Je me suis levé ce matin la résolution chevillée au corps. Le cœur lourd comme un boulet de forçat, des nœuds plein l’estomac. Il fallait que cela cesse, sans quoi toute cette histoire allait finir par me ronger et les sangs et les os.
Emilie était partie travailler de bonne heure et de bonne humeur, me laissant seul, pensif, allongé sur le lit en position de crucifié, les yeux suspendus au plafond, sans même sans apercevoir.
Je me suis résolu à me lever et je me suis dirigé vers l’escalier menant au sous-sol, tout embourbé que j’étais dans mes pensées. Et comme si cela ne suffisait pas d’y être embourbé, elles se sont mises à me donner le vertige, à me faire tituber, rater deux marches, érafler le poignet, et cogner le haut du crâne. Quelques minutes plus tard, je retrouvais après tout ça, ce que je faisais ici, à plat ventre, dans le garage.
Ma caisse. Elle résonnait, mais c’était une toute autre qui m’amenait ici. La petite caisse bien camouflée derrière les bidons d’huile de vidange dans l’armoire en métal. Impensable pour Emilie, ne serait-ce que de poser le bout de ses doigts sur la poignée grasse à souhait. Je l’ai ouverte et je me suis changé : boots et blouson de cuir. La tenue d’un dimanche en famille.
Sur les trottoirs de l’avenue Montaigne, du boulevard Haussmann, de la rue de Braque, de l’impasse des Tourelles, j’ai traîné mes craintes. J’ai même cru les entendre crisser sur le bitume. J’avais beau chercher du regard un peu de distraction, de légèreté, tout me renvoyait à ma propre lamentation : les débris de nuages dévorés par le soleil ; les détritus vomis par les poubelles rouillées ; les volutes indigestes des échappements. Tout était chaos.
Je suis arrivé devant l’interphone, moi, mes boots, mon blouson de cuir et mes craintes. Celles que je n’avais pas su semer en route. Celles qui maintenant se mettaient à rire, à me railler, et même à me souffler que le pire allait arriver. Être méprisé. Pire : rejeté. Renié par la seule famille que je n’ai jamais eue : la mienne. J’ai regardé l’interphone en me disant que c’était peut-être la dernière fois que je pouvais espérer que la porte s’ouvre.
- Oui, j’écoute…
- C’est moi, Charles.
Quand je suis entré, je me suis senti mal. Mais terriblement mal. Comme ça, d’un coup. Comme si une lame de guillotine était apparue au-dessus de ma tête, en ouvrant la porte. Mes craintes ont commencé à suer. Mes pas se sont mis à jouer les notes de la marche funèbre de Chopin sur le tapis du couloir. J’osais à peine avancer. Les têtes décapitées accrochées au mur avaient toutes pris les voix familiales : le cerf, mon père ; la biche, ma mère ; la belette, ma sœur ; le sanglier, mon beau-frère. Tous se sont mis à s’esclaffer, l’œil de verre luisant comme jamais.
Je devenais fou.
- Charles ! Qu’est-ce que tu fais, a hurlé mon père, du séjour. Tu viens ou quoi !?
J’ai fini par les rejoindre, mouillé comme une poule, tremblant comme un agneau. Le séjour, l’antre de la famille. Une famille de chasseurs-taxidermistes de père en fils depuis six générations, de collectionneurs de fusils et de hachoirs, fins gourmets et, accessoirement, passionnés depuis peu par les sculptures en ivoire.
- Encore une fois, tu viens seul ! s’est plaint ma mère. Et ton Emilie, dis, quand est-ce que tu nous la présentes !?
Trop tôt, il était trop tôt pour tout dire. Le repas serait gâché et dans la famille, gâcher la viande, c’est un crime. Alors, en châtiment, mes craintes m’ont grignoté au rythme des bouchées et des goulées. Plus je mangeais, plus j’étais rongé par l’inavouable aveu.
Quand soudain, mon père s’est levé, a claqué martialement des pieds, tendu une cape rouge à droite, à gauche, claqué à nouveau martialement des pieds, crié un “olé” à vous réveiller un mort, et m’a performé l’abdomen à coup de banderilles.
Sa façon de nous annoncer sa nouvelle passion : la tauromachie.
Dans un vacarme que j’étais seul à entendre, la lame de guillotine qui m’avait suivi depuis l’entrée s’est abattue sur ma nuque. Ma tête a roulé. Mes yeux ont fixé mes boots. Et, à peine audible, ma bouche a avoué mon désespoir :
« Les larmes de Titus » est la suite de « Mon amour à Pompéi », roman ayant connu un vif succès auprès d’un grand nombre de lecteurs.
