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" La nuit ", un texte signé Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

LA NUIT


 

Jérôme avait peur du noir et rien n'y faisait : pas plus les menaces que les encouragements, les cadeaux que les sourires.


 

Cela a commencé vers ses quatre ans. Ses parents avaient fêté le réveillon de Noël chez les voisins en le laissant seul. Oh, pas longtemps ! Papa ou Maman étaient venus toutes les heures et tout se passait bien jusqu'à minuit et quelques minutes, les vœux, l'échange des petits cadeaux, le champagne. Tout cela avait retardé la présence rassurante et Jérôme réveillé par le bruit s'était retrouvé tout seul. Bien sûr, il n'avait rien dit : à quatre ans on est grand et fort, mais le mal était fait.


 

Pas question d'aller dormir après dix heures du soir, pas de dancing avec les copains et les copines. À chaque occasion, Jérôme trouvait un bon prétexte.


 

La vie vous offre de ces cadeaux…Jérôme a rencontré Catherine qui tout comme lui a peur de la nuit. Ils se sont mariés, leurs deux enfants sont nés en plein jour et la famille est heureuse. Jérôme qui travaille pour un grand parfumeur vient de recevoir une promotion : créer un parfum pour un grand couturier, John Helaga. Il rencontre le maître qui lui donne des indications sur ce qu'il veut. Jérôme se met au travail. Pendant des semaines, il peaufine "son" bébé. Il rend visite au couturier et ils décident ensemble de la suite.


 

De petites touches en petites touches, le parfum s'améliore, devient plus subtil, plus fin jusqu'au jour où il plaît à son créateur et à John Helaga. Reste à trouver un nom. On fait appel aux meilleurs publicistes. Rien, il n'en sort rien. C'est Jérôme qui propose : "Et si on l'appelait La Nuit ?"


 

Bingo ! John Helaga est emballé. Cela correspond parfaitement à sa prochaine collection qui fait la part belle à la couleur noire !


 

Succès! Formidable, génial, mariage réussi. Les titres des journaux sont enthousiastes. Jérôme et John, John et Jérôme, on ne parle que d'eux !


 

Croyez-moi, ou ne me croyez pas, depuis ce jour Jérôme n'a plus peur la nuit.


 

On se demande bien pourquoi !


 


 

Louis Delville


 

 

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Anne-Sophie Malice et "Les secrets de Polichinelle"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Bataillon de charme sur Actu-Tv, les chroniqueuses ne sont pas étrangères au succès de l'émission. Mais qu'est-ce qui pousse ces dames, auteures avant tout, à aller interviewer Pierre, Pol ou Jacques ? Anne-Sophie Malice est la première à me répondre :


1) Chroniqueuse sur Actu-Tv, pourquoi ?
- Parce que Bob me file des coups de pied au fessier. Ma confiance en moi étant logée au sous-sol, ça me fait grand bien. C'est magique de partager d'autres univers l'espace de quelques heures, de rencontrer des gens passionnés par ce qu'ils font.


2) Quel reportage aimerais-tu faire ?
- N'importe lequel, franchement. Chaque rencontre est spéciale et m'apporte beaucoup. Je dois me dépasser chaque fois. Edmée serait une belle rencontre, j'en suis certaine.


3) Qui rêves-tu de rencontrer ?
- Revoir le chanteur de Ghinzu. Ce groupe m'a accompagnée dans des moments particuliers. Rencontrer et m'évanouir, Luke Perry. Tu te souviens de Dylan dans Beverly Hills ? C'est lui.


4) Ton meilleur souvenir, ta pire galère ?
- Meilleur souvenir, un bisou de William Dunker. Galère... juste ma peur de rougir à outrance... ce qui ne semble pourtant ne déranger que moi.


5) Ton actualité ?
- Participation ce week-end à une manifestation artistique à Quiévrain. Peintres, sculpteurs, graphistes, auteurs... je suis ravie de m'être lancée d'ailleurs. Le salon du livre à Mons, fin novembre, aussi.

 

 

 

 

 

https://www.facebook.com/Secrets-de-polichinelle-340998346326951/?fref=ts

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Deuxième partie de la nouvelle d'Albert Niko "Colline"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Je ne tire du réel que le minimum vital – de quoi me maintenir –, ne retenant que des lambeaux de vécu que mon imagination recyclait pour en faire des espèces d'épouvantails qu'un rien baroque je dressais par écrit...

Je ne levais pour ainsi dire pas les yeux quand je marchais en ville. Les mêmes regards, le même programme. Maisons, marronniers et réverbères dans une même perspective, et nos vies descendant l'avenue comme un long cortège funéraire continu...

À huit heures dans les collines vous étiez pas dérangé, chacun étant plus ou moins occupé à faire avancer son pion ou préoccupé de ces questions. C'était là que j'échafaudais la plupart de mes textes. Je m'enfonçais une heure ou deux avant de rebrousser chemin.

Le bourdonnement de la ville dans sa cuvette m'évoquait le bréviaire que bavait une marée de bouches...

prière de ne pas chercher plus loin...

Je sais pas si le vieux de la première maison tenait un journal minuté de mes escapades, ou s'il campait toute la journée sur son perron, en tout cas pas moyen d'y couper, son sourire visqueux me remontait l'épaule comme une limace. Il n'y avait ni bureaux ni usine, ni même une ferme dans les collines. La dernière fois, j'y ai croisé deux types qui m'ont fixé comme si la chose ne s'était pas produite depuis le siècle dernier.

