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"C’est compliqué" un texte signé Edmée De Xhavée

Publié le par christine brunet /aloys

C’est compliqué – Edmée De Xhavée

 

Je sais être un enfant adopté. Ma foi, j’aurais pu plus mal tomber, mes parents sont le top. Parents Un et Deux : Abbott et Costella. Papa Abbott, extrêmement bavard, a une claire voix de soprano, et maman Costella chasse le poil superflu même quand on va au restaurant, elle sort son miroir de sac et s’épile les piquets de barrière comme elle dit, c’est souvent gênant quand le serveur arrive et doit balayer la nappe avant d’y déposer le pain… Mais sinon, ils sont top, et ont gagné le prix Chromo-Cock ( pour Chromosomes cocktail, si vous ne le ne savez pas ) l’année dernière. Le trophée – une statuette de la liberté rouge nue avec pénis et seins multicolores se déplaçant latéralement au claquement des doigts – fait notre fierté. 

Papa Abbott, ce matin, s’est de nouveau plaint : l’opération n’a pas fonctionné à 100%, il a encore ses règles et a sali son short de tennis car il avait oublié d’insérer son Toujours Nette dans le boxer. Et maman a ri : et moi je n’en ai jamais eu, nananère ! Un couple dans le vent, décomplexé et tout et tout. 

L’autre jour je suis tombé par hasard sur une énigme. Je suis, comme tout le monde, inscrit sur Rep-Bin (répertoire de binettes), et en particulier sur le groupe Hier, que c’était moche. On y montre des photos, tableaux et cartes postales d’autrefois, et ça nous fait souvent bien rire. Il y avait en effet une photo de classe amusante mais qui m’a donné un bref regret pour ce passé-là : tous les élèves étaient montés sur les bancs, ornés de piercings de tailles variées, vêtus d’oripeaux de prix, la peau souvent indiscernable sous des tatouages fantastiques. Certains avaient la cornée de l’œil noire ou rouge, ou des cornes, les dents sciées en pointes, une fille avait un trousseau de clés accroché à la lèvre inférieure – c’était génial, ça ! – et un garçon – enfin je ne suis pas certain… - avait un chemisier très décolleté plongeant qui offrait au regard une poitrine XXL et hyper velue. J’ai contemplé ce souvenir d’autrefois avec enchantement, et dans les commentaires j’ai lu qu’un/e certain/e Épiphanien Luette de Portici écrivait « c’est ce jour-là que le fêlé du 3ème banc à droite m’a engrossé/e. J’étais fait/e à la colle… » À quoi un/e Andrea Papagallo répondait « oh shitty stuff ! Tu sais qu’il est mort l’année suivante lors d’une escalade à mains nues et en maillot de l’Everest pour réagir à un défi ? Il a su que t’avais son poisson dans le bide ? Oh shitty stuff, j’espère que le goujon ne lui ressemblait pas… » Et puis un laconique : « Ben non, je l’ai déposé tout frais et frétillant près d’une tente de migrants le long du canal. Je savais qu’au moins là les assistantes sociales passaient souvent… » Quelques félicitations pour sa bonne idée, des compliments sur sa mine, et une allusion à faire un jour une réunion de classe avec les survivants, et puis rien.

Or… je sais avoir été trouvé devant la tente d’un candidat réfugié syrien qui m’a recueilli, m’a fait passer pour son enfant et a ainsi obtenu son séjour par la voie rapide. Il a dit que je m’appelais Masood et que ma mère, la pauvre et sainte femme, était morte en tombant à l’eau juste après l’accouchement, se retournant pour me serrer dans les bras, puis avait hélas été aspirée par un tourbillon sous ses yeux éplorés - ; qu’il s’occupait de moi tout seul depuis deux jours et acceptait de me confier à l’assistance pour m’assurer un avenir plus serein. Cinq ONGs se sont fait concurrence pour se vanter de notre sauvetage si touchant, et recevoir des royalties pour de nombreuses apparitions sur des plateaux de télévision, sur lesquels j’ai presque vécu en Special Guest les six premiers mois de ma vie. Non non clamait mon « père », il ne me réclamerait jamais, et son abnégation lui a valu un poste d’importance au service des adoptions. Donc Épiphanien Luette de Portici est ma mère, très probablement. 