Il s’agit cette fois d’une incursion de nos héros très contemporains dans la capitale de l’empire romain du premier siècle, pendant le règne de l’empereur Titus, dans le cours d’une Histoire déjà quelque peu altérée par les précédents voyages temporels.
Un récit captivant mêlant habilement fiction et Histoire officielle !
Petite introduction :
Le professeur Liévin a donné à ses contemporains la technologie permettant les transferts temporels. En dépit des incroyables conséquences qu’une découverte aussi révolutionnaire est susceptible d’entraîner, il est désormais tout simplement impossible pour le monde de l’ignorer. Il s’agit donc de bien réfléchir à ce que l’on va en faire, d’abord en s’assurant soigneusement que l’on sait la maîtriser.
Pendant que les sommités scientifiques et responsables politiques du 21e siècle se creusent sérieusement les méninges , le juge Roland Lévêque croit pouvoir filer le parfait amour avec Laetitia, en l’an 80 de notre ère, sous le règne de Titus, dans la capitale de l’empire romain.
Il ne va toutefois pas tarder à s’apercevoir qu’il n’est pas du tout évident de vivre dans une époque qui n’est pas la sienne et les nuages noirs qui s’accumulent sur la Rome impériale vont le contraindre à rompre la loi du silence qu’on lui avait imposée.
Extrait :
Profitant de la nouvelle lune et de l’impossibilité pour les guetteurs de distinguer quoi que ce fût au-delà d’une centaine de mètres, Varus Florus avait fait discrètement approcher ses machines des berges du fleuve dont les assiégés avaient détruit les ponts.
Le pilonnage avait commencé dès l’aube, s’intensifiant peu à peu pour devenir un véritable déluge. De lourds blocs de roche, lancés depuis l’autre rive du Tibre, s’abattaient sans relâche sur la vieille muraille, arrachant à chaque impact un peu du béton qui en liait les pierres.
En percevant une série de chocs sourds, Roland Lévêque, encore à moitié endormi, avait compris que les choses sérieuses venaient de débuter. Il s’était levé en hâte pour se rendre sur l’Aventin d’où il avait pu observer, en compagnie de quelques officiers chargés d’organiser la défense, l’impressionnant dispositif ennemi que tout le monde découvrait.
Il se trouvait là depuis un bon quart d’heure, plus fasciné qu’apeuré, lorsque les catapultes dressées près des remparts se mirent à rendre coup pour coup, donnant à Roland Lévêque la bizarre impression d’assister à un duel d’artillerie.
Il se retourna en entendant quelqu’un haleter dans son dos. Flavius Clemens, arrivant à la tête de son état-major, l’invita par geste à prendre du recul.
« Attention, Aulus ! » lui dit-il en s’approchant. « J’ignore si les augures te sont favorables pour aujourd’hui, mais tu ne dois surtout pas sous-estimer la portée de certains projectiles…
- Je promets d’être prudent, Flavius. Mais… ces rochers pourraient vraiment m’atteindre ici ?
- Pas les rochers, non. Les petites pierres et les flèches, oui ! D’ailleurs, vois un peu par là… »
Roland Lévêque suivit des yeux la direction indiquée. Une soixantaine de légionnaires, regroupés deux à deux pour transporter des sortes d’arbalètes montées sur un affût, étaient en train de se déployer le long du mur.
« Ce sont des scorpions… » précisa Flavius devant l’interrogation muette de son interlocuteur. « Des armes d’une puissance redoutable que ces soldats vont utiliser pour tenter de neutraliser les servants des catapultes ennemies. Regarde bien ce qui va se passer ! »
Des « tireurs d’élite », en somme… À la fois impressionné et prodigieusement intéressé malgré la gravité de la situation, Roland Lévêque vit une volée de flèches, ou plutôt de gros carreaux, filer depuis le sommet de la muraille pour s’abattre sur les hommes regroupés autour des machines de jet. Avec des conséquences qui lui coupèrent le souffle.
Il lui sembla que chaque projectile ou presque avait atteint une cible. Les corps ensanglantés gisaient sur l’herbe. Certains immobiles, sans doute tués sur le coup. D’autres, plus ou moins sérieusement blessés, se tordant de douleur. D’autres encore essayant d’extraire de leur ventre ou de leur membre la pointe de fer qui s’y trouvait plantée.