Ils m'ont très attentivement regardé arriver de si loin qu'il n'était pas impossible que j'arrive du siècle dernier.

Il fallait être chasseur, ou retraité, pour se trouver un matin dans les collines.

Ils étaient les deux.

 

ALBERT NIKO

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Une Nouvelle en deux partie signée Albert Niko : "Colline" - Première partie

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Mon ombre me tire jusqu'au train qui me conduira au centre de formation où je suis supposé apprendre un nouveau métier...

C'était une ville traversée par une route toute droite. D'ordinaire j'aime le matin mais d'être rattrapé par tous ces gens montés sur roulettes, plus une caravane de cartables qui s'emballaient à l'approche du bus, je me suis cru aspiré dans le tourbillon d'une cuillère à café et j'ai pas eu un regard pour les collines.

Juste avant d'arriver à la gare, je me suis baissé pour refaire mon lacet et mon ombre était ramassée au pied d'un panneau marquant une voie à sens unique.

Trois semaines plus tard on faisait cercle autour de la manager en chef qui nous servait le débriefing matinal – le genre de femme qu'on s'attend pas à croiser aux cabinets – et le sourire de la mascotte à l'entrée du restaurant me rappelait tante Adrienne quand elle me regardait becter ses gâteaux. Des filles ont applaudi en apprenant que le chiffre d'affaire de la veille était en progression – pour autant nous ne devions pas oublier que le vendredi était un jour de forte affluence et maintenir le cap. Et bien sûr il y avait toujours des places de cinéma pour l'employé du mois. Les filles applaudissaient...

En dépit des rotations de poste, on me trouvait le plus souvent derrière le gril à garder l'oeil sur une bonne dizaine de viandes alignées comme des suppliciés (présentant l'avantage non négligeable de ne pas chercher à rencontrer votre regard) et dont il fallait bien faire gaffe à qui telle et telle devait revenir – les étiqueter en quelque sorte sur tel ou tel visage... Et je vous mets au défi de ne pas vous emmêler les pinceaux quand dans le feu de l'action vous deviez composer avec quatre ou cinq variétés de pièces de boeuf, et trois formats différents de steak haché, et tous ces clients qui s'envolaient à peine leur commande lancée pour ne réapparaître que dix minutes après en objectant que cette entrecôte un peu noirâtre ne pouvait leur être destinée, et vous en relanciez une nouvelle en serrant les dents pendant que dans le même temps un steak haché prenait le même chemin...

J'ai raccroché au bout de quinze jours, sans préavis à observer ni incidence sur ma pension. Prends un gâteau !

Reste que la fraîcheur des nuits d’avril était une bénédiction pour qui sortait du taf en nage et je regrettais jamais de remonter en vélo jusqu'à la gare.

Publié dans Nouvelle

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Carine-Laure Desguin sous le feu des questions de Polichinelle

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Si ma mémoire ne me trahit pas; les "drôles de dames" étaient trois... il en manque donc une ! Après Anne-Sophie Malice et Edmée de Xhavée, voici donc la troisième chroniqueuse d'Actu-Tv; Carine-Laure Desguin !


1) Chroniqueuse sur Actu-Tv, pourquoi ?
- Je glandouillais toute la sainte journée sur le Net et, très tard un soir de java à l'eau de rose, j'ai bousculé une petite chose avec une mine taillée comme un crayon, c'était Bob Boutique. Il m'a demandé si j'aimais schtroumpfer du virtuel vers le réel, que ça me changerait de mes étroites étiquettes une ou deux fois par mois et que de toute façon, une bonne transfusion de culture XYZ, ça ne pouvait qu'embaumer mes rêveries et grandir mon dictionnaire. Comme il n'y avait aucun contrat à lécher, j'ai tourbillonné de joie.


 

2) Ton meilleur souvenir, ta pire galère ?
- Ben justement tiens, y'a quelques jours d'ici, excursion dans les bois. De vrais bois tu sais, avec de la mousse sur les écorces en guise de boussole. Une escalade sur des feuilles humides et pourries, bref, Kho-Lanta mais en plus hard, tu vois l'genre ? En équilibre instable sur des talonnettes et en guise de sac à dos, la caméra de Bob, du grand art, monsieur, du grand art. Mais j'ai juré en crachant entre deux ornières de la boucler et de ne plus rien gribouiller à ce sujet, zappons donc le truc. C'est compris ça, Carine-Laure, hein ?
Un bon souvenir ? Absolument tous les reportages. Quand je serai bien jeune dans une trentaine d'années, j'aurai de quoi gamberger au lieu de chercher après ma prothèse dentaire dans je ne vous dirai pas quoi.


3) Quel reportage rêves-tu de faire ?
- Chaque reportage est une aventure et j'ai aimé tous les interviewés depuis André Guyaux, ce prof qui enseigne la littérature du 19ème à la Sorbonne, jusqu'à Benoit Goffin qui nous a si bien raconté la vie mouvementée de Maurice des Ombiaux. En passant par Olivier Leborgne, le fantôme de Jean-Jacques Rousseau, les ombres des surréalistes à Montbliart, etc.


