Romina assise face à une banquette vide, son cœur s’emballa.
— Bonjour ! lui dit-il.
— Bonjour…
Elle avait répondu avec un étonnement qui n’avait pas échappé à Ricardo.
— On a parlé un peu ensemble après votre concert de San Gimignano. Il y a quelques mois.
— Ah oui, c’est vrai… Vous allez bien ?
Son ton était las. Il contenait même une pointe d’irritation.
— Oui oui, ça va. Je peux…
Il laissa sa phrase en suspens quand il vit Romina plonger la main dans son sac pour en tirer un gros livre.
— Bien… Au revoir.
— Au revoir, Monsieur.
Il changea de wagon et s’assit près de la vitre, dans le sens de la marche.
Les paysages toscans lui semblèrent recouverts d’une suie épaisse.
Le disque de Gould est terminé. Au dehors, la pluie a cessé.
Ricardo enlève ses pantoufles, se lève, fait glisser la porte-fenêtre et sort.
Ses pieds foulent le gazon mouillé.
Les derniers nuages se retirent. Ricardo lève les yeux vers le croissant de lune.
Edmée De Xhavée est Belge, pour ce que cela veut dire. Belge depuis plusieurs générations qui ont exporté et apporté des gènes d’ici et d’ailleurs. Une famille souvent nomade « pour les affaires » et donc bien du désordre non pas dans la lignée mais dans les habitudes et souvenirs. Née lors de cette époque bénie de l’après-guerre où tout renaissait dans l’espérance, la jeunesse des « golden sixties », des enfants des fleurs, les débuts des voyages et des découvertes. Écrire est son album de photos un peu menteur un peu audacieux. Ce livre est son douzième.
Extrait
Elle était alors une petite fille privilégiée, ni pauvre ni malheureuse mais aussi informée de la frontière entre elle et les autres enfants que ces autres enfants l’étaient pour leur part. Car vêtue de son affreux maillot rouge, elle se tenait pensivement à la grille du château pour regarder au loin ces joyeux galopins dévaler le chemin dans des boites à savon, se cassant gaiement la figure et se défiant sans crainte. Et eux devaient l’imaginer gavée d’un dessert gigantesque et peut-être même lui envier cet affreux maillot rouge…
Synopsis
“Un roman d’amour” à une maman fantasque et trop vivante pour vraiment mourir. Pas une biographie, mais des anecdotes tendres, amusantes, touchantes, qui en font un portrait précis et peut-être surprenant pour qui ne connaissait d’elle que ce qu’elle consentait à montrer aux non-intimes. Et faire l’inventaire joyeux de tout son héritage génétique et comportemental est un bonheur à partager…
Ils n’ont plus rien à se dire, alors ils se taisent. À quoi bon parler encore quand tout à été dit ? À quoi bon relancer une conversation qui ne déboucherait sur rien de plus que ce qui a déjà été ressassé longuement, encore et encore ? Il vient toujours un moment où les mots sont inutiles, voire même où parler de la pluie et du beau temps, de la guerre ou de la paix, pourrait devenir la lame acérée du couteau qui tranchera dans ce qui fut.
2. Biographie
Jacques Lagneaux, musicien, comédien, conteur, auteur, est avant tout amoureux des mots. Plus particulièrement de ceux que l’on a oublié d’utiliser depuis longtemps et qui dorment sur l’étagère la plus haute de la mémoire collective. Il écrit pour le plaisir de surprendre et de déclencher des émotions heureuses.
3. Résumé du livre
De la chaleur des déserts africains à la dérision hollywoodienne, ces quinze nouvelles plongent sans détours au plus profond de l’intimité de personnages tantôt drôle, tantôt graves, mais toujours vrais. Dans ces univers contrastés, chacun pourra retrouver des parts de soi que la vie a dispersées.
A mon avis, quand vous êtes déprimés, vous ne devriez pas écouter de musique. Vous risqueriez de retomber sur ces chansons qui vous font pleurer comme une idiote, enchaînant les boîtes de mouchoirs et remplissant les poubelles de votre tristesse sans jamais réussir à vous en débarrasser véritablement.
2 – Biographie :
Serena Bardano est née à Argenteuil, près de Paris, en 1985. Elle a choisi un pseudonyme avec le nom de jeune fille de sa grand-mère d’origine italienne, afin de lui rendre hommage.