Dire qu’il était surpris aurait été un euphémisme. Il était en réalité stupéfié par la précision de ces armes. Et l’habileté de ceux qui les utilisaient…
« C’est terrifiant… » reconnut-il en voyant les survivants tenter de se réfugier derrière leurs machines alors qu’un second tir avait déjà lieu.
« N’est-ce pas ? » répondit Flavius sur un ton qui ne trahissait pas la moindre satisfaction. « Si tu n’avais jamais vu la guerre, tu as maintenant une première idée de ce que ça donne ! »
Roland Lévêque s’apprêtait à répondre lorsqu’il vit une énorme pierre, lancée depuis un point situé non loin de l’endroit
où il se tenait, pulvériser une catapulte ennemie. Un « tir au but »…
Il voulut s’avancer et se sentit retenu par sa tunique.
« Reste là, Aulus ! Ils ne vont pas tarder à riposter… » lui conseilla fermement Flavius. « Eux aussi possèdent des scorpions. Et savent très bien s’en servir…
- Je te crois volontiers, mais il me semble qu’ils ont trouvé à qui parler, non ? Quand je vois ce qu’ils viennent de prendre… »
Flavius lui sourit comme à un enfant naïf.
« Ne te réjouis pas trop vite… Ils ne font pour le moment que tester nos défenses ! Le plus sérieux est largement à venir. Ils sont certainement en train de préparer des machines de siège contre lesquelles nous ne pourrons pas grand-chose…
- Mais nos scorpions…
- Ils en seront beaucoup mieux protégés ! Et leurs propres tireurs gêneront tellement les nôtres qu’ils leur ôteront toute efficacité…
- Mais le Tibre… Un sérieux obstacle sans les ponts, non ?
- Leurs troupes d’assaut le franchiront, d’une façon ou d’une autre, bien avant que notre muraille ait été sérieusement mise à mal. Je serais même à peine surpris s’ils essayaient de creuser un tunnel pour passer par en dessous…
- Passer sous le Tibre ?
- L’armée romaine a surmonté bien pire… La forteresse de Massada n’était-elle pas réputée imprenable ?
- Oui, sans doute… Mais alors, quelle est ta stratégie, Flavius, pour nous sortir de cette impasse ?
- Gagner du temps. Retarder le plus possible l’inévitable. Les renforts arriveront un jour et, à condition de tenir bon jusque là, les assiégeants pourraient bien devenir les assiégés ! »
Le regard de Flavius Clemens se perdit dans le vague.
« Ils sont peut-être déjà en route. Mais c’est loin, la Germanie
2018 : publication de Vie qui déraille chez Chloé des Lys.
Œuvre à venir : Oh mon ange !
Résumé
Difficile de résumer Vie qui déraille. Il s’agit du journal intime d’un jeune homme de 23 ans, qui se livre à de très, très nombreuses réflexions, quant au comment du pourquoi de l’existence. Ce journal totalement décousu, invite le lecteur à partir, ni plus ni moins qu’en quête du bonheur. Il n’y a pas une minute à perdre, c’est le moment de sauter sur cette belle occasion d’enrichir son âme.
Extrait
Tape-m'en cinq Génie !
Aujourd'hui, soyons dingo, et faisons un saut dans l'univers d'Aladdin. Laissez libre cours à votre imagination... À la suite d'un concours de circonstance, vous dénichez sur un coup de bol une lampe 'magique'. Vous la frottez plusieurs fois afin d'ôter la poussière qui la recouvre ; puis soudain, un Génie en sort, au milieu d'une épaisse fumée... Celui-ci se dit être à vos ordres, et consent à vous octroyer trois souhaits. Vous pouvez lui demander quasiment n'importe quoi... Étant assez rationnel, j'en utiliserais seulement deux. Ne soyez pas étonné comme ça ! Le premier serait que mon journal intime soit publié ; qu'il fournisse aux lecteurs une bonne dose d'humanité, et qu'il ait cinq étoiles sur le site Amazon.fr ; il est toujours bon de croire aux miracles (sourire en coin). Le second serait lui aussi altruiste : je souhaiterais que le Génie soit totalement libéré de sa lampe. Évidemment, il serait attrayant de solliciter cet être mirifique pour qu'il exauce des vœux plus 'classiques' ; par exemple, qu'un climat de paix s'instaure dans le monde, que la pauvreté régresse, qu'aucun enfant ne soit plus jamais maltraité... Mais bon, si les lois de la nature sont ainsi faites, ce n'est pas un hasard ; un simple 'mortel' n'a pas à fourrer son nez là-dedans. Enfin, voilà. Vous, si vous aviez trois souhaits à faire, que seraient-ils ?