4) Qui rêves-tu de rencontrer ?
- Pour le moment, j'ai envie de rencontrer Marc Danval, il a très bien connu Robert Goffin, une personnalité tout à fait hors du commun... ça m'intéresse car j'ai parfois de sacrées ondes de jazz qui me traversent la casquette ! Sinon, je pensais au roi Philippe. Mais avec Bob est-ce possible ? Se garer n'importe comment dans la cour du Palais Royal, se perdre dans une chambre alors qu'on cherche les chiottes, oublier sa caméra dans le coffre de la voiture et donc rebelote, il faut faire demi-tour, trouver du réseau dans l'une ou l'autre salle pour téléphoner à Poussin car bien sûr les lunettes sont-elles restées sur la boite à pain, t'es sûre de ça, Poussin ? Alors tu vois, Alain, Philippe ne comprendra rien à tout ça, j'imagine déjà le regard interrogatif...


5) Ton actualité ?
- Oh, ça foisonne dans tous les sens, comme d'hab'. Je m'excite sur les corrections d'un roman

dont je n'ose même plus prononcer le titre mais les meurtres se passent à Maubeuge, ça, c'est OK. Il y a un autre roman dans un tiroir, une espèce de road-movie dans les rues de ce putain de Pays Noir. Et plus concrètement, la diffusion de deux recueils collectifs édités chez Jacques Flament et les revues auxquelles j'aime participer, Aura, Lichen, Les Petits Papiers de Chloé. Je sais que je m'éparpille mais je suis comme ça, un peu "foufouille".
Plus concrètement, la préparation du 6ème Salon du Livre de Charleroi qui aura lieu le dimanche 12 novembre à la Bibliothèque Marguerite Yourcenar de Marchienne-au-Pont. Tiens, une idée de reportage sur les traces de Marguerite Yourcenar dans la région de Charleroi.
Et en février 2018, il y aura la lecture de ma pièce "Le Transfert" par le Box Théâtre de Mons. Là, t'es sensé me demander de quel genre de transfert il s'agit, cher Alain. Ben Le Transfert, c'est l'histoire d'un type qui est hospitalisé et voilà que son dossier se perd dans la corbeille virtuelle de son ordi. Et si tu n'existes plus dans le virtuel, comment veux-tu encore exister dans le réel ? Peut-on prendre la température d'un type qui n'existe plus ? Franchement ?


Je pense qu'en 2018, il se passera pas mal de choses ! 

 

 

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Les secrets de Polichinelle... François Foulon se livre !

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Une interview de Jean-François Foulon

« Les Secrets de Polichinelle » interviewe Jean-François, l’auteur d’une page reprenant mois après moi avec force commentaire les chroniques que Marc Quaghebeur donne sur ACTU-tv à propos des grands auteurs belges.

On peut dire que Bob Boutique a le nez fin ou creux, c'est comme on veut. J'entends par là, vous allez me dire "pas grand chose"... OK, je veux dire par là, la formule vous convient davantage ?... qu'il possède l'art consommé de s'entourer de personnes talentueuses. C'est le cas notamment de Jean-François Foulon qui nous a aimablement accordé cette interview.

1) Pour quelle(s) raison(s) as-tu intégré l'équipe d'Actu-Tv ?

- Je ne l'ai pas vraiment intégrée (je ne fais ni reportages, ni interviews) principalement par manque de temps, ma vie professionnelle m'accaparant malheureusement beaucoup trop. Mais disons que je suivais avec intérêt les interviews de Marc Quaghebeur et quand Bob Boutique m'a proposé de rédiger une petite chronique sur les auteurs abordés, je n'ai pas dit non.
Un peu pour faire la promotion d'Actu-Tv (puisque ma chronique servait de prétexte pour rediffuser l'interview), un peu pour ma promo personnelle (car se faire remarquer comme auteur est primordial si on veut que nos livres soient lus), mais surtout parce qu'il s'agissait d'aborder des écrivains classiques, pour lesquels j'ai une certaine prédilection, pour ne pas dire une prédilection certaine.

2) Comment élabores-tu ta chronique ?

- J'écoute attentivement ce que Marc Quaghebeur a pu dire sur l'auteur en question, puis j'effectue quelques recherches de mon côté, vérifiant ce que je sais déjà ou au contraire découvrant ce que j'ignorais encore. Je présente donc brièvement l'écrivain (biographie et livres publiés) tout en essayant de le replacer dans son contexte culturel. Quand c'est possible, je renvoie à l'interview, pour obliger le lecteur à une sorte de va-et-vient entre celle-ci et mon texte.Disons que j'estime que ces séquences d'Actu-Tv sont particulièrement réussies et qu'elles sont sérieuses (interroger le directeur des Archives et du Musée de la Littérature, ce n'est pas rien). A ce titre, elles méritent toute notre attention. Par mon texte, j'espère donc à la fois intéresser le lecteur à des écrivains certes bien connus mais finalement rarement lus (ce qui est dommage car ils le méritent) mais aussi contribuer asseoir la réputation d'Actu-Tv. Les émissions culturelles sont tellement rares dans notre Belgique francophone.
Je donne aussi à chaque fois un petit extrait d'une oeuvre bien connue de l'auteur abordé, pour que le lecteur puisse se faire une idée par lui-même. Parfois, je commente également rapidement cette oeuvre, rassemblant les souvenirs que j'en ai gardés lors de ma propre lecture.

3) Es-tu particulièrement intéressé par la littérature belge ?