Son profil, eh bien, je m’y perds : ma mère est Directeur de Portici Green, une énorme société dont le logo est Gaïa Ma Sainte Mère en lettres d’or entourant un portrait de la grande prêtresse Greta emmêlé à un feuillage dans un camaïeu de verts. Je ne sais pas ce qu’ils produisent car ils refusent de le révéler et sont sous contrôle judiciaire européen depuis l’ère post Ursula mais continuent à produire ce qu’on ne sait pas. Mais pour en revenir à ma mère, elle a le crâne rasé, une moustache à la Tarass Boulba – oui oui, je connais ça, j’ai trouvé un vieux livre en papier ! -, un bandeau rose fluo sur l’œil et une invasion de botox car son visage semble fait de ciment, et l’œil encore en vie est fixe sous les extensions de faux-cils d’une belle longueur. 

Mais finalement, j’ai envie de connaître mes racines, et avec le consentement de Papa Abbott et Maman Costella, je lui envoie une demande de copinage avec un message : bonjour, je m’apaille Masood et je swi votre fils, j’aimeret vous konnaître

Le message reste lu et sans réponse, puis au bout d’une semaine : Je n’ai pas de fils et encore moins un Masood.

Je ne suis pas du genre à reculer si facilement, et donc je persévère : une kaissète de rékupairation avec « Moulles de Zélente frèches » écri dessut, et un baibai enfonssé dent un choffe-piès daicoré de Miquets, sa vous di kailque chause ? Abandonnet le lon du kanalle devan une tante de migrand… ? C’est ainsi qu’autour d’un steak de vers asiatiques et salade croustillante de sauterelles au curry, ma mère m’a reçu au mess de Portici Green et m’a expliqué sans méandres que ben oui, que voulais-je, elle avait 16 ans, son père était la vedette du cabaret Drag Mother Queen, sa mère pole dancer, sa sœur routier longue distance… M’abandonner à un meilleur avenir avait été un geste de charité et ma grande chance. Ah… et ma tante routier, elle vivait encore ? Oui naturellement, elle avait fondé une colonie dont elle était le gourou, une religion toute nouvelle qui avait fait la une et la deux pendant quelques mois à cause de vieillards kidnappés pour les forcer à enseigner l’orthographe et les bonnes manières aux enfants de la secte.  

Il faut se faire à son époque, Maman Costella ne cesser de le répéter. Elle est heureuse que je ne sois plus un Tanguy depuis trois ans – j’ai quitté la maison à 38 ans et demi -, et me reçoit volontiers avec mon robot de compagnie une fois par semaine. Bientôt nous serons parents, le robot et moi, car le laboratoire L’avenir se décline sans frontières a mélangé mon sperme à des vitamines et l’a inséré dans la reconstitution par ADN d’un ovule réfrigéré d’une actrice qui plaisait beaucoup, paraît-il, à ma grand-mère, fan de vieux machins : Lauren Bacall. Nous sommes tous extrêmement excités… 

 

Edmée de Xhavée

https://edmeedexhavee.wordpress.com

 

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J’ai lu La 7ème vague, de Gauthier Hiernaux – Edmée De Xhavée

Publié le par christine brunet /aloys

J’ai découvert l’auteur il y a longtemps déjà, avec son ouvrage Lucioles, paru chez Chloé des lys également. Je me promettais depuis lors de le lire à nouveau, et c’est chose faite. 

