Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Christine Brunet a lu "Au coeur des Camélias" d'Anne-Marie Jarret-Musso

Publié le par christine brunet /aloys

Christine Brunet a lu "Au coeur des Camélias" d'Anne-Marie Jarret-Musso

J’ai lu « Au cœur des Camélias » d’Anne-Marie Jarret-Musso

Voilà un livre que je voulais lire depuis longtemps, en fait depuis que j’ai interviewé Anne-Marie pour Actu-TV. Ou même avant peut-être, à la lecture de son premier recueil « le bonheur est dans le conte » qui m’avait emballé par la spontanéité de l’écriture, sa fraîcheur et l’univers proposé.

En fait, je ne savais pas Anne-Marie originaire de Marseille (ville qu’elle n’habite plus)… et je ne l’ai compris vraiment qu’au moment où elle m’a dit bonjour… Quel accent ! un voyage à chaque phrase !

Et voilà qu’elle me parle de son dernier bouquin, et me tend l’exemplaire test… un tout petit opus de 61 pages et un titre mystérieux avec un « surtitre » qui me parle soudain « Souvenirs d’une fille des quartiers nord de Marseille ».

Les quartiers nord… Un coin à éviter aujourd’hui… mais avant ???

Marseille, je vous l’ai dit, je connais, j’ai passé toutes mes vacances à Endoume. Je ne sais pas vraiment ce que je vais trouver entre ces pages… Elle me l’a dit, m’a décrit sa démarche mais Marseille, c’est de l’affectif, du souvenir, c’est mon enfance…

J’ouvre le livre, en attente de quelque chose mais de quoi ?

Un prologue… Et dire que je déteste les prologues ! D’ailleurs, je les zappe… Je vais pour sauter le recto-verso lorsque mon regard accroche une phrase au bas de la première page : « Selon moi, nos souvenirs sont comme des bulles de savon qui naissent d’un souffle dans un bubulateur ». Je poursuis, intriguée, amusée, soudain prête à remonter le temps…

Marseille je connais, je vous l’ai dit ; les quartiers nord, je connais beaucoup moins. Mais je me laisse porter par une écriture imagée, chantante, qui fleure bon ma Provence. J’oublie quelques minutes les phrases de l’auteur pour retourner à mes souvenirs : j’entends à nouveau des mots un peu oubliés, des expressions perdues, je compare, je m’attarde, je voyage aux côtés de Mary, élève rêveuse. Je croise Gédéon, j’écoute les bazarettes sur le trottoir, je revis les heures si gourmandes du réveillon de Noël (que je m’efforce de faire revivre chaque année), je m’arrête pour écouter Nine et Marius…

Alors, mon avis ? Voilà un voyage dans le temps qui vous entraînera bien plus loin que vous pourriez l’imaginer, au cœur même de vos souvenirs, de votre enfance… Au gré des mots, tendez l’oreille, humez-les… Vous sentez le soleil jouer sur votre peau ? Vous entendez les accents chantants des voisins ? Vous sentez la friture ? L’odeur âcre des sardines grillées ou doucereuse des chichis frégis ?

Laissez-vous porter et rêvez… au passé !

Christine Brunet

http://www.christine-brunet.com

Publié dans Fiche de lecture

Partager cet article
Repost0

Extrait du roman "La vie en jeux" de Janna Rehault

Publié le par christine brunet /aloys

Extrait du roman "La vie en jeux" de Janna Rehault

Chapitre : La rivale virtuelle

(…) Mes vieilles craintes se sont réalisées : j’ai eu une rivale. Je l’ai compris le jour où Max m’a informé solennellement qu’il avait enfin rencontré la femme de ses rêves. Certes, ce n’était pas la première fois que je l’entendais parler de ses petites copines virtuelles. Mais cette fois-ci, d’après lui tout était « différent ». Il avait enfin réussi à trouver et à programmer son idéal féminin.

Et moi dans tout cela ? Depuis quatre ans qu’on se connaît, je cherche sans cesse à attirer son attention d’homme... aucune réaction. Je vais bientôt finir par me sentir comme un être asexué à ses yeux. J’aurais beau faire un strip-tease devant lui, je ne serai jamais que sa « meilleure amie ». (…) A dire vrai, je ne sais même pas comment je dois le prendre : je ne peux pas en être jalouse quand même ? Rien n'est plus stupide que de jalouser une femme virtuelle.

