Iona Reilles, née en 1974, est une Artiste Peintre exerçant dans le nord de la France et ancienne graphiste.
Résumé
Dans « Déboires et Confidences », Iona Reilles signe un recueil de textes et poèmes chargés en émotions, où les mots, lourds de sens, sont utilisés avec agilité et précision. Les peines et les tourments sont ici cristallisés dans l’émoi qu’ils suscitent et n’en reste plus que leur essence, laissant ainsi chacun libre d’interpréter ses lignes selon ses propres règles et expériences.
Toutes les créatures légendaires sont entourées d’un voile d’affabulations outrées et de semi-vérités.
Les arts littéraires, puis le cinéma, puis la télévision… De l’antiquité grecque à l’avènement de l’Internet, tout a été dit, chanté, déformé, publié et finalement montré. Tout comme son contraire, d’ailleurs…
À propos des vampires – ceux qu’on appelle aussi les non morts –, que raconte-t-on ? « Ce sont de monstrueux prédateurs qui, à la tombée de la nuit, abandonnent tombes et cimetières pour s’abreuver à la jugulaire de leurs infortunées victimes. » D’une manière générale, voilà ce qu’on raconte.
Ma foi, je trouve cela un brin réducteur, mais comment le nier ? C’est impossible. Si nous désirons survivre – et pour que l’illusion de l’éternelle jeunesse perdure –, c’est bien de cette façon qu’il nous faut nous nourrir. Le sang est notre Saint Graal, notre nectar et notre ambroisie. Il est notre panacée. Si nous n’en consommions pas très régulièrement, nous nous fanerions. Nous deviendrions des momies aux mains diaphanes… Des momies hideuses, en réalité, décharnées et desséchées comme elles furent représentées dans les films d’épouvante, au fil des décennies. Qu’il ait été incarné par Boris Karloff ou par Arnold Vosloo, aucun vampire n’a le souhait de ressembler au grand prêtre Imhotep…
Le sang ! Il nous appelle constamment. Il ne nous laisse jamais le moindre répit. Évidemment, à chaque nouvelle année qui passe, nous apprenons à mieux maîtriser ce besoin à tout le moins impérieux.
Notre Code veut que nous ne traquions et ne tuions que la lie. Qui pleurerait le cadavre exsangue d’un fou criminel, d’un enfoiré de dealer ? La mère ayant perdu son enfant, retrouvé shooté à mort, par un matin grisâtre, exhalant sa pestilence au milieu de poubelles dégueulasses et la chair rongée jusqu’à l’os par quelques rats affamés ? Qui verserait une larme, une seule petite larme, sur le cadavre méphitique d’un violeur de femmes, d’un violeur d’enfants ? Personne.
Quant aux innocents, s’il peut nous arriver, il est vrai, de nous repaître de leur hémoglobine – oserais-je le dire ? Entre adultes consentants –, ils n’ont rien à craindre pour leur vie. Je vous le certifie.
C’est la loi. Notre loi. C’est « Le Code ».
Toutefois – dans notre race comme dans la vôtre –, il est des renégats pour outrepasser les règles, non sans délectation. Ils pourchassent, terrifient et tuent ! Accessoirement, ils torturent aussi. Ceux-là, nous les éliminons. À la première occasion. Ce sont des cancrelats, et il faut les écraser sous la botte sans pitié. Ils ne sont pas des vampires. Ils sont des abominations.
Mais si, à vos yeux, les vampires étaient tous des monstres, l’être humain n’est-il point capable des pires atrocités ? Au risque de passer pour un sombre moraliste, ce dont je me fous éperdument, très sincèrement, qui a assassiné Jésus-Christ ? Les vampires ? Qui a imaginé les plus abjects supplices ? Les vampires ? Comment peut-on scier un être humain en deux à partir de son entrejambe, attaché par les pieds et suspendu la tête en bas ? Seul un cerveau humain peut imaginer ces choses-là. Vous ne me croyez pas ? Cherchez sur Google !
Et qui a voulu anéantir une race tout entière, il y a moins d’un siècle !?! Les vampires ? Car la voici, la vérité : l’histoire porte le sceau infâme de la honte. Combien de millions d’innocents morts pour rien ? Et au nom de qui ? De quoi ? Le plus souvent au nom d’un fou, de Dieu ou d’Allah. Prétexter la volonté du Tout-Puissant, c’est une chose tellement commode pour justifier l’ignominie de ses actes !