Particulièrement non (je suis fort francophile et ma mère était française. A ce titre, je ne suis donc pas fasciné par la "belgitude" où je ne me retrouve pas vraiment) mais quand je regarde les rayons de ma bibliothèque, je dois bien reconnaître qu'il y a beaucoup d'auteurs belges. Il faut dire que nos contrées francophones (Wallonie et Bruxelles) sont particulièrement riches dans le domaine littéraire, beaucoup plus qu'un département français par exemple, où les auteurs doivent obligatoirement passer par Paris s'ils ne veulent pas être taxés de régionalistes. Chez nous, c'est un peu différent. Certes, pour obtenir une vraie consécration, un auteur belge doit lui aussi se faire éditer dans les grandes maisons parisiennes, mais il peut très bien être édité à Liège, à Charleroi ou à Tournai tout en faisant de la littérature générale. A contrario, il me semble qu'un éditeur de Perpignan privilégiera d'abord des livres où le caractère catalan est bien mis en évidence et un éditeur de Clermont-Ferrand fera de même pour le caractère auvergnat. 
En fait, j'ai l'impression que les écrivains belges occupent des créneaux parallèles qui sont délaissés par la France. On l'a vu avec la bande dessinée, qui a trouvé ses lettres de noblesse chez nous, avec le fantastique (mis à l'honneur autrefois par Marabout), ou le policier (voir Simenon).

 


4) Rêves-tu qu'un jour on puisse trouver ton nom dans une anthologie consacrée à la littérature belge ?

Ah, ce serait en effet un grand honneur. Et si un de mes textes pouvait être un jour étudié dans une école, ce serait la consécration, le fait que je serais alors vraiment reconnu comme écrivain ! C'est d'ailleurs pour cela que j'ai toujours refusé de jouer avec l'autoédition ou l'édition à compte d'auteur. J'ai attendu de trouver un éditeur qui veuille bien de moi et qui m'accepte comme je suis.
Car si on peut suivre les cours d'une académie pour devenir peintre ou musicien (vous serez peut-être un mauvais peintre ou un mauvais musicien, sans aucun génie, mais vous aurez un diplôme qui certifiera que vous avez appris les techniques de base de votre art), il n'existe pas d'école pour devenir écrivain. Il n'y a donc que l'éditeur, en acceptant votre manuscrit, qui peut vous sacrer écrivain.

5) "Obscurité", "Le temps de l'errance", et "Ici et ailleurs" ont un dénominateur commun, la nature... je me trompe ?

Ce sont trois genres différents (un roman, un recueil plus poétique, et des nouvelles ou plus exactement de courts récits) mais en effet la nature y occupe une place importante. Dans "Obscurité", l'héroïne, déboussolée après un divorce, traverse plusieurs régions de la France profonde (le plateau de Millevaches, la Corrèze, les Cévennes, etc.). C'était pour moi l'occasion de décrire ces endroits merveilleux et sauvages où j'ai eu la chance de passer mes vacances quand j'étais grand adolescent ou jeune adulte. 
Dans le livre de poésie, on trouve la mer et la forêt, deux éléments naturels qui nous font rêver et qui sont quelque part à la base même de notre imaginaire. Dans le recueil de nouvelles, la nature est moins présente, tout simplement parce que l'action se passe en Afrique ou en Amérique du Sud, où je ne suis jamais allé. Mais il y a quand même des descriptions de paysages, comme ces contreforts des Andes que gravit un camion, les roue au bord du précipice.
Je crois que je suis quelqu'un qui a besoin de la nature. Avec un livre et un coin de forêt, je suis heureux, je n'en demande pas plus. Je suis donc fort attentif aux paysages, à leur histoire et à leur devenir, car derrière eux, c'est toute l'histoire de l'humanité qui se dessine. Par exemple, il faut bien comprendre que pendant deux mille ans la vie des hommes n'avait pas changé. Depuis l'empire romain jusqu'à la guerre 40-45, on a cultivé la terre avec une charrue et un cheval. J'ai encore connu la fin de cette époque dans les années 60-70 (en Ardenne ou dans le Massif central), mais depuis, la révolution technologique a complètement bouleversé le monde, nos modes de vie, et également les paysages.

6)As-tu un nouveau roman en préparation ? Il est aussi question de nouvelles qui dorment depuis longtemps dans les tiroirs...

- Un roman est en cours de lecture chez Chloé des Lys. Il parle justement de l'Ardenne et de la fascination qu'elle exerce sur le héros, qui y est né, mais qui vit à Bruxelles. Cette rupture fondamentale entre la campagne et la ville se double chez lui d'une seconde : il a quitté le monde paysan un peu frustre qui était le sien pour devenir un intellectuel. Comme chez Annie Ernaux, il y a là une dichotomie et une "trahison" qu'il lui faudra dépasser. A côté de cela, oui, un autre roman est en préparation (sur le thème de l'enfance maltraitée) et oui, il reste des nouvelles et un autre roman qui mériteraient de ressortir des tiroirs. Mais comme je l'ai dit au début, c'est le temps qui manque.

 

 

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"Un homme improbable et imprévisible", une nouvelle signée Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

UN HOMME IMPROBABLE ET IMPRÉVISIBLE


 


 

Oncle Roger était le prototype même de la personne improbable. Au plus loin dont je me souviens, c'était un original. Était-il invité chez nous ? Le traditionnel bouquet de fleurs était remplacé par un superbe cactus !


 

Certains membres de la famille hésitaient à le convier à une fête de peur de le voir arriver tout de blanc vêtu.


 

On tremblait les jours d'enterrement, on riait d'avance les jours de baptême.


 

Jusqu'au jour où Oncle Roger est allé rejoindre Tante Laure au cimetière du village. Même pour sa mort, il avait été imprévisible. On l'avait retrouvé dans son jardin étendu dans le parterre de muguets. Crise cardiaque avait diagnostiqué le docteur. Mais ce n'était pas fini. Il y avait le testament. Il n'avait pas eu d'enfant et léguait tout à ses neveux et nièces.