(…)

Je me suis mise à fouiller dans les programmes personnels de Max. (…) Sans trop de peine, j’ai trouvé le fichier qui m’intéressait. Il contenait plusieurs dossiers : « Informations générales », « Physique », « Caractère », « Ressources vocales » et ainsi de suite. Je clique sur « Physique ». Quelques dizaines de mes photos en 3D apparaissent sur l’écran. De face, de profil, de dos, en pied, dans un angle, dans un autre, etc. Etape suivante : « Caractère ». Bien qu'il m’arrive de manquer d’objectivité dans mon auto-estime, je me suis reconnue dans le caractère programmé. Plus la peine de continuer l’enquête, tout était clair comme le jour : ma rivale était ma copie conforme.

Hum, ce serait drôle si ce n’était pas si triste… Et moi, j'étais quoi dans cette histoire ? Un matériel de base pour version numérique de la femme idéale ? Avant je voyais Max comme une espèce de Pygmalion. On pouvait reprocher à Pygmalion d’être un pervers incapable d’aimer d’autres choses que sa propre création, mais il y avait dans sa puissance créatrice quelque chose de sublime, de surhumain. Max on ne pouvait même pas se dire créateur, il m'avait seulement plagiée. C'était un pervers, c’est tout. (…)

Donc, les conclusions suivantes s’imposent. Primo : je dois être bien à son goût. Secundo : soit Max n’ose pas avoir de relations avec moi, soit il préfère ma version de synthèse. A supposer que la deuxième hypothèse soit juste, cela veut dire que Max est tout simplement incapable d’aimer une femme réelle. (…) Peut-être est-ce toujours cette peur de perdre alors ? Moi je peux bien le perdre, mais pas lui, il aura toujours avec lui mon duplicata. J’aurais beau partir à l’autre bout du monde, vivre avec un autre mec, devenir alcoolique ou nymphomane, peu importe. Il lui restera toujours mon autre… enfermée dans son ordinateur quoi qu’il arrive. La femme qui ne le quittera jamais et ne le trompera pas une seule fois. Copie fidèle doublée de copine fidèle.

Je me demande ce qu’en aurait dit Freud. Il a eu de la chance finalement, à son époque de tels cas n’existaient pas encore. Il se serait définitivement perdu dans ses théories et aurait muni la psychanalyse, déjà bien tarabiscotée, de notions supplémentaires du genre : « le moi et la copie du moi », « le sur-virtuel-sur-moi », « le ça virtuel », « complexe de réalité », « fixation au stade virtuel », « virtuel clivage du moi » et ainsi de suite.

Janna Rehault

Publié dans Textes

Partager cet article
Repost0

JOURNAL D'UN TROU DE SERRURE, un texte de Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

JOURNAL D'UN TROU DE SERRURE

Clic clac ! La porte s'ouvre sur une pièce un peu sombre… Chouette, je vais avoir un nouveau compagnon ! Qui est-il ? Pourquoi est-il là ?

Et puis, quelle drôle d'idée d'arriver un mardi ! Notez que la plupart des séjours commencent un mardi… Et je ne sais pas pourquoi ! Moi qui suis ici depuis plus de cinquante ans, je ne le sais toujours pas !

Mon nouveau voisin s'installe rapidement sur son lit, ouvre le gros sac et range ses affaires dans la garde-robe. Un rapide coup d'œil par la fenêtre : il fait gris et moche.

"Mon séjour commence bien !", sont ses premiers mots depuis qu'il est entré.

Mercredi, il s'est levé tôt, a rapidement fait sa toilette et s'est fait servir son petit-déjeuner au lit. Le serveur n'a pas voulu entrer et il a dû se lever pour prendre son plateau. Café fumant, tranches de pain mie, beurre et confiture plus un yaourt, comme il l'avait demandé !

Jeudi, on vient d'apporter son ordinateur et une imprimante. Le voilà assis à sa table pour des heures entières. Il l'a décidé, ses repas lui seront servis ici même. Pas de temps à perdre. Matin, midi et soir, toujours le même rituel : On frappe à la porte, on ouvre et on lui tend son plateau en reprenant celui du repas précédent. Il écrit sans s'occuper de rien d'autres, il écrit encore et encore.

Aujourd'hui vendredi, je l'ai entendu refuser de rencontrer un homme qui venait le voir "Dites-lui que je lui fais confiance et qu'on se verra lundi", a-t-il déclaré. Et il a continué à écrire. Une rame entière de papier, des centaines de pages, avec quelques dessins mais surtout des mots, des phrases et encore des phrases.