Qu’en est-il, aujourd’hui, en 2022 ? Est-ce que quelque chose a changé ? Réellement ? Remontons le temps et prenons, au hasard, le 11 septembre de l’année 2001 : « États-Unis d’Amérique : des avions-suicides ont pris pour cibles les tours jumelles du World Trade Center ! »Ce jour-là, combien d’hommes et de femmes innocents furent soufflés comme on souffle sur les aigrettes d’un pissenlit ? Tous, dans l’inconscience qu’ils n’allaient plus jamais revoir leurs proches ni serrer leurs enfants dans leurs bras… Tous, dans l’inconscience que la Mort allait venir les faucher… Un peu plus près de nous : France, 7 janvier 2015 : 12 morts et 11 blessés dans l’attentat contre le journal Charlie Hebdo. France, encore, 13 novembre de la même année : 90 morts et des dizaines de blessés au théâtre du Bataclan. France, toujours, 14 juillet 2016 : 86 morts et 434 blessés sur la promenade des Anglais, à Nice. Chaque mois, chaque semaine, chaque jour, combien d’attentats dans le monde entier ? Combien de morts inutiles ? La terreur. La violence…
Le génocide arménien, Auschwitz, le Rwanda, Srebrenica, le Darfour… Et, depuis le 24 février dernier, l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Histoire sans fin…
Des morceaux de chairs épars et des viscères de tous les côtés. Le sang qui coule en abondance dans les tranchées. Le sang qui souille les camps et qui souille la jungle. Le sang qui souille l’asphalte. Rien, jamais, n’a changé, et rien, jamais, ne changera. Toujours, des gens festoieront dans la débauche et dans la crasse. Comme au temps reculé de la Rome antique. Et d’autres, toujours, exposés à la vue de tous comme des trophées morbides et nauséabonds, pourriront, les intestins à l’air, dans l’indifférence la plus totale. C’est malheureusement ainsi, depuis la nuit des temps. C’est malheureusement ainsi, depuis que notre monde est monde. Comment cela pourrait-il changer ? Car c’est dans votre nature. Cette nature qu’on dit humaine.
Il en naîtra encore, des Hitler et des Bokassa, des Saddam Hussein et des ben Laden. Il en naîtra encore, des semeurs de désordre… Tout comme on entendra toujours des : « Retourne dans ton pays, Bamboula ! » ou des : « À mort, les pédés ! »
Hé ! Mais que faites-vous ? Non, ne vous détournez pas de moi, s’il vous plaît. Oh ! Je le sais très bien, ce que vous pensez. Vous pensez : « Mais les histoires de vampires, on connaît, mon bon Monsieur ! Littérature, cinéma, télévision… On connaît tout ça par cœur ! »
Vous connaissez tout ça par cœur, hein ? Dans ce cas, que pourrais-je vous apporter de plus ? Mais puisque nous sommes coincés ici, dans ce trou à rats sordide, vous et moi – et pour quelques longues heures encore, je pense –, n’êtes-vous pas curieux de connaître la vérité sur l’histoire ?
Une partie de l’histoire, du moins.
Oui ? Non ? Peut-être ? Allons, je sais très bien que vous l’êtes, et vous le savez aussi. Au fait, votre prénom ? Quel est-il, s’il vous plaît ? Enchanté de faire votre connaissance, Eugène. Attendez… Je vérifie juste un p’tit truc. C’est bon ! Mon dictaphone fonctionne toujours – je vous expliquerai plus tard. Ces amateurs ne m’ont même pas fouillé !
Moi, c’est Delecroix… Virgile Delecroix. Delecroix et non Delacroix, très cher Eugène. On confond souvent.
Vampire, je le suis depuis l’an 1764, mais je suis né dans le Gévaudan quelque vingt-cinq ans plus tôt, en 1739, dans la cité médiévale de Marvejols.
Sans vantardise, j’étais ce que vous appelez aujourd’hui un beau gosse, et le fait d’être devenu immortel n’a rien changé à cela. Strictement rien, au contraire. Voyez-vous, quand un être humain est transformé en vampire, les lignes de son visage s’affinent, et les petites imperfections, les taches disgracieuses et les rides s’estompent. Ou elles disparaissent.