 

La 7ème vague, eh bien elle nous plonge dans de vilains scenarii possibles, imaginaires ou probables dont la pandémie a annoncé les multiples décors et tyrannies administratives. Les confinements interminables qui rendent fous et poussent à la désobéissance en grande pompe, la chasse au moyen de drones, le surprenant trafic d’une chose désormais censurée par les minorités fanatiques, les puissantes amazones ( il y a aussi les amazzones, que je vous laisserai découvrir ) qui étêteraient volontiers les hommes avec les dents – et il reste cependant des obsédés téméraires qui jouent avec le feu, le souci écologique poussé à la démesure, les tests médicaux dont on ne sort qu’à peine vivant si on en sort, des offres de travail issues d’une éthique qui a perdu pied et que les hommes ont perdu leur humanité, des jeux sordides… 

 

On est dans un monde triste, désespéré et désespérant que contrairement aux histoires de science-fiction ou de vampires, on ne peut pas totalement écarter d’une rassurante chiquenaude car peut-être… qui sait… ça pourrait bien se diriger vers certaines de ces nouvelles, très bien présentées par l’auteur. 

 

Ce n’est ni noir de noir, ni vraiment sanglant, c’est anthracite avec des gouttes de sang et bien des larmes ici et là. Et c’est un très très bon livre ! 

 

La septième vague et autres nouvelles

Gauthier Hiernaux

Editions Chloé des lys

27,20 €

194 pages

 

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Pile ou face vers une autre dimension, une texte signé Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

Pile ou face vers une autre dimension

   

   Pour Niels Schuid, un Basique parmi des milliards d’autres Basiques, la journée de bio-travail prend fin. Et, pour l’employé de cette méga-multinationale « MOZERODEFO », les heures linéaires qui suivront ne seront ni moins harassantes ni moins mystérieuses que celles qui viennent de s’écouler. Il lève la tête, la techno-cellule juste en face de la sienne est restée vide de toute forme de vie encore ce jour. Niels Schuid n'entrevoit aucun mouvement humain ni même robotisé, aucune lumière n’éclaire les ordinateurs et les machines n’émettent aucun bruit. C’est le troisième jour que sur le dérouleur bicolore accroché au-dessus de la vitre de cette techno-cellule on peut encore lire les nom et prénom de son supposé occupant, Dave Coppens. Et, c’est le troisième jour que Dave Coppens reste invisible. Lorsqu’un Basique est absent pour une raison ne figurant pas dans le règlement de la boîte qui l’utilise, ses nom et prénom sont effacés illico et l’individu ne réapparaît jamais. Dave Coppens est donc clean de ce côté-là et sans doute reviendra-t-il à son poste un de ces prochains cycles circadiens. Un doute taraude cependant l’esprit affûté de Niels Schuid. Depuis plusieurs péricycles, certains de ses collègues s’absentent et, lorsqu’ils reprennent leurs fonctions, quelque chose en eux s’est modifié, leur visage semble figé comme si la moindre grimace leur était devenue impossible à réaliser et esquisser un sourire leur demande un effort surhumain. Niels Schuid est déterminé à rester attentif au comportement et au physique de Dave Coppens - du moins ce qui lui est autorisé de percevoir de son collègue - et ce dès que celui-ci reprendra sa fonction. Ce qui ne sera pas une mince affaire, la Hiérarchie œuvrant d’une façon drastique pour que chaque individu reste une énigme ou presque pour l’autre. Et ces techno-cellules juxtaposées aux vitres transparentes ne collent d’ailleurs pas avec la politique générale de la Hiérarchie, sans nul doute un subterfuge de plus pour brouiller les pistes et provoquer la confusion chez les Basiques les plus futés. Tout n’est que contradiction dans cette société, en conclut Niels Schuid. 

   Les téléchargements du jour prennent fin, les ordinateurs suspendus aux parois de la techno-cellule clignotent dans tous les sens.  Subsiste le stress quotidien des dernières minutes : une voix métallique annoncerait sur un ton réprobateur, Une partie de vos recherches est irrationnelle, recommencez vos opérations, agent Niels Schuid. Ce qui impliquerait pour l’agent l’obligation de rester coincé dans cette techno-cellule d’une superficie de cinq mètres carrés tout au plus jusqu’au moment où un des robots maculés d’une chair à l’apparence humaine, une surpeau poreuse et verdâtre s’avancerait dans le volume asphyxiant et délivrerait le message attendu, Contrôle travail effectué départ imminent programmé pour l’agent Niels Schuid.