Et moi, je suis obligé de subir le cliquetis infernal de ce clavier de malheur qu'il utilise comme un fou !

Il en a des choses à dire, ce n'est pas possible. C'est le premier client que je vois agir ainsi en cinquante ans de bons et loyaux services. Il est près de minuit quand il s'arrête. Enfin, je vais pouvoir dormir !

Samedi et dimanche, deux jours de congé pour toutes et tous. Sauf pour lui et le personnel de service.

Il écrit, mange, écrit encore, imprime des pages et des pages…

Vingt heures dimanche, il s'arrête, quitte son ordinateur et relit tout. Il y passera la nuit et moi avec… Cette satanée lumière m'empêche de fermer l'œil. Heureusement je sais que dès lundi, il partira comme les autres et que mardi, un nouveau client le remplacera…

Enfin, vers cinq heures du matin, il tourne la dernière page. Il y écrit quelques mots à la main et semble satisfait.

C'est vers sept heures qu'on l'a réveillé et qu'on m'a réveillé aussi. Le directeur est venu en personne pour le saluer et les membres du personnel qui l'avaient côtoyé durant la semaine l'ont accompagné jusque dans la cour.

La guillotine attendait.

Louis Delville

louis-quenpensez-vous.blogspot.com

JOURNAL D'UN TROU DE SERRURE, un texte de Louis DelvilleJOURNAL D'UN TROU DE SERRURE, un texte de Louis Delville

Publié dans Textes

Partager cet article
Repost0

Vingt ans de rancune, un texte signé Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

Vingt ans de rancune, un texte signé Micheline Boland

VINGT ANS DE RANCUNE

Voilà une heure que Raymond avait été mis au courant : ce que son médecin traitant pensait être de l'arthrose n'était pas de l'arthrose.

Voilà une heure qu'il ressassait : dans quelle voie allait-il s'engager ? La voie ordinaire qui le conduirait vers la médecine traditionnelle ou la voie combien plus sinueuse des acupuncteurs, chiropraticiens, homéopathes, rebouteux ?

Voilà près d'une heure qu'il lançait des regards courroucés vers le portrait de sa mère. Pourquoi, mais pourquoi avait-elle toujours tenté de le protéger des difficultés de la vie, de le mettre à l'abri des mauvais coups ? Maintenant, il devait faire face au pire… Il ne pouvait s'y soustraire comme il se dérobait jadis à la mauvaise humeur de son père en allant se réfugier dans les jupes maternelles.

Raymond se trouvait face à la baie vitrée, il regardait le jardin, son jardin. La douleur réveillée par le rangement de la cave était toujours perceptible. Il mit sa main en poche et ses doigts rencontrèrent la petite boîte métallique qui ne le quittait jamais. Fichu baume du tigre qui souvent le soulageait de son mal de dos récurrent ! Fichu remède de bonne femme !

Voilà une heure qu'il savait et qu'il tournait en rond avec ses pensées.

Quand il avait quitté la clinique, il avait rapidement rejoint sa voiture et il avait roulé comme un fou. Il lui avait semblé que lorsqu'il se trouverait seul chez lui, dans un cadre familier, le verdict lui serait plus acceptable. Il n'en était rien. Il regarda le ciel et distingua quelques nuages aux formes irrégulières. Il revit ses radios. Il réentendit la voix du médecin, une belle voix grave qui doit plaire aux femmes, qui doit pouvoir consoler. Cette voix-là n'avait-elle pas charmé sa fille, Laurence, vingt ans plus tôt quand elle avait entamé ses études de dentisterie ? Une vieille histoire. Quatre mois d'idylle entre Laurence et Maxime. Une rupture brutale dont Maxime avait rendu Raymond responsable. Avec le temps, était probablement venu l'oubli. Il y a deux mois, Raymond était allé consulter Maxime, rhumatologue réputé, qui n'avait même pas semblé le reconnaître. Tout au plus avait-il sourcillé quand il avait prononcé son nom…

Raymond revoit les yeux bleus du médecin : comment peut-on avoir de si beaux yeux et être aussi cruel à l'égard de ses patients ? Il pense à Robert Redford. Il l'imagine parfaitement dans le rôle du Docteur Masquelier. Le même type d'hommes. Son cœur bat la chamade. Il sent une boule monter dans sa gorge.