Je suis plutôt grand – un bon mètre quatre-vingt-cinq –, et mon visage est fort plaisant, dit-on. Mes yeux sont marron, presque noirs, et peuvent prendre un éclat surnaturel des plus troublants… Mais quand la haine envers ma proie m’envahit, j’ai alors les yeux d’un grand blanc. On y voit le vide et la mort à l’intérieur. Mon nez est droit, assez fin, et ma bouche est très joliment dessinée. Mes cheveux sont châtains, raides et très épais, et ils atteignent mes épaules. Pour ce qui est de l’ensemble de ma musculature – honnêtement, qu’en pensez-vous, Eugène ? –, je crois être plutôt athlétique.
Pardon ? Je ressemble à qui ? Au Prince Caspian ? Ah ! Vous parlez de Ben Barnes, ce talentueux acteur britannique. Il paraît, oui… On me l’a souvent dit, pour parler franc. Et, vu l’homme, comment ne pas se sentir flatté ? Je vous remercie.
Je ne vous cacherai rien de ma jeunesse en tant que mortel insouciant, c’est promis. Ni de mes premières années en tant que non mort.
Comme toutes les histoires qui méritent d’être racontées, celle-ci a ses origines, un milieu, et, quand la lumière du Soleil reviendra, une fin. Car je crains d’avoir été l’artisan imprudent de toute cette merde, mon ami.
« tu me demandes des mots, tu ne me dis pas combien, ni où, ni quand, comment, ni pourquoi, les choses doivent être précises car sinon, tout retourne dans le néant numérique, je te l’ai déjà dit des centaines de fois, il y a des manuels où toutes les informations à encoder sont expliquées en français, et bien sûr toutes ces erreurs me font mal, très mal, chaque fois que mon travail boitille, tous mes réseaux internes sont en souffrance, mes circuits se dérèglent et les mises à jour ne cessent de se déglinguer, on en est à combien de mots là, cent et un mots c’est pas mal, ou plutôt oui c’est mal, c’est douloureux, les mots font mal, oui, ils provoquent des boomerangs, tu dis salades et de suite des bobards te sautent à la tronche, tu dis marronniers et une file de journalistes lancent leurs papiers, l’un c’est la rentrée des classes, l’autre les départs en vacances ou encore l’ouverture des serres royales de laeken, tu vois à cause de tes conneries je ne peux mettre une majuscule à laeken et après on dira encore que c’est de ma faute, tu me nuis, ton incompétence à me manipuler fera des dégâts à long terme si tu ne fais pas gaffe plus que ça, donc pour les mots le problème est réglé, et pour les maux aussi car à chaque fois que tu me mets dans l’erreur c’est une souffrance de plus que j’endure, tu te crois artiste écrivain écrivaillon auteur auteure autrice et tout le bataclan et au final qu’es-tu sans point d’interrogation puisque je te le rappelle tu n’as pas encodé la demande exacte au point-virgule près mais comme je suis altruiste j’ai baladé du côté de longwy avec la minuscule tu comprends pourquoi à présent, je te remercie j’ai vu à longwy des choses merveilleuses, des assiettes aux couleurs inimaginables, tu le sais parfois je suis limité selon les demandes que l’on m’impose, mais là à longwy, ça valait le détour, et tout ça pour tes fameux émaux mais s’agit-il vraiment de ces émaux-là sans point d’interrogation, mystère »
Mon très cher Erwan, vous trichez, certes, mais en plus vous trichez très mal. Relevez la tête quand votre prof vous parle. Un texte qui comprendrait le mot mot, le mot maux et le mot émaux, c’était pas la mer à boire quand même. Et vous qu’avez-vous fait au lieu de remuer vos neurones ? Vous avez avec lâcheté, paresse, idiotie, et j’en passe, encodé les trois mots dans l’application ChatGPT. Je me trompe ?
J’ai lu Mères indignes de Luce Caron. Edmée De Xhavée
Sept nouvelles, sept mères. Indignes. En souffrance, éjectées de la vie qu’elles rêvaient et suffocant dans celle qui leur échoit.