 

Le notaire détaillait soigneusement la part de chacun. Lorsque ce fut mon tour, j'entendis : "Pour mon neveu Louis, mes livres de cuisine et mes livres de jardinage". En plus du quart de la maison et d'une petite somme.


 

Sacré Oncle Roger ! En matière de livres de cuisines, il y avait une année de recettes dans les pages du vendredi du journal local. Quant aux traités de jardinage, un almanach de 1946 (mon année de naissance) avec les conseils de Sébastien, le jardinier de l'évêché !


 

Oncle Roger est mort il y a longtemps, mais j'ai hérité de son goût pour les surprises et j'en suis fier. Je me réjouis déjà de voir la tête de mes héritiers !


 


 

Louis Delville

 

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Christine Brunet a lu "La planète de Pâques" de Marion Oruezabal

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

"La planète de Pâques"... C'est le second roman que je découvre de cet auteur... Un roman très différent du premier "Dans l'oeil de l'Astre".

Une couverture qui invite autant au voyage qu'à la méfiance... 

Méfiance, c'est le mot parce que ce titre, surprenant, reprend le contenu du livre. Vous ne voyez pas ? L'Île de Pâques, ça vous dit bien quelque chose ? Forcément... 

Mais quel fut le destin de ses habitants ? Que s'est-il passé sur ces petits bouts de terre perdus dans le Pacifique ? Aujourd'hui, les scientifiques ont brisé le mystère : surexploitation des ressources, surpopulation... 

On sait que l'Humanité n'a jamais été capable de tirer des leçons de son passé. Pourquoi le ferait-on puisque l'Homme évolue, devient plus intelligent, plus savant ? 

L'Homme, dans son arrogance, joue avec la planète qui l'accueille. 

Ce livre est certes un roman, ou plutôt une suite d'histoires personnelles entre passé, présent et futur, il est surtout un plaidoyer en faveur d'une Nature à bout de souffle, une mise en garde contre la folie des hommes, un cri que le lecteur sent impuissant face à une foule aveugle et aveuglée... 

" Notre planète s'épuise, les ressources se font rares. Selon les experts, nous n'avons plus que quelques années de vivres devant nous... Mais comment freiner, nous en passer ? Avons-nous un autre choix que de foncer dans le mur en le voyant arriver ?"

L'auteur appuie son texte sur des fondements scientifiques, des recherches en cours et lui donne ainsi un poids, une profondeur qui transcende la fiction des personnages et propose une vraie réflexion. 

 

Un livre à découvrir !

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

 

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Lorsque Bob le Belge se lâche, ça donne ça...

Publié le par christine brunet /aloys

Extrait d’une interview de l’auteur par Patrick Sel d’Arvor, parue dans la page littéraire du Monde du vendredi 30 avril 2007

Votre style fait penser à Proust ou Mauriac, vous en êtes conscient ?

Tout à fait. Certains critiques littéraires, surtout à l’étranger, parlent également de Dostoïevsky ou Hemingway… je ne cherche pourtant pas à les copier et d’ailleurs comment le ferais-je ? Je ne lis que les Martine ou de temps à autre un Delly. C’est inné.

 

Comment expliquer qu’avec un tel talent, vous n’ayez pas encore obtenu un Goncourt ou un Renaudot ?

Précisons d’ abord que j’ai quand même été nominé deux fois dans le catalogue des Trois Suisses et que le bulletin paroissial de ma commune m’a cité récemment, mais bon… mon éditeur est lui-même auteur et la jalousie… je pense qu’il n’a tout simplement pas envoyé mon livre.

 

Parlons de votre personnage Bob le Belge. Peut-on dire qu’il est un philosophe ?

Incontestablement, même si certains enlèvent le ‘testablement’. Il y a dans cet être raffiné et d’une grande culture, une vision hédonique de la vie qui interpelle, même si certains enlèvent l’’inter’. D’autant plus qu’il résume sa vision du monde avec une expression qui fait mouche et qu’on propose parfois pour les épreuves du bac…

 

« Et voila ! », sans accent sur le a ?

Tout juste.

 

Il y a t-il une raison particulière pour que cet accent soit omis ?

La syntaxe tout simplement. A l’imparfait du subjonctif, la césure de cette phrase prise dans sa globalité résiduelle aurait exigé une altercation intempestive de la continuité de la signification exhaustive de l’entité contraire. Or, nous nous trouvons ici dans un cas de figure où le conditionnel présent entraînerait une réévaluation de la construction narrative de l’exposé inverse… en bref, pour être simple, l’accent grave eut été aigu, ce qui eussé été une erreur grossière.

 

Je comprends… ou plutôt, pour être très franc avec vous, je ne comprends rien du tout.

C’est normal. Il n’y a rien à comprendre. Bob le Belge se regarde et comme il est dessiné au septième degré, c’est seulement dans une ou deux, voire trois semaines, que le déclic se fera. Vous n’en saurez d’ailleurs rien puisque à ce moment-là vous l’aurez oublié.

 

Peut-on parler de génie ?

Absolument. Rien ne m’horripile plus que les faux modestes. Ceci dit, mon QI n’est pas anormalement élevé… le Q au niveau du bassin et le I un peu plus haut, du côté du nombril.

 

Une dernière question, car je sais votre temps compté. Peut-on espérer d’autres Bob le Belge dans l’avenir ?

Il n’existe qu’un seul Bob le Belge… à moins de le cloner !

 

Je voulais dire d’autres épisodes ?