Voilà deux heures qu'il savait. Il s'était allongé sur le sofa. Il respirait lentement, un truc que lui avait donné sa fille et qu'elle conseillait d'ailleurs à ses patients. Il reprenait pouvoir sur lui-même en reprenant pouvoir sur sa respiration. Il essayait de visualiser l'alignement des bâtiments du collège où il avait travaillé. Pour trouver le sommeil, il passait en revue la succession des locaux comme d'autres comptent les moutons.

Les deux mots revenaient toujours à son esprit : "Petite tumeur". Il se leva, alla tirer les rideaux. Il se recoucha. S'absorber dans le sommeil, rêver, fuir l'ici et maintenant. Pour cela, il avait une stratégie : faire comme si… Oh, cela il avait appris à le faire tellement bien, depuis tellement longtemps !

Alors, il fit comme s'il ne savait pas. Il alla dans la salle de bain et passa du baume du tigre sur la zone douloureuse. Aussitôt, une chaleur bienfaisante irradia. C'était aussi simple que cela. Recourir à ce remède. Plus, plus souvent, avec plus d'application.

Voilà près de trois heures que Raymond savait. Il avait allumé le téléviseur et regardait le paysage qui défilait sur l'écran. Il s'attendait à ce que le travelling fasse place à un gros plan sur une plante ou un animal mais le cameraman prenait soin de balayer les montagnes à l'horizon et la plaine sans jamais s'attarder sur aucun détail. Le commentaire était d'un lent… Il repensa à sa tumeur et il zappa. Ce qu'il avait pu reprocher à son petit-fils de zapper à longueur d'après-midi. Ce qu'il avait horreur de cela. Zapping-fuite, zapping-rêverie, zapping-oubli. Il diminua le son et posa la main sur ses yeux. Sa main était froide. La peur, l'angoisse, l'inquiétude, la solitude. En avoir plein le dos. Marre de son veuvage, de son jardin, de son ennui. Plus personne à qui confier ses impressions. On ne passe pas toute une fin de vie, de partie de bridge en partie de bridge, comme un enfant passe ses récréations de partie de billes en partie de billes.

Voilà un peu plus de trois heures qu'il savait et il en venait à la conclusion que son mal n'était que mal-être, que problème psychologique qui se résout en changeant de mode de vie. Aussi simple que cela ? Combien d'histoires de tumeurs résorbées spontanément sa femme ne lui avait-elle pas citées ? Combien de guérisons inexpliquées par la science ?

Voilà près de quatre heures qu'il savait, qu'il aurait voulu ne pas savoir, qu'il aurait voulu pouvoir faire comme si tout était normal. Seul, le contact de la petite boîte métallique lui était désagréable. Son dos ne le faisait plus souffrir. Un miracle de plus à l'actif du baume du tigre ? S'il n'avait plus mal, c'est que ce n'était pas bien grave. D'ailleurs, il n'avait rien remarqué de spécial sur les clichés que le docteur avait commentés… Il avait dit "oui", mais il n'avait pas même pas remarqué la soi-disant ombre. Il avait pensé que l'émotion avait perturbé son sens visuel et maintenant il en doutait, il se rassurait, il avait trop chaud. Sa peur s'était comme estompée.

Voilà cinq heures que Raymond avait cru savoir. Maintenant, il savait. La secrétaire du Docteur Masquelier venait de lui téléphoner pour l'avertir que, par erreur, son dossier avait été interverti avec celui d'un autre patient. Le docteur était vraiment désolé…

Micheline Boland

(Extrait du livre "Des bleus au cœur")

micheline-ecrit.blogspot.com

Publié dans Textes

Partager cet article
Repost0

Philippe Desterbecq nous propose une nouvelle intitulée "La femme de monsieur Lequin"

Publié le par christine brunet /aloys

Philippe Desterbecq nous propose une nouvelle intitulée "La femme de monsieur Lequin"

La femme de Monsieur Leguin.

Monsieur Leguin n’avait jamais eu de chance avec ses femmes. En effet, il les perdait toutes de la même manière. Un beau jour, sa nouvelle épouse quittait la ferme et la campagne dans lesquelles il l’avait emmenée, afin de se rendre en ville. Et là-bas, le démon de l’argent facilement gagné, du luxe, des tissus précieux, de l’or, la lui enlevait définitivement.

Il avait beau la supplier, lui promettre tout ce qu’elle désirait, sa femme était perdue à jamais. Le pauvre homme en avait le cœur meurtri.