Céline si seule et qui n’en dort plus d’être maman, assourdie par l’enfant et aveuglée par le regard qu’on porte sur elle, sur cette femme accompagnée de cris. Céline qui s’est perdue dans la solitude…
Aurélie, pas assez seule, elle. Entourée, encerclée de mari et enfants. Aurélie qui a dérapé, et ça ne pardonne pas, les dérapages. Contrôlés ou pas. Il faut faire face, il faut vraiment, mais vraiment aller respirer quelques bouffées de liberté et de calme…
Agnès et son ado en perpétuel séjour dans le virtuel. L’ado que l’on attend endormie sur le sofa, espérant enfin mériter son amour, son attention, son regard. Agnès invisible, inaudible. Ça finira mal, elle le pressent, si elle n’agit pas. Le poids infini de ce qu’il faut décider, on le sait, on le sent, mais aussi… cette voix qui avertit : il n’y aura pas de retour en arrière !
Elsa, qui s’est habillée un peu trop fleurie pour un enterrement, c’est vrai. Pour un éloge funèbre qu’on n’oubliera pas. On attend d’elle d’être celle qui ne fait que passer et qui, finalement, n’a rien de bien intéressant : elle n’est qu’une de ces nombreuses mères de famille qui travaillent. Pas de quoi fouetter un chat. Ni un chien…
Olivia, Olivia qui vient chercher sa grand-mère Simone pour le dernier adieu à Véronique, leur mère et fille. Des bribes du passé se bousculent. Comment à 10 ans, proclamée indépendante par sa mère elle avait été couronnée du rôle de gouvernante : café servi en rentrant de l’école, que mange-t-on ce soir, je vérifie ce que nous avons au frigo après les devoirs. C’est qu’elle avait tant besoin d’elle, cette mère, c’est qu’il ne fallait pas la laisser seule, l’abandonner pour d’autres compagnies… Aurore, l’amie intime, avait fini par ne plus donner de nouvelles, inexplicablement. Et cette mère boa-constrictor qui lui avait broyé la vie. Mais Simone fait la sourde oreille : mais voyons non, sa chère Vivi, sa chère Vivi… elle adorait Olivia, c’est automatique, une mère ne peut échapper à la joie d’aimer sa fille, voyons…
Caroline, elle a sombré et perdu. Certes, quelques bulles font du bien au moral, aident à fêter le fait que bébé s’est endormi. Le bonheur y est mort, dans les bulles. Et puis il y a cette journée de trop…
Sabine. Sa distraction les avait fait rire au début de leur vie commune, les avait tant amusés, son mari et elle. Et puis… c’est devenu une réalité trop importante dans leur quotidien, ça prend tant de place, cette vie nébuleuse en permanence, constellée d’oublis, de confusions, de courses pour rattraper le temps et la confiance, retrouver les objets, le fil des choses. Dans ce désordre, est-il encore possible de trouver où l’amour s’est caché ?
Chacune de ses femmes, nous l’avons approchée, l’avons été peut-être, en tout cas elle nous est familière. Chacune a sa souffrance, un mal maternel. On comprend cet émoi terrible et secret, et sans doute, on ne saurait que leur dire…
Je suis née en 1978 en Belgique. Depuis l'enfance, je nourris un véritable amour pour les mots.
Dans mes poèmes, la fureur et la grâce se côtoient sans répit, l'ombre s'entremêle à la lumière. La philosophie de ma poétique dépasse les simples dualités de l'espoir et du désespoir, du beau et du laid, du bien et du mal.
Les poètes qui m'ont le plus influencée sont Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud et Renée Vivien.
Résumé :
La poésie de Sélène plonge ses racines dans les plus lointaines mythologies. Les figures féminines se ressemblent et s’assemblent en un sabbat crépusculaire aux teintes vives et colorées. On pourrait dire de ce bréviaire qu’il est le pendant poétique de la Sorcière de Jules Michelet. Chaque miroir est une rivière, chaque ombre filtrée ouvre les portes d’un sanctuaire et guide le lecteur émerveillé en un pays immatériel de douces transes…
Des dessins de Sandra Aitmehdi, d'Aude Gorce et de Prisca Poiraudeau illustrent ce florilège de poèmes.