Ce n’est pas exclu. J’ai cassé la pointe de mon crayon et je ne retrouve plus le taille qui s’est taillé. Je lance un appel, il est rose fluo avec un dessin de bisounours.

 

Merci.

 

BOB LE BELGE

 

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Jean-François FOULON nous propose une présentation de Victor Serge

Publié le par christine brunet /aloys

 

Il est des écrivains dont on ne parle jamais et dont peu de de personnes se souviennent. Certains méritent sans doute cet oubli parce que leur œuvre n’avait rien d’original ni de bien marquant, mais d’autres au contraire étaient des penseurs de premier ordre, en avance sur leur époque, et ils possédaient une plume remarquable. On ne les évoque pourtant jamais et leur nom n’apparaît pas dans les manuels scolaires.

Tel est assurément le cas de Viktor Lvovitch Kibaltchiche. Si je vous dis que cet homme est pourtant l’un des plus grands écrivains belges, vous allez être étonné, j’en suis certain. Bon, il est vrai qu’il est un peu plus connu sous le nom de Victor Serge, mais finalement il n’est vraiment lu que par quelques spécialistes et par quelques adeptes inconditionnés de l’anarchie. Car c’est bien de cela qu’il s’agit ici : cet écrivain quelque peu oublié a eu de son vivant un rôle politique de premier plan. Malheureusement pour lui, comme il n’a pas fait l’éloge de la bourgeoisie bien-pensante, mais qu’il a au contraire contribué à répandre des idées anarchistes, après avoir eu pendant quelques années une certaine accointance avec l’Union soviétique, il est tombé dans l’oubli.


 

Personne ne semble lui pardonner d’avoir finalement été un révolutionnaire. Pourtant, cet ostracisme qui le frappe aujourd’hui se base sur des préjugés, car malgré ses idées franchement ancrées à gauche, il a bien été un des premiers à critiquer le régime stalinien qui se mettait en place. Rien que pour cette honnêteté intellectuelle (que l’on retrouve aussi chez Charles Plisnier), il mériterait d’être sorti de l’oubli où il est tombé. Mais voilà, considéré comme un communiste-anarchiste en Europe de l’Ouest et comme un traitre au PC dans l’ancienne Russie soviétique, il ne s’est trouvé personne pour se souvenir de lui. Ila pourtant perdu la vie à cause de ses idées car il a été discrètement assassiné par les agents de Staline.

Merci donc à Actu-TV et à Marc Quaghebeur d’avoir évoqué son souvenir.Personnellement, je connaissais Victor Serge via l’œuvre de Michel Ragon, « La mémoire des vaincus ». Mais commençons par le commencement. 

***

Viktor LvovitchKibaltchiche est né à Bruxelles en 1890 de parents russes émigrés politiques et il est mort à Mexico en 1947.
Pour être plus précis, son père était un ancien officier russe converti au socialisme et sa mère était issue de la noblesse polonaise.
Par ailleurs, il est le père du peintre Vladimir Kibaltchitch (il a eu aussi une fille, Jeannine). 

Dès l'âge de quinze ans il milite dans la Jeune Garde socialiste, à Ixelles. Antimilitarisme virulent, il s'oppose à la politique coloniale de la Belgique au Congo. A seize ans, on le retrouve dans les milieux anarchistes de Bruxelles et il écrit déjà dans des revues libertaires comme Les Temps Nouveaux, Le Libertaire, La Guerre sociale (tout en exerçant des métiers variés pour survivre : dessinateur-technicien, photographe, typographe, etc.). Il n’hésite pas à participer à différentes manifestations, lesquelles se terminent généralement par des bagarres avec la police et par des perquisitions.

A dix-neuf ans, il quitte la Belgique pour Paris (où le combat anarchiste est plus à la pointe, comme le souligne Marc Quaghebeur). Là, il continue à écrire dans la presse libertaire (notamment dans « L'Anarchie » sous le pseudonyme du « Rétif ») et il donne des conférences politiques.
S’il est un adepte de la tendance anarchiste-individualiste, il désapprouvera pourtant toujours les méthodes violentes prônées par la bande à Bonnot. Pour rappel, cette bande regroupe quelques anarchistes de «L’Anarchie » qui ont volé de l’argent et commis des meurtres en s’aidant d’une automobile, alors qu’à l’époque les gendarmes se déplaçaient encore à cheval ou à vélo.Toujours est-il qu’après un hold-up, la bande se réfugie de force chez Victor Serge (alors en ménage avec Rirette Maîtrejean, une autre anarchiste) lequel les héberge par solidarité. Du coup, il sera directement impliqué dans le procès qui suivit et sera condamné à cinq ans de réclusion, ce qui n’est quand même pas rien (Rirette, elle, sera acquittée).