Elle a fait ses études universitaires à la Sorbonne, à Paris, où elle a obtenu un Master 2 en littérature et un autre en langue française.
Et si j'osais ? est son premier roman destiné à la publication.
3 – Résumé du livre :
Et si j'osais ? est à mi-chemin entre le roman et l'ouvrage de développement personnel. Ce livre écrit à la première personne se veut propice à la réflexion et partage des problématiques étudiantes comme des questions plus existentielles que nous nous posons toutes et tous. Il aborde ainsi des sujets tels que l’amour, l’amitié, la famille, l’éducation, le travail, les loisirs, les peurs, la maladie et le deuil.
Belle lecture que nous offre Edmée avec ce dernier roman. A découvrir absolument.
Lovely Brunette est une femme qu’on aime infiniment à travers les mille anecdotes que l’auteur nous livre avec tant de tendresse, de vérité et de drôlerie que nous pensons les avoir vécues.
Ainsi, nous suivons Lovely Brunette dans sa cuisine où elle passe la journée entière à faire blinquer l’argenterie de toute la maison, papotant avec sa fille.
Un autre jour, en voyage en Yougoslavie toujours en compagnie de sa fille, Lovely échappe à Lerno, un contact épistolaire trop tenace et insistant en s’égarant dans un chemin terreux qui aboutit à une décharge sauvage de détritus.
Nous l’accompagnons aux séances de cinéma du mercredi après-midi. Lovely Brunette y emmenait ses enfants selon un horaire bien à elle sans lien avec l’heure du début du film de sorte qu’ils découvraient parfois la fin d’une histoire avant son commencement.
Nous rencontrons Lovely, l’écuyère parfaite et ses chevaux. Nous caressons ses chiens, entre autres Tara, sa dernière chienne qui a vieilli et s’est assagie avec elle.
Nous mangeons ses pâtes Miracoli, préparées à sa façon.
Nous nous sommes également promenés dans son somptueux jardin fleuri et parfumé, réelle présence vivante et bruyante qui se figea sous le gel le jour de sa mort.
Au-delà de ces anecdotes savoureuses - je n’en relate que quelques-unes - il y a par-dessus tout l’amour, l’admiration et le respect d’une fille pour sa mère.
Voici quelques extraits qui m’ont touchée et révèlent la poésie de l’écriture d’Edmée.
«Maintenant je les regarde, ces photos d’une enfant ravissante et je réalise que pour arriver à la vieille dame lasse et chiffonnée, il lui a fallu foncer en avant comme un train, tête baissée. Prendre des pelles, renoncer à de candides espoirs, en construire d’autres, aimer, faire mal, se faire mal, pleurer d’amour et de rire, blesser, trahir, guérir, réconforter. »
« Son moment de gloire, la gomme qui effaça bien des souffrances et des doutes. Et dont les photos prouvent combien, à 47 ans… elle avait encore tout le scintillement de la Lovely Brunette ! »
« Chaque voyage laissait un petit carré de la mosaïque qu’elle assemblait. »
« Nous nous sommes souvent disputées. Je vous dis disputées mais jamais je ne l’ai insultée ou ne lui ai parlé grossièrement. Nos disputes furent volubiles, sonores, suivies de longues et chaudes périodes fusionnelles. »
« Le soir tombé, nous étions repues de bavardages, d’intimité, de flots de mots qui auraient pu paraître inutiles –certes, nous n’avions pas changé le cours du monde- mais avaient ajouté quelques longueurs au tissu de notre lien, ce tissu qui encore aujourd’hui qu’elle n’est plus (ici), ne s’est pas rompu. »
« … la malice qui nous unissait en milliers de mots qui ne devaient même pas être prononcés. »
« On savait bien peu que l’on vivait des étincelles de bonheur. »
« Elle entre en courant d’air dans mes pensées alors que je me crois absorbée par autre chose. »
Je ne cite pas la dernière phrase qu’Edmée a écrite, c’est pour moi la plus belle dans ce roman d’amour.
Alléchée par quelques extraits choisis, je me suis plongée dans la lecture de Meurtres surnaturels – La chute de Julian Kolovos ‒ de Joe Valeska.