Né à Saint-Quentin (France) en 1970. A peine sorti au grand air, emmailloté comme un saucisson par les bonnes-sœurs, à l’ancienne (dixit sa maman). Peut-être l’origine de son goût pour les vieilles choses et les habitudes d’autrefois ? Passe son enfance en France d’abord, en Belgique ensuite, entre le Condroz et le vieux village familial de Ferrières. Que des bons souvenirs d’une belle et heureuse enfance, avec ses parents et ses deux sœurs.
Musicien, il joue du violon depuis l’âge de 9 ans et de la contrebasse depuis quelques années, et s’intéresse aussi beaucoup aux musiques traditionnelles et populaires. Après des études d’histoire de l’art et archéologie à l’université de Liège, il commence par enseigner quelques années dans des écoles secondaires de Liège, Huy et Namur, pour finalement rentrer, en 2000, au musée des instruments de musique de Bruxelles. Comme il aime l’art autant que la musique, il voyage aussi à travers l’Europe et les Etats-Unis, pour faire découvrir à des groupes d’amateurs motivés les merveilles des musées du monde et les beautés architecturales des petites et grandes cités.
Stéphane Colin vit à Namur, avec sa femme Anne-Sophie et ses trois enfants, Victorine, Lucie et Pierre, à qui il aime raconter beaucoup d’histoires.
Résumé :
« Promenade au pays hanté » est, comme son nom l’indique, un petit voyage à travers une Belgique mystérieuse. En chaque endroit, ville ou campagne, a lieu une rencontre avec un fantôme, gentil ou inquiétant, amusant ou effrayant. Chacun de ces êtres venus de l’au-delà plonge le lecteur au cœur d’un aspect historique, géographique ou encore artistique du paysage. Ces dix petites histoires, accessibles de 10 à 99 ans et même au-delà, sont autant de contes ludiques qui feront découvrir, ou apprendre à voir autrement, notre petit mais bien joli pays.
Extrait
Le soir tombe. Le ciel d'un bleu sombre tire au jaune orangé vers l'horizon. Je suis seul sur la route de la crête. À mes pieds s'étend la vallée de l'Amblève. Au-delà les collines s'échelonnent dans le lointain bleuté du soir. Plus loin, en contrebas de la route, le chemin du Thier monte depuis le village. Tout est tranquille. Un chien aboie par là-bas. La cloche d'une église tinte doucement, assourdie par le froid. Il est temps pour moi de rentrer.
Soudain, dans le calme de la nuit, un véhicule monte de la vallée. Sans doute un tracteur : je reconnais les coups d’accélérateur qui font ronfler le moteur. Mais … ? Non ! Il y a aussi un autre bruit. Un cliquetis caractéristique. Ça fait plutôt penser à un engin à chenilles. Un bulldozer ? La clairière ravagée me revient à l'esprit. Les mystérieux bûcherons sont-ils de retour ? À une heure aussi tardive ? Bientôt apparait le véhicule. Je l’aperçois à intervalles réguliers, entre les peupliers dénudés qui bordent la route. De couleur pâle, il avance lentement. Il faut vraiment bien regarder pour le distinguer dans la neige. Mais lorsque, dépassant les derniers arbres qui le cachent partiellement à ma vue, il se trouve complètement à découvert, ma bouche s'ouvre toute grande de stupéfaction. Ce n’est pas un bulldozer ! C'est …
1) Ta pièce "Léon 20H30" a connu un certain retentissement, elle est basée sur un fait réel...