Il survit en écrivant et cette expérience de l’incarcération sera d’ailleurs évoquée dans son roman « Les Hommes dans la prison ».
C’est à cette époque qu’il rejetteles « absurdités syndicalistes ». Pour Victor Serge, le syndicalisme classique est trop sage et veut simplement diminuer quelque peu les inégalités sociales. Quant à l’anarcho-syndicalisme, ce n’est qu’un beau rêve, puisqu’une société idéale serait supposée naître après une grève générale. De plus, une fois puissants, les syndicats sombrent dans le légalisme et n’ont plus envie de changer le monde. Bref, ils deviennent une institution faisant entièrement partie de la société qu’ils sont supposés combattre et ne servent qu’à faire émerger des classes d’ouvriers avantagés, « aussi conservateurs que les bourgeois tant honnis. »
Lorsqu’il quitte la prison, Viktor Lvovitch Kibaltchiche est expulsé de France et on le retrouve ouvrier typographe à Barcelone où il écrit dans la revue « Tierra y Libertad » (pour la première fois sous le pseudonyme de Victor Serge). En 1917 il aurait participé à une tentative de soulèvement anarchiste, puis il revient en France, où il est de nouveau emprisonné. Passionné par la révolution russe il sera libéré en 1919 (en réalité échangé avec d'autres prisonniers dans le cadre d'un accord franco-soviétique). Il gagne logiquement la Russie, qui apparaît alors comme le seul pays au monde à être à la pointe des réformes sociales. (voir son livre « Naissance de notre force »). Il adhère forcément au parti communiste russe, passant du coup de l'anarchisme au marxisme. Ses anciens camarades libertaires lui reprocheront ce revirement, ce qui l’amènera à défendre longuement sa position dans divers textes (où il insiste sur les erreurs des anarchistes russes et où il minimise la répression soviétique à leur encontre). Au sein du parti, il est successivement journaliste, traducteur, typographe, secrétaire...Il assiste aux congrès de l'Internationale communiste et collabore avec Zinoviev à l'Exécutif de l'Internationale. On retrouve sa plume dans la presse internationale et notamment dans L'Humanité. A ce stade, on peut donc dire qu’il contribue à permettre au parti communiste de noyauter toute la société soviétique.

Assez vite, cependant, ce trotskiste prévoit la dictature que va devenir le stalinisme et il la dénonce ouvertement. Rappelons qu’à cette époque la gauche française et bon nombre d’intellectuels idéalisaient le régime et la terre russes, où ils imaginaient l’émergence d’un nouveau paradis sur terre. Victor Serge a donc été un des premiers a lever un coin du voile et c’est assurément ce que personne ne lui a pardonné (ni en Russie ni en France). En 1928, il est exclu du PCUS et placé sous surveillance. Sa demande d’émigration est refusée. Condamné en 1933 à trois ans de déportation dans l'Oural, ses manuscrits sont saisis par le Guépéou.Là, il lui est impossible de travailler et il souffre de la faim avec son fils Vlady. En fait, il ne survit que grâce à l’aide de ses amis français et à l’argent de ses livres vendus à l’étranger. Une campagne internationale obtient finalement sa libération. On retrouve parmi ses soutiens Trotski et André Gide, mais c’est finalement grâce à une intervention personnelle de Romain Rolland auprès de Staline que Victor Serge sera libéré.

Banni d'URSS en 1936, il revient en France et en Belgique et dénonce (notamment dans le journal liégeois de gauche « La Wallonie ») les grands procès staliniens qui sont en train de se mettre en place. Mais c’est aussi l’époque de la guerre d’Espagne et là il réclame un rapprochement entre les anarchistes et les marxistes afin d’assurer la victoire contre Franco. On sait qu’il ne sera pas écouté et que la présence de certains communistes sur le terrain avait pour but essentiel de « liquider » les anarchistes (qui auraient pu faire de l’ombre au PC) et pas du tout de combattre les troupes fascistes.

La presse communiste critique sans arrêt Victor Serge, qui finit par se réfugier au Mexique en 1941 (il aura donc échappé aux deux guerres mondiales : en 14-18 il est incarcéré à cause de l’affaire de la bande à Bonnot et en 40-45 il est au Mexique). Il écrit alors ses derniers romans et ses mémoires. Il meurt dans le dénuement en 1947, dans des circonstances plus que suspectes (peut-être a-t-il succombé à une crise cardiaque, mais il a plus probablement été empoisonné par des agents soviétiques).

Dans son œuvre littéraire, Victor Serge a surtout défendu la liberté et critiqué le côté inhumain des démocraties (« Les Hommes dans la prison ») ou le totalitarisme soviétique (« L'Affaire Toulaev »). Dans ce dernier livre, il analyse la psychologie des dirigeants communistes quis'accusent de crimes qu'ils n'ont pas commis (en sachant que de toute façon ils seront condamnés à mort par Staline) dans l’espoir de sauvegarder le progrès du socialisme. Pour eux, mieux valait s’accuser que d’accuser le PC, qui avait représenté tous leurs espoirs à une certaine époque de leur vie.
Dans les « Mémoires d'un révolutionnaire (1901-1941) », il analyse le travail des services secrets et explique en quoi consiste la répression étatique. Dans « S'il est minuit dans le siècle », il dénonce les purges staliniennes.
Citons encore « Naissance de notre force » (sur la naissance de société russe après la révolution de 1917), « Vie et mort de Léon Trotski » et« Le nouvel impérialisme russe ». Dans un essai, « Soviets 1929 » (signé de Panaït Istrati mais écrit par Victor Serge), il dénonce la planification bureaucratique et le gaspillage qui en résulte. Son dernier roman, « Les années sans pardon » (posthume), raconte les doutes de deux agents secrets de l'Union soviétique, qui quittent leur service pour se réfugier au Mexique. 