   Téléchargement correct cent pour cent, voilà le message libérateur que Niels Schuid, à demi-soulagé, entend à l’instant. À ce moment-là, l’agent exténué par des heures de concentration intensive parcourt tant bien que mal sur la paume de sa main gauche un hologramme projeté via un des ordinateurs de sa techno-cellule, hologramme représentant l’itinéraire obligatoire à emprunter pour ce mercredi 20 juillet 2102. Tout ce singulier processus pour atteindre la sortie de l’immeuble. Chaque agent de la multinationale « MOZERODEFO » reçoit, une fois ses heures de bio-travail effectuées, un itinéraire obligatoire à emprunter jusqu’à la sortie de la boîte et un autre itinéraire, renouvelé lui aussi chaque jour, pour rejoindre la multi-gare des aérobus-citoyens. La raison véritable de ces itinéraires labyrinthiques, aucun Basique ne la connaît vraiment. La Hiérarchie veut-t-elle se donner bonne conscience en freinant un maximum la propagation des virus qui circulent sans cesse depuis la pandémie dévastatrice de 2020 ? Ou éviter de futures connivences voire amitiés entre Basiques ? Cette seconde hypothèse semble plus que plausible. Trop de contacts entre humains impliqueraient la possibilité de créations de groupuscules nuisibles à la Hiérarchie. Des micro-révolutions ont déjà fomenté un peu partout sur Gaïa ces dernières années et la Hiérarchie a mis fin à ces soulèvements d’une façon ultra-rapide. Les Basiques ne sont pas dupes, ils ne sont que des numéros, ou bien pire encore. Et ce « bien pire encore » devient peu à peu aux yeux de beaucoup, une triste évidence.

    D’un regard circulaire Niels Schuid vérifie pour la énième fois que rien ne traîne dans sa techno-cellule, aucun papelard codé, aucune pilule protéinée, aucune graine. La cellule de Dave Coppens, à cette heure-ci, est toujours inoccupée et les ordinateurs sont inactifs. Le trajet jusqu’à la sortie est plus long que d’habitude, Niels Schuid croise très peu de Basiques et tous ces visages lui sont totalement inconnus, à croire que le cheptel de Basiques a été renouvelé. Il lui semble reconnaître au loin, à sa démarche, Dave Coppens. Mais une fois arrivé à la hauteur du supposé agent volatilisé, et surpris par des fouilles numériques successives, il déchante. Son voisin de cellule était plus petit et la Hiérarchie ne se permettrait quand même pas d’étirer les membres des Basiques ou alors ce serait une méthode inédite. Tout est possible désormais sur la surface de Gaïa depuis que la Hiérarchie s’est imposée manu militari dans tous les pays de la planète bleue. Des Hybrides mutants qui se matérialisent et se dématérialisent à chaque coin de rue au supposé contrôle des pensées en passant par les fouilles numériques intempestives, rien ne peut encore étonner les Basiques, ces esclaves de la Hiérarchie.

   Arpenter un labyrinthe de couloirs sombres et froids aux échos métalliques, attendre une reconnaissance faciale devant chaque ascenseur sous les orbites creux et glauques d’un robot, c’est chaque soir et chaque matin une épreuve morale déstabilisante. Parfois via des souffleries tubulaires vissées de part et d’autre sur les murs de ces couloirs ténébreux s’exhalent des senteurs printanières ou encore marines et des sons ad hoc se font entendre : des gazouillis d’oiseaux, des claquements de vague contre des récifs, des sirènes de bateaux, ou encore des chants mélodieux de baleines blanches. 

   Traverser les rues de la ville s’apparente à un safari dans une ville atomisée. À cette heure tardive, Niels Schuid ne croise encore des Basiques, des hommes, des femmes, des androgynes, des asexués, et des indéterminés qui, tous sans exception, scrutent sur leur paume de leur main gauche l’itinéraire obligatoire jusqu’à l’aérobus désigné. C’est seulement depuis le péricycle dernier que la Hiérarchie a instauré le système holographique. Avant cela, les Basiques entendaient les itinéraires via un implant auditif mais des interférences d’origine inconnue ont provoqué des mortelles bousculades dans les allées centrales. Chacun sait que le système holographique ne sera que provisoire, la Hiérarchie prenant soin d’éviter toute accoutumance. 