Cette fois, monsieur Leguin décida d’en épouser une dernière, plus jeune que les autres, plus pure, plus innocente.

Il avait entendu parler de la petite-fille de Madeleine Rousseau, la « rebouteuse », recueillie par celle-ci alors qu’elle sortait du couvent. Celle-là devait être pure, innocente, blanche comme une oie. Elle avait renoncé, parait-il, au noviciat, car elle ne se trouvait pas digne d’épouser le Christ. Peut-être serait-elle digne de marier un fermier, plus trop jeune certes, mais encore vaillant et au cœur gros comme une église.

Il alla donc rôder du côté de la vieille Rousseau. Il aperçut la jeune fille qui cueillait des simples, au petit matin, non loin de chez sa grand-mère. Dès qu’il la vit, monsieur Leguin tomba éperdument amoureux.

Il prétexta un mal de dos pour se rendre chez Madeleine, et, c’est ainsi qu’il rencontra la jeune Eléonore.

Un peu plus tard, c’est une entorse à un pied qui l’emmena chez la rebouteuse. Et d’affections imaginaires en affections imaginaires, il se rendit de plus en plus souvent chez Madeleine.

Trois mois plus tard, Eléonore accepta de l’épouser.

Comme les parents de monsieur Leguin étaient décédés quelques semaines avant le mariage, le brave homme décida de reprendre leur ferme située dans un hameau perdu d’où la jolie Eléonore ne pourrait fuir. Aucun moyen de transport ne pourrait l’emmener à la ville.

Tout se passa pour le mieux pendant quelques mois jusqu’au jour où le pauvre homme s’aperçut que sa femme maigrissait et s’étiolait.

Il l’interrogea donc :

  • Qu’as-tu, ma pauvre petite ?
  • Je m’ennuie, Jérémie.
  • Tu t’ennuies ici ? Avec tout le travail qu’on a ?
  • Jour après jour, nous réalisons les mêmes tâches…
  • Mais que veux-tu faire d’autre ?
  • Je rêve de cinéma, de théâtre, de grands restaurants, de robes de soirée, de tout ce que je n’ai pas connu chez les sœurs du couvent. Jérémie, … je voudrais aller vivre en ville.
  • Mais ma parole, vous êtes toutes les mêmes !

Et il lui raconta l’histoire de ses autres femmes, toutes perdues dans le luxe et la luxure, dans la prostitution et la drogue.

  • Je ne suis pas comme ça, insista la jeune femme. J’irai en ville mais je résisterai à tout ça.
  • Pas question, tonna monsieur Seguin, et, dorénavant, tu resteras ici pendant que j’irai seul aux champs !

Ce qui fut dit fut fait. Dès le lendemain, monsieur Leguin bloqua les fenêtres avec des pointes d’acier et ferma toutes les portes à double tour, laissant sa femme seule dans le bâtiment bouclé.

Le pauvre homme avait juste oublié le vasistas du grenier. Fine comme une libellule, Eléonore put atteindre le toit par cette ouverture. Et, de toit en toit, la fuyarde arriva à sauter sur le sol. Elle marcha longtemps, la courageuse, avant d’atteindre la route qui reliait le village à la ville si tentante.

Un automobiliste voyant l’âme en peine sur le bord du chemin l’emmena dans sa belle Mercédès jusqu’à la ville la plus proche. Ah ! On peut dire que ça la changeait du tracteur de son mari, la belle fermière !

Le conducteur, la voyant perdue à l’entrée de la cité, lui proposa une visite guidée, un repas au restaurant et une soirée à l’opéra. Sans méfiance, l’oie blanche suivi le bellâtre.

Ce fut la fête toute la journée et une partie de la nuit. Le repas fut succulent, la robe qu’il lui acheta pour la soirée, soyeuse, au décolleté à faire damner un saint, était simplement merveilleuse. La nouvelle coupe de cheveux que l’homme lui avait proposé d’adopter lui allait à ravir, le léger maquillage qu’une esthéticienne lui avait appliqué sur le visage pour la première fois faisait ressortir ses yeux si lumineux. Bref, Cendrillon était transformée en princesse.