Oui, beaucoup connaissent le sujet, mais l’origine de sa création est peu connue et vaut que je m'y attarde, car cette pièce a vraiment failli ne jamais voir le jour, elle est le résultat de rencontres. En 1985, je croise un ami qui travaille dans une boîte de Pub Événementielle, "AD Performance Acting for Advertising". Il me propose de passer une audition pour tenter de décrocher un rôle de mime automate déguisé en James Bond pour représenter l'entreprise AHREND au salon de la bureautique BURO 85. Je suis sélectionné en finale avec un autre comédien, nous passons devant le jury qui est le personnel au complet de AHREND ... et le client me choisit ! L'autre comédien, beau et athlétique, issu des cours Florent et qui ressemblait, lui, à un vrai James Bond (rires), me bombarde de questions : nous sympathisons, il me demande ce que j'écris, je lui montre quelques poèmes, des essais, et le seul sketch de 3 pages que j'avais justement dans ma farde, traitant de la confrontation entre un psychiatre et son patient. Il insiste pour le recevoir. Je deviens quelques mois plus tard directeur artistique de AD Performance, et, en parallèle, je reprends une librairie en janvier 1986. Je trime comme un fou (allô, Bob?) des deux côtés, et, en mai 1987, je suis contacté par Marc Legein, le comédien malheureux "bondien" de 85 qui me fixe un RDV dans un resto non loin de ma librairie. Avant l'entrée, à l'apéritif, il me dit qu'il va me dévoiler une surprise au dessert ! Je lui rétorque illico : - dévoile direct sur un 2ième apéro ! - Lui : - Jean-Louis, " Ta pièce " se joue le 8 novembre au Théâtre Arenberg à Anvers devant 800 personnes, tout est vendu en prévente ! - Moi : "Ma pièce ? ... Quelle pièce ? ". Et c'est ainsi que j'écrivis Léon 20H30 en 2 mois sur heureuse contrainte, à partir d'un simple sketch ! La pièce fut un succès, puis, remodelée, fut jouée pendant un mois à l'Espace Léopold Cédar Senghor (nous avons inauguré la nouvelle salle), fut achetée par le CIFORAP, par différents Centres Culturels, ainsi que par le Centre Neurologique William Lennox ... où j'avais moi-même séjourné un mois ... Éditée chez CDL en 2013 et recréée grâce à l'insistance de ma fille Manon fin 2015, Léon rencontra à nouveau l'adhésion du public, et Nele Paxinou nous invita à La Balade au Miroir. Je tiens ici à remercier mes amis Bob pour un reportage dans Actu TV, Philippe Deriemaecker pour son interview et son enthousiasme, Jany Paquay pour une émission sur Vivacité, ainsi que RCF, notre cédélienne Rolande Michel pour un billet sensationnel ... et comme fervente spectatrice. La liste des personnes qui m'ont soutenu est longue et non exhaustive.
2) Ce "succès" ne t'a-t-il pas incité à goûter aux "délices de Capoue"... car tu n'as, si je ne m'abuse, plus produit grand chose depuis...
J'aurais beaucoup apprécié un peu de farniente, mais 3 semaines après la dernière jouée à Wasseiges, je suis entré à l’hôpital pour une lourde intervention chirurgicale. L'opération réussie et terminée, après la salle de réveil, je suis resté 24 heures en soins intensifs, conscient comme pas deux, récitant le texte de Léon en boucle ... pour tuer ce temps qui n'en finissait plus de s'égrener lentement au son des BIP qui me rendaient dingue! J'ai rejoué en mars aux Baladins, puis à nouveau suis repassé sur le billard, et j'ai bataillé pour faire réaliser des travaux chez moi, dont un nouveau toit plat, dans mon plain-pied de 60 M2. Les mois et années ont passé très vite, j'ai déposé ma plume sur des centaines de feuilles manuscrites éparses, mais j'ai surtout lutté contre des douleurs musculo-squelettiques. Heureusement, le cerveau, lui, se porte bien.
3) Quel est le rêve que tu voudrais réaliser sur le plan artistique ?...
Le premier est de remonter sur scène avec le seul en scène que je prépare, non assidûment pour l'heure (voir ci-dessus) : comico-dramatique, il aborde le monde des enfants placés en institution, le système qui les englobe, le tout vu par l'éducateur spécialisé que je suis de formation et de terrain, et, comme dans l'écriture de Léon, je passerai du rire aux larmes en dénonçant des conformismes. Le second est en attente pour raisons juridiques et administratives, même si je suis déjà très actif dans le projet de mon ami Benoît Postic, ex-directeur de la Ferme de La Dîme à Wasseiges, metteur en scène de Léon revisité. Benoît recrée une nouvelle ASBL, un nouveau C.A., et nous allons relancer l'espace de La Grange: invitation d' artistes à champs multiples et ouverture de l'espace à des styles variés tels que cabaret Music-hall (qui rejoint entre autres les attentes de la population), chanteurs contemporains, artistes de rue, cinéma etc ... L'ouverture de l'espace à des débats et confrontations philosophiques sur tous thèmes, principalement ceux d'actualité qui animent le monde d'aujourd'hui, ses contradictions, ses avancées, ses mutations. Notre but est de stimuler le désir d'expression, de communication, de partages d'idées, de savoirs divers et d'apprentissages, afin de favoriser la pertinence. Il nous faut rester sur la brèche du quotidien et de l'éveil, plutôt qu'être dans quelque repli consensuel trop souvent présent. Il s'agit bien de donner la parole à ceux qui ne l'ont pas ou n'ont pas l'occasion de la libérer. L'artiste est celui qui autorise celle-ci à la découverte, à la recherche, au questionnement, en refusant l'unique élitisme et en tendant vers la proposition, vers l'alternative et leurs déclinaisons. Nous souhaitons ardemment mieux collaborer avec les réseaux associatifs, retrouver les synergies avec les gens des villages. Actuellement ce sont nos mots blablatesques, dès que l'action peut démarrer (procédures en cours de l'acquisition des droits d'accès à La Grange et de son rachat suite au divorce de Benoît avec sa compagne), ... l'action se concrétisera.