En l’ouvrant, je reconnais avoir éprouvé un peu d’appréhension, pour deux raisons : la première, tout bêtement parce que je n’avais pas lu le premier tome ; inquiétude inutile car l’auteur raccroche si bien les wagons que le second tome peut être lu indépendamment du premier. La seconde, (désolée Joe) parce que je n’aime pas du tout les films d’horreur et craignais un afflux d’hémoglobine.
Bon ! il y en a eu… un peu, pas suffisamment cependant pour me détourner de ma lecture. D’autant plus que le voyage nous emmène dans des lieux étonnants, souvent extraordinaires, en compagnie de personnages insolents, drôles, parfois acides ou cabochards, mais toujours dévoués les uns aux autres et finalement très attachants.
Entre ombre et lumière, entre sang et cocktail, ce roman est de ceux qu’on n’a pas envie de lâcher et dont on se trouve, à la fin, envieux de connaître la suite.
Ludovic est assis sur un banc public. Pause-déjeuner après une pénible matinée au bureau.
Engourdi par les rayons d’un soleil radieux, il plonge dans son passé. Soudain, venu de nulle part, le souvenir d’Anna, son amour d’enfance. Qu’est-elle devenue ? Trente-cinq ans qu’il ne l’a plus vue. Troublé par cette fulgurance, il la recherche sur Internet et tombe sur une photo de son visage. Un visage qui le bouleverse profondément et ne le quittera plus.
Une seule photo aura suffi à bousculer le quotidien lassant de Ludovic. Son obsession pour Anna ne faiblit pas, lui colle à la peau et déclenche en lui un profond séisme. Une remise en question de toute sa vie. La raison s’éloigne petit à petit et une idée folle agite son esprit : partir à la conquête d’Anna. Mais après tant d’années écoulées, que lui reste-t-il à offrir ?
Elle est arrivée! Lovely Brunette est arrivée… (Edmée De Xhavée)
Lovely Brunette, c’est ma Mammy. Et non, ce n’est pas sa biographie. Elle n’est jamais montée sur une scène, n’a fait aucun tutorial sur comment avoir des lèvres pulpeuses et des seins de marbre, n’a assassiné personne, ne s’est pas droguée, n’a été à la tête de rien si ce n’est de sa vie. Donc à quoi servirait une biographie ?
Ça n’en est donc pas une. Mais ça la révèle bien mieux. Les anecdotes sont comme les touches de pinceau sur un tableau impressionniste. Oui oui, on la devine si bien, ah qu’on aime sa gentille candeur, ses réactions spontanées, son aisance dans sa situation d’excommuniée par notre mère la Sainte Eglise (bien peu sainte…), son adaptation aux caprices du sort, sa loyauté envers qui l’aimait, et l’insouciance qu’elle avait quand elle me disait de ne pas croire telle ou telle « vérité » religieuse ou sociale qu’on m’avait présentée. Le « bon évêque » dont on nous vantait la sainteté en classe car il avait converti toute la principauté était un vrai sadique qui faisait lier dos à dos les téméraires qui osaient vouloir rester des païens paillards et impies et hop !, dans le fleuve. Une méthode de conversion que les Talibans auraient appréciée… Non non, ce petit garçon était bel et bien très bête, mais son papa très riche, aussi terminait-il en tête de classe en fin d’année, tout s’expliquait et était normal.
Dans la vie, faut pas s’en faire, toute les p’tites misères seront passagères etc…
Comme toutes les vies, la sienne eut ses hauts et ses bas, ses coups de soleil et de blues. Comme tous les enfants, l’ingratitude naturelle nous faisait penser qu’être notre Mammy était son travail gratifiant et qu’elle ne devait faillir en aucune circonstance. Qu’elle était, en même temps, une femme qui faisait face au menu que la vie lui avait composé, ça ne nous effleurait pas. Pas plus que l’héritage de la joie de vivre qu’elle a laissé. Toute mon indépendance, ma « forte tête », c’est à elle que je la dois. Elle me qualifiait de rebelle, ce qu’elle était avant moi, mais autrement.
Lovely Brunette, c’est tout ce qu’elle m’a raconté, écrit, confié d’elle. C’est tout ce que j’ai vu sans le voir et admire aujourd’hui.