   Tout le long de ce trajet, ce ne sont que hauts bâtiments vides aux vitres éclatées, aux portes fracturées. Parfois s’échappent d’une ouverture des cris stridents et des odeurs pestilentielles. Au loin on devine les vestiges d’anciennes cités minières. Dave Coppens est-il en train de crever dans un de ces fourbis ? Dès que Niels Schuid attarde son regard et ses pensées sur l’un ou l’autre de ces lieux désertés, l’agent subit une salve de fouilles numériques. Son corps entier est scanné et ses pensées les plus profondes et intimes sont sondées et sans doute enregistrées. Résigné et afin de ne plus songer à Dave Coppens, il fixe dans son imagination un épais mur de pierres. 

   L’aérobus vingt-neuf atterrit sur l’esplanade avec trente minutes de retard. Une quarantaine de Basiques attendent l’engin volant aérodynamique. Cette agglutination de Basiques ne présage rien de bien, se dit Niels Schuid avant de revisiter au plus vite son épais mur de pierres. De fait, un robot débarqué de nulle part, une manifestation présentielle immédiate, se pointe et vomit des numéros. Une vingtaine de Basiques s’avancent sans broncher et suivent illico le robot à la surpeau verdâtre qui les invite à suivre un autre trajet vers une lointaine esplanade en les nommant comme étant devenus désormais des « surnombrés ». 

   Quelque part dans un caisson oxygéné de la base « X.NEXIAM » située à deux mille kilomètres sous la croûte terrestre de Gaïa :

  • Général Kundall, je viens de vous transférer les informations du Noyau Galactique. Le jeu continue.
  • Tous les Basiques doivent être éliminés ? Ou uniquement les « surnombrés » demande Kundall d’une voix presque tremblante au Président de la Hiérarchie.
  • Éliminés n’est pas le terme précis. Utilisons le mot adéquat, toujours. Disons qu’une fois la dernière phase des opérations terminée, ils seront tous remplacés, Basiques et « surnombrés » par des hybrides d’autres galaxies.
  • Tous, vraiment Monsieur le Président ?
  • Tous, Kundall, tous. Dans six péricycles tout au plus, plus aucune émotion ne sera visible sur les visages des supposés Basiques de Gaïa. Les mots rire, joie, amusement seront bannis à tout jamais de notre vocabulaire. Les Basiques des multinationales « MOZERODEFO » des grandes villes de Gaïa prestent un excellent techno-travail sans rien soupçonner de ces manipulations. 
  • Et nous ? Et nos familles, Monsieur le Président ?
  • Les hommes de notre base et les familles font partie du Grand Jeu. La Hiérarchie suprême, commanditée par une injonction du Noyau Galactique, jouera à pile ou face lors d’un pseudo-événement ou l’autre. Nous sommes tous, je dis bien tous, de minables et expérimentales marionnettes, mon très cher Kundall. 

 

Carine-Laure Desguin

 http://carineldesguin.canalblog.com/

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Evelyne Culot nous présente son ouvrage "Girafon ou Culbuto"

Publié le par christine brunet /aloys

1* court extrait

 « - La mise bas s’effectue debout, et le girafon tombe d’une hauteur de près de deux mètres.

- Il ne se fait pas mal, Maman ?

- (…) Le girafon est un des animaux les plus vulnérables à sa naissance, mais après une heure, il est debout sur ses pattes et il ne ressemble en rien au petit être qu’il était quand il est sorti de sa mère. Le girafon qui se redresse est une tout autre créature.

- (…) Alors le girafon c’est pas un bulbuto : après être tombé du haut de deux mètres, il se met debout, vertical, mais il n’est plus le même. »

 

2* biographie

« Girafon ou culbuto ? » est mon deuxième roman. Mon premier roman (paru en octobre 2022) a pour titre ‘Même pas peur’. Il a fait l’objet de deux séances de dédicaces, dont une en Bretagne (Guilvinec), au café librairie ‘De l’Encre à l’Ecran’.