4) Tes exemples en matière de littérature ?...
Hugo, Tolstoï, Zola, Flaubert, Balzac, Stendhal en passant par Alfred de Musset, Georges Sand, Verlaine, Rimbaud, Voltaire, Tchekhov, Pirandello, Sartre, Zweig, Dostoïevski, Camus, Sagan, plusieurs auteurs de CDL (Hihiiiii), Roland Topor, Dubillard du même prénom pour ses fameux Diablogues et autres, l'intégrale des textes de Raymond Devos, ceux de Pierre Desproges, des maîtres en la matière, Guy Bedos, j'apprécie fort Philippe Labro (Le flûtiste invisible), et dans un tout autre registre passionnément le regretté généticien et philosophe Albert Jacquard, Joseph Basile ( Scientifique belge, professeur, auteur et chroniqueur) et j'oublie ici quantité d'auteurs lus avec grand intérêt, que ma mémoire ne pourrait retrouver pour l'heure ...
5) Sur une île déserte, quels sont les 7 (chiffre magique) livres que tu emporterais ?...
L'Encyclopédie de La Faune et de la Flore (plus complet que celui de Marie-Noëlle, même si je la crois capable de sauter sur mon île avec tout son barda à partir de la sienne : oui, oui, M-N bénéficie de certains pouvoirs magiques délivrés par je ne sais quel Prince de sa connaissance qui l'a à la bonne. J'en veux pour preuve que régulièrement, j'entends "BOUM" sur mon toit plat susnommé en question 2, je sors équipé dema lampe torche, escalade mon échelle et ... zou, je vois un lourd sac à dos fluo indiquant : " Juste un ch'tit coucou, TKT, c’est que moi " . J'ai déjà 17 de ses sacs remplis de boîtes de conserve et de manuels de survie que j'entasse dans mon petit 60 M2 (bis repetitam cfr question 2), "L'homme, cet imprévu" de Joseph Basile, un livre d'Albert Jacquard au choix difficile tant ils sont foison de bijoux qui tous éclairent ma bibliothèque, et, je choisirai selon mon stress avant le départ sur l'île (bé té, pas ma faute, moi, si Alain Magerotte joue à Frédéric Lopez !), donc un livre du regretté Albert Jacquard, homme d'exception que j'ai eu la chance de rencontrer lors d'une conférence au Théâtre de Namur, et qui m'a fait monter sur scène à ses côtés pendant 15 minutes - souvenir tellement prégnant, riche et puissant), "L'art de la joie" de Nicolas Go, "L'absurde " ou "La Folie " de Raphaël Enthoven, les "Textes de Scène" de Desproges (pour respirer après les deux précédents), et, puisqu'il n'en reste qu'un et que je ne pourrais me décider entre Zola, Stendhal et les autres précités en question 4 ..... j'emporte .... " 2401 " de Bob Boutique ! Parce que j'ai kiffé sec en le lisant, parce qu'il est rempli de références historiques, culturelles, géographiques, rempli d'humour, de, et de, et de ... et parce que mon exemplaire est passé par tant de mains d'êtres tellement chers. Merci à toi, Alain, pour ces questions pertinentes, pour ta patience à en attendre les réponses, et, la prochaine fois, dis, ... chiffre 13 ? Reconnaissance à toi, amitié et bonne humeur partagées, Jean-Louis.