*** 

Extraits

"L'avalanche roule sur nous, nous la voyons venir, nous ne pouvons rien. Nous sommes à l'âge des Etats, des machines, des masses, livrés à cette triple puissance qui nous enserre et peut, d'un instant à l'autre, nous broyer, nous broyer en masse... J'ai vu ces jours-ci des hommes blêmir de désespoir sous cet accablement. Ne rien pouvoir à pareille heure ! Ne rien pouvoir si demain... Aux hommes, aux femmes que cette angoisse-là étreint, on voudrait dire que notre nullité n'est pas si complète qu'elle le paraît ; que nous pouvons en réalité quelque chose de grand et pourrons davantage chaque jour ; que, pouvant, nous devons. Le moment est venu de faire appel à nous-mêmes - avec la certitude de travailler pour l'avenir. Quel que soit l'événement, il nous appartiendra d'y faire face en pleine conscience (...). De ne consentir à aucun aveuglement." « Retour à l’Ouest, chroniques (juin 1936-mai 1940), Agone, "Mémoires Sociales", p. 210.

***

Et voici un poème, écrit du temps de la déportation de l’auteur dans l’Oural :

Les femmes Kurdes en robes rouges, l'ânon cheminant dans la ruelle du Maydan,
Les couleurs du hasard, leurs fantasques sommeils, leurs réveils parmi les arabesques mouvantes du bazar,
les colliers de cuivre au cou des petites barbares, des petites Tartares
qui vendent des raisins mûrs et des poivrons ardents,
La vapeur des eaux brûlantes jaillissant des laves souterraines
pour les bains Orbéliani, payez trois roubles et soyez purs.
(...)

Mosquée bleue de Chah Abbas, couverte de rayonnantes faiences,
un captif inconnu marchait d'un pas allègre entre des sabres nus,
précédé d'une invisible espérance.
Ses espadrilles foulaient la poussière, elles eussent ainsi foulé les crêtes d'écume sur la mer.
Des fenêtres carrées de la prison du Métekh, les visages de laterre les plus proches du ciel
en apparence
pouvaient le voir partir,
partir et revenir.
"Pour un brasier dans un désert",

Plein chant, 1998, 252 pages.

***

Enfin, pour montrer que Victor Serge n’était pas qu’un théoricien révolutionnaire, mais aussi un grand écrivain, voici un extrait des « carnets » : Teotihuacan

27 juillet 1943. – Route sur le haut plateau, courant parmi de bonnes cultures (maïs). Ce pourrait être l’Europe centrale. Tous les horizons sont de montagnes grises ou bleutées au-dessus desquelles s’élèvent les amoncellements de nuages qu’un soleil violent transperce souvent.

Vues de loin les pyramides de Teotihuacan paraissent de hautes termitières aplaties au sommet, dominant la végétation basse. On approche sans éprouver d’émotion. Un petit musée à verrière, en brique rouge, du dernier mauvais goût, dépare le site. On débouche au pied de la pyramide du Soleil et cela devient une vision inexprimable. Les mots grandiose, écrasant, inhumain viennent pauvrement à l’esprit – ils ne disent rien, ce sont des mots d’Européens et nous sommes devant une conception du monde, une architecture jaillies d’une âme humaine différente de la nôtre, formée comme la nôtre par des millénaires, mais par d’autres millénaires. C’est une montagne strictement géométrique, donc strictement pensée, bâtie par des mains de travailleurs (et qui n’avaient aucun animal domestique, aucun moyen de transport sauf l’échine de l’homme; qui disposaient certainement toutefois d’un outillage de cordes et de treuils extrêmement ingénieux), bâtie en pierre volcanique. Documentation : hauteur, 60 m, côtés, longueur, 224 m, superficie de la base, 50.143 m2, volume approximatif, 1.300.000 m3. Excepté le dernier, ces chiffres n’expliquent en rien la vision. La hauteur modeste donne l’impression écrasante, inhumaine, par l’effet des pentes massives et des escaliers linéaires qui tracent un dessin pareil à une broderie en couleur unie sur la pierre. L’homme, sur ces degrés, n’est plus qu’un insecte.

J’ai eu le vertige avant d’atteindre la première des cinq ou six terrasses successives. Je me suis séparé de notre groupe et j’ai erré dans les constructions du bas. Architecture cyclopéenne. Les monticules sur lesquels on chemine contiennent d’autres ruines. Certaines murailles gardent un peu de couleur rouge. Çà et là, le sol est fait de plaques d’un antique ciment noirâtre. La pyramide entière devait être recouverte de ciment et peinte, probablement surtout en rouge. Alors, elle flambait au couchant, au lever du soleil, elle ardait à midi, pierre, feu, lignes nobles, pensée dominatrice comme sévérité nue. L’homme de ce monde ne devait pas compter beaucoup ni pour lui-même ni pour la société. Le symbole est celui d’une domination absolue de l’homme par la rigueur de l’univers et de la vision. Théocratie.

Dans la plaine, entre les ruines, croissent les nopals et ils atteignent deux mètres. Enchevêtrés, opulents, hérissés et déchirés d’épines, ils défendent contre le vide leur puissante chair végétale prisonnière de sa force. La plante parfaite, d’énergie combative, est finie : elle s’est donné ses propres limites, définitivement. Refusant d’être dévorée, elle est cruelle. Cuirassée d’épines, elle est sûre d’elle-même et puissante sur un sol aride, dans une roche volcanique. C’est tout. Entre cette plante et cette société disparue, communauté intérieure saisissante.

J’aperçois entre les nopals la pyramide de la Lune, couverte de verdure. C’est une colline aux formes régulières, elle transforme le paysage. La végétation la dépouille un peu de son caractère d’inhumanité humaine.

Pendant toute notre visite un énorme fragment d’arc-en-ciel flamboyant demeure planté à l’horizon comme un large cimeterre de feu léger où l’or, l’orange et le violet sont intenses.

« Carnets (1936-1947) » Agone, 2012, 864 pages. 

 

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