Mais, lorsque dans sa chambre d’hôtel que le bellâtre avait réservée, celui-ci lui proposa un petit joint afin de mieux profiter de la nuit, elle prit peur et voulut fuir. Cependant, la porte était bien fermée, la clef disparue dans la poche de l’homme, et là, point de fenêtre donnant sur les toits mais un vide vertigineux. Et, quand l’ignoble individu la jeta sur le lit avec brutalité, Eléonore pensa à son doux mari et à ses gestes tendres. Elle regretta un peu sa fuite et commença à se défendre, à le repousser, à le griffer. Mais, quand elle songea à la vieille ferme, au travail qui lui abimait les mains, elle laissa l’homme lui faire ce dont jamais elle n’aurait osé imaginer.

Le lendemain soir, elle se trouvait sur le trottoir, arpentant la rue d’un air affolé.

Quelques minutes plus tard, elle montait avec son premier client.

Philippe Desterbecq

Publié dans Nouvelle

Partager cet article
Repost0

Présentation de la nouvelle pièce de théâtre de Bruno Charrier "Germain et ses pantins"

Publié le par christine brunet /aloys

Présentation de la nouvelle pièce de théâtre de Bruno Charrier "Germain et ses pantins"

Extrait :

Rien que de la chair / Rien que des squelettes / Qui marchent au pas / Qui s’enfoncent / Des télés / Dans le ventre

Disait le poète

Disait

Et moi / Qui me fais branche / D’arbre / Dans la mort / D’une rivière

Pas de couleurs / Pas de nénuphars / Pas de lumières / Pas d’illusions / Pas de mensonges / Pas d’horizon

Rien qu’une plate / Et morne solitude jouée par / Ne me demande pas par qui

Je ne suis pas Dieu

Alors, à quoi sert ? Que veut dire ta vie ? Que veut dire leur vie ? Que veut dire notre vie ? Quoi sert à quoi ?

Résumé :

Germain est un être raté, écorché vif, désespéré, un être à la dérive. Transformant en pantins les personnes clés de sa vie, il s'invente une existence qu’il voudrait « meilleure » mais qu’il dessine malgré lui sur fond de violence, de rupture, d'alcool, de cauchemar... L'auteur décrit avec talent les états d'âme de son personnage en pleine déchéance et le fait évoluer de façon originale. A travers cette vision bien noire et bien pessimiste de la vie, il nous fait réfléchir et nous interpelle. Il sait nous transporter dans cet univers terrible où les personnages semblent prisonniers de leurs névroses et de leur misérable existence. Les dialogues traduisent avec talent ce mal-être et cette violence enfouie en chacun d'eux. Le texte est en tout cas très bien écrit avec quelques passages remarquables, spécialement dans les longs monologues, en général très réussis.Un texte exigeant, original. »

Bio :

      Auteur, comédien, metteur en scène, Bruno Charrier vit actuellement à Antoing en Belgique. En 2003, il reçoit le prix d'encouragement à l'écriture de la DMDTS pour sa pièce « Reportage ». En 2010, il crée, avec sa compagne Sophie Barbieux, la compagnie Bohême en Gouaille avec laquelle il monte notamment le spectacle de masques « Quenouille de Fouchtre ! »… mais pour en savoir plus, il vous propose de faire un petit tour sur le site de la compagnie : www.bohemeengouaille.sitew.com
Présentation de la nouvelle pièce de théâtre de Bruno Charrier "Germain et ses pantins"Présentation de la nouvelle pièce de théâtre de Bruno Charrier "Germain et ses pantins"Présentation de la nouvelle pièce de théâtre de Bruno Charrier "Germain et ses pantins"

Publié dans fiche auteur

Partager cet article
Repost0

Dans l'Inédit... Béatrice Bertieaux

Publié le par christine brunet /aloys

Dans l'Inédit... Béatrice Bertieaux
Dans l'Inédit... Béatrice Bertieaux

Publié dans articles

Partager cet article
Repost0

Marie-Noëlle Fargier a lu " Naissance" d'Alexandra Coenraets

Publié le par christine brunet /aloys

Marie-Noëlle Fargier a lu " Naissance" d'Alexandra Coenraets

« Naissance » de Alexandra Coenraets

Le titre « Naissance » est tellement approprié à ce livre !