Charles Lathan naît à une époque où l'herbe pousse sur les parkings automobiles. Dans sa maison d'enfance il n'y a rien de décoratif accroché à des murs pourtant très solides. Puis trois éléments surgissent et s’érigent en souvenirs : le fameux calendrier des postes (toujours des chats), un canevas représentant des moutons grimpés sur un rocher, une nappe imprimée de cavaliers et de chiens pourchassant des cerfs aux abois.
Charles grandit à proximité d'un terrain vague investi d’Italiens comme lui, d'Espagnols, de Portugais et saupoudré d'Algériens. Par ailleurs il y a les filles et les fils des paysans : les Français de souche.
Charles est mélancolique. Ecole, vélo, école, vélo ... Un jour sa chaîne déraille. Un garçon qu'il ne savait pas vivre dans le quartier s'approche et dit : « laisse, tu vas te couvrir les mains de graisse, je suis allemand, je vais te la remettre. » Charles comprend que la mouise infiltre d'autres personnes que lui. En 1968, en Alsace la Deuxième Guerre travaille toujours les corps.
Puis il y a la maladie, plusieurs années d'hôpital. Quand il ressort de ça, le Centre Beaubourg est construit à Paris. Par miracle (voyage scolaire) un jour Charles se trouve face aux monochromes bleus et aux éponges dorées d'Yves Klein. Sur le coup et pour longtemps il ne comprend pas, mais d'emblée il aime. Il se sait désormais affilié à l'art. La brèche des possibles s'est ouverte à lui.
Il entre dans un monde inédit, commence de lire Sigmund Freud, George Groddeck, Antonin Artaud, Henry Miller, Philip k. Dick, William Faulkner… et surtout, surtout, surtout lire et relire Monsieur Ouine de Georges Bernanos. Si bien qu'à dix-huit ans il n'a toujours pas franchi le seuil d’un hypermarché Auchan. Il n'en soupçonne pas même l'existence.
Puis il y a les alcools, les drogues, l’amour impossible. Les jours se font de plus en plus courts et les nuits de plus en plus longues. Un long temps passe.
Vers sa cinquante-cinquième année, prenant acte qu’il est toujours vivant, Charles Lathan commence d’écrire Le retour de Marcel. Clopin-clopant, du bout des doigts, le désespoir optimiste il mène l’aventure à son terme.
Et voilà !
Résumé :
Des milliards de mots imprimés chaque jour pour redire et refaire le monde.
Je vous défie, je vous prends au mot.
Mot à mot je progresse dans le jeu avec un sérieux bagage à la main : le mot-valise qui contient tout.
Le mot circule.
Je suis l’écrivant Charles Lathan. J’ai le monde à bout de bras dans le mot-valise. Approchez mesdames et messieurs, et les enfants devant. Instant sacré, sacré instant : J’ouvre la valise. Admirez mes belles pages. La salive vous vient ! Des machins, des trucs, des bidules, des espaces et des astres. Soyez somptueux, osez mon ouvrage fertile. Pour vous, ici j’ai repoussé les limites du monde. Voyez ces corps étendus, voyez ces étendues nouvelles sans bornes et sans balises. J’ai enrichi la carte du monde de plats inédits. Mettez-y les pieds dedans et marchez sans scrupules. Soyez hors de vous, entrez dans la matière du monde.
Le monde motériel.
Extrait
Deux mois que c'est arrivé, deux mois que la Criminelle patauge. C'est abscons, de la poésie de moniteur d'auto-école. Vous l'avez lu dans les journaux comme nous : Le mercredi 9 janvier, en fin d'après-midi, après l'affolante tempête de neige, le corps d'Alice Chatouilli fut retrouvé, découpé en quatorze morceaux alignés sans souci autre que celui d'une exposition aérée semble-t-il, le long de la ruelle qui monte à la cascade.
Ce qu'on sait de plus que vous, parce qu'on les a vus de nos yeux et qu'ils nous ont émerveillés, éblouis, laissés sur le cul et culpabilisés ces quatorzemorceaux, c'est qu'en se brisant le vase prend tout son éclat. Certes, entièreelle était jolie Alice, mais découpée et redisposée de la sorte, chaque quartier devenait le chapitre d'un ouvrage dramatique émouvant et grave. Nous étions émus, non horrifiés. L'évidence nous échappait. Nous formionstous le vœu étrange que les portions d'Alice étaient les oignons de quatorze nouvelles Alice. Des oignons qu'il eût suffi de planter et d'arroser, sans faire de chichi, pour que le miracle s'accomplît.