« Après dix minutes à chercher son chemin, Laurence arriva devant l'entrée de la multinationale. Une cage de verre. »

Les premières phrases d'Alexandra Coenraets traduisent d'emblée l'univers de son héroïne, Laurence. Cette cage de verre est l'image du combat que va livrer Laurence, victime d'inceste : combat entre son monde intérieur qui a été violé, saccagé et son monde extérieur avec lequel elle veut apprendre à vivre en réveillant ou découvrant ses sens que l'inceste a condamnés. Par ses mots, par Laurence, personnage tellement beau et vivant, Alexandra Coenraets conduit le lecteur à ressentir les émotions, à vivre les conséquences qu'un tel acte barbare peut entraîner sur un être. Alexandra Coenraets enlève le tabou qui règne sur l'inceste grâce à son personnage qui fait une « auto-analyse » d'une façon libérée, qui fait comprendre les mécanismes qu'une victime peut vivre et surtout son cheminement pour parvenir à naître, non pas renaître mais NAÎTRE....suggérant que l'inceste est un acte assassin...

Marie-Noëlle FARGIER

Marie-Noëlle Fargier a lu " Naissance" d'Alexandra Coenraets

Publié dans Fiche de lecture

Partager cet article
Repost0

Découvrez "La lettre d'information" des Editions Chloé des Lys !

Publié le par christine brunet /aloys

Découvrez "La lettre d'information" des Editions Chloé des Lys !
Découvrez de nouveaux auteurs...
Découvrez ou redécouvrez les publications de Chloé des Lys...
Découvrez le monde littéraire de notre maison d'éditions...
Découvrez notre lettre d'information...

Un seul moyen : envoyez votre adresse mail à maudberrier@gmail.com

Pour les auteurs :

Vous souhaitez utiliser cet autre support promotionnel ? Que faire ?

Il faut lui envoyer votre biographie, un résumé du livre, un extrait, la cover du livre et si possible le prix.

A qui est destinée la lettre info ? Aux curieux, aux bibliothèques et à la presse.

Qui rédige cette lettre d'information ? Maud...

Découvrez "La lettre d'information" des Editions Chloé des Lys !

Publié dans ANNONCES

Partager cet article
Repost0

Janna Rehault nous propose un autre extrait de son roman "La vie en jeux"

Publié le par christine brunet /aloys

Janna Rehault nous propose un autre extrait de son roman "La vie en jeux"

Chapitre : Clone

Je l’appelle Clone. Avant je l’appelais Théo, c’est son vrai prénom. Mais depuis son clonage, pour moi il est devenu Clone tout simplement.

Cela doit être complètement stupide ; combien de fois je me le répétais. Qu’est-ce qui a changé depuis son clonage ? C’est toujours Théo, mon frère, le même. Le même exactement ? Ou tout pareil... Là est le hic... Je l’observe discrètement, le surveille. Cherchant à vérifier s’il mange les mêmes plats qu’avant, s'il écoute la même musique, regarde les mêmes émissions, etc. Bien que je comprenne parfaitement à quel point c'est absurde. Est-ce bien ce qui définit un homme ? ...manger des frites avec de la moutarde ou du ketchup ? ...siffloter en prenant sa douche ? Mais je n’y peux rien. Je guette le moment où il fera une erreur. Je le regarde... Ses traits me sont toujours chers mais il me semble qu'un étranger s'en est emparé. Et cela me fait mal. Peut-être l'a-t-il remarqué, instinctivement ? Compris ? Nous savons tout l'un de l’autre, mais on fait semblant de ne pas savoir. C’est comme un jeu d’espionnage.

Je n’arrive pas à franchir cette barrière ; elle a poussé entre nous comme un champignon. C’est comme si nous étions chacun d'un côté du mur, marchant le long en échangeant des signaux. Il frappe de son côté et moi du mien: « Eh, je suis là ! » — « Moi aussi, je suis là ! » — « Mais moi je ne te vois pas... » — « Moi non plus je ne te vois pas ».

A chaque fois que je le regarde, je me surprends à rechercher ce qui le différencie de mon vrai frère… au lieu de chercher leurs ressemblances. Je n’arrive même pas à l’appeler par son prénom. Quand je lui parle j'évite de le prononcer ; et si tout de même je ne peux l’omettre, ma voix trébuche, comme sur une fausse note, et cela me répugne.

Et maman ? Tout a l'air si simple pour elle ; son fils n'est partit nulle part, Théo sera toujours là, même s’il se fait écraser par une voiture mille fois de suite. Son clone est là... ça la rassure... C’est comme la "garantie" d'une cafetière que l'on retourne au magasin où on vous la remplace. Parfois je me demande, et s’il n’existait pas de telles garanties ? Peut-être nous aimerait-elle autrement ?

Publié dans Textes

Partager cet article
Repost0