Ce terrible samedi 9 janvier nous avons tous vu Henri Lebeau, le coiffeur, dérober la main droite d'Alice. Nous l'avons tous accompagné dans son geste, tant le désir de faire de même nous travaillait. T'aurais vu le commissaire Loch Ness lui faire une prise de jiu-jitsu, du grand art ! Et lecoiffeurquilâchelamain.Etlamaindevaldinguerhaut,sihautdans les airs, souple, fine : une circonlocution délivrée au-delà du point final. Du coup chacun s'avise de courir en dessous de la main volante pour se l'accaparer avant qu'elle ne s'écrase au sol. Ensuite, s'enfuir avec. Chacun pour soi. Ni morale, ni loyauté, ni civisme, rien que de la vilenie. Crocs enjambes, coups de coudes et foire d'empoigne. Certes un brin de sport aprèsla grande biture et le dégobillage salvateur, ça se concevait. Le besoin de secouer son anatomie comme chiens au sortir de l'eau est chose plaisante mais là l'exaltation des corps n'apportait à chacun que plaies, bosses et nouvelles inimitiés. La main fignolait par-dessus l’avidité des hommes son vol esthétique pour au final s'écraser, sarcastique et cuisante, sur la joue droite du commissaire. Piqué au vif par cette claque post-mortem etfulminant contre nos manières de charognards, le commissaire qui somme toute est un sanguin, tira son arme et gueula :
« Si vous arrêtez pas vos conneries, je tire dans le tas. »
Le pharmacien, qui avait fait fac de psycho, la première année, et qui avait serré la main de Gandhi ou de quelqu'un qui lui ressemblait beaucoup, annonça haut et fort pour ramener la paix :
« J'offre une tournée générale de bonbons contre la toux au miel de sapin des Vosges. »
Bernadette Gérard-Vroman a jeté l’ancre en terre poésie en 2010. Sans cesse encouragée par ses pairs, l’auteur a une soif d’apprendre insatiable, sur ce chemin où les frissons d’âme s’évaporent du plaisir d’écrire.
Originaire de Belgique, elle aime s’enraciner à la montagne, où, pour rattraper ses rêves d’enfant, elle s’identifie à l’edelweiss.
Résumé
Un regard sur cette terre, sphère à deux inconnues : la vie et la mort.
La vie, un chemin sur lequel Bernadette Gérard-Vroman avance, en écrivant, à la découverte de soi, à la découverte des autres, lors de ses rencontres, partages, moments qu’elle privilégie.
La mort et ses questions inexorables et l’amour, incontournable.
Ce qui la caractérise est sa sensibilité et la force dans les mots que revêt sa plume, qui, comme l’amour et la paix vers lesquels ils tendent, sont les symboles de l’edelweiss, qui la représente.
Une poésie qui se libère de plus en plus des contraintes, comme un envol entre terre et ciel, comme un écho à la Terre.
La nuit tombe et emporte avec elle mes pensées qui tourbillonnent. Je les vois embrasser l'espace, légères, elles s’accrochent aux ailes du temps, transpercent les nuages… Me vois-tu ?... Me sens-tu ?... M’entends-tu ?... J’aurais voulu te dire, mais je n’ai pas pu… J’ai tant attendu que tu me dises, mais tu n’es jamais venu… As-tu senti ma présence à tes côtés ?... As-tu emporté notre silence avec toi pour l’éternité… ? C’était hier, deux étoiles brillaient, l’une au terme d’un dernier voyage et une autre prête à plier bagage, et entre les deux, mon âme errait, entre abysses et montagnes, en quête de lumière, pour toi, pour moi, pour elle. Au sommet des montagnes, tu veilles sur l’edelweiss qui me sourit, l’astre de la nuit aussi. C’était hier, je n’ai pas oublié qu’entre deux tempêtes, le soleil brillait… Comme un éclat de mille feux au beau milieu de la nuit, je laisse mes pensées se disperser, mes yeux s'entrouvrent et ta présence à mes côtés me rappelle que le présent est là.
…
« Je me terre au pied d’un hêtre
Et nos deux êtres entrent en fusion ;
Il m’offre la sérénité,
À l’abri du froid.
Je vois les mots férus, frivoles,
Poursuivre leur chemin
Et se frayer un passage
Sur les pavés de mon existence.
Ils fredonnent un refrain
Parsemé de fous-rires,
Une farandole se forme,
Ils s’envolent dans un frou-frou de plumes.
Je les retiens, les serre une dernière fois encore