J’ai découvert l’écriture à 60 ans et y ai découvert un réel plaisir. Mon plaisir est tout aussi grand de partager avec le lecteur.

 

3* résumé de votre livre

Qui n’a jamais chuté dans la vie ? Personne. L’essentiel est de se relever en étant plus fort, plus grand, comme le girafon.

Cédric va découvrir les nuances de la vie, discriminer, aligner son comportement et ses valeurs, se faire confiance et s’aimer. Il sera girafon et non culbuto, ce jouet traditionnel qui se redresse et se remet à la verticale, quelle que soit sa chute. Il n’évolue pas.

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Vardo Brak nous propose un second extrait de son ouvrage "Ne pas perdre la tête"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Extrait de « P’tit Louis »

 

On a d’abord assis P’tit Louis sur une chaise paillée en bois. 

Vinatier m’a dit de tenir le corps pour ne pas qu’il bascule. Puis, il a fixé P’tit Louis sur la chaise avec trois ceintures : une au niveau de la poitrine, une à la taille et une dernière qui lui maintenait les jambes contre les pieds avant de la chaise. 

Et on a commencé à descendre l’escalier. 

Vinatier tenait le dossier de la chaise, moi je me suis retrouvé à tenir la chaise par devant et j’étais censé aller à reculons. 

Du coup, c’est moi qui portais tout, Vinatier avec ses hanches malades tentait simplement de retenir la chaise et la tête de P’tit Louis qui dodelinait. 

P’tit Louis, comme son nom l’indiquait, n’était ni grand ni gros et le cancer s’étant sérieusement nourri sur la bête, il ne restait plus grand chose, mais j’ai trouvé qu’il était malgré tout très lourd. 

La phrase « ça pèse un âne mort » m’a traversé l’esprit. 

C’était une des premières expressions marrantes que j’ai apprises en français. 

Je m’imaginais des campagnes françaises arpentées par des paysans qui trimbalaient des ânes morts. 

Heureusement, mon esprit m’a suggéré d’élever un peu le niveau : si le corps d’un mort est si lourd, c’est que c’est la vie qui lui donne sa légèreté, quand la vie s’en va, le corps s’alourdit. 

Pendant que je philosophais intérieurement, mon corps à moi bataillait dans ce putain d’escalier pour essayer de garder son équilibre sur les marches irrégulières aux tomettes fêlées ou décollées. 

Si jamais j’avais glissé, si j’avais lâché la chaise, avec Vinatier qui ne pourrait rien retenir seul, je partirais en boule dans l’escalier, j’arriverais en vrac sur le carrelage de la cuisine du rez de chaussée, suivi dans un craquement de bois et d’os par le corps du P’tit Louis dont la tête enrubannée ferait un splash dégueulasse aux pieds de sa Dolo éplorée ! 

Ça, ça n’était absolument pas une option. 

D’abord, je risquais de finir paraplégique et puis, je me couvrirais de honte pour le restant de ma vie à Torganet que je devrais d’ailleurs quitter sans délai. 

Finalement, tout se passa bien. 

En bas, on a libéré le P’tit Louis et on l’a allongé sur une banquette, les jambes bien tendues, les mains de nouveau jointes sur la poitrine et la mâchoire toujours tenue par la serviette blanche nouée. Dolo tira devant le corps un paravent défraichi sur lequel on pouvait deviner un paysage espagnol peint en couleurs qui avaient été vives. 

J’eus droit à un regard presque bienveillant de Léonie Radio Torganet, toujours présente, évidemment.

Mission accomplie. 

Je suis sorti et je suis allé au jardin désherber un peu. 

Au-dessus du Pech qui dominait Torganet, deux vautours tournoyaient dans un ciel d’un bleu brillant et dur comme une lame acérée.

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QUELQUES SECRETS D'ANIMAUX... par Micheline BOLAND

Publié le par christine brunet /aloys

 

QUELQUES SECRETS D'ANIMAUX

 

 

Les perroquets

 

Il était un temps, où l'homme chassait tous les oiseaux. L'homme mangeait leur chair et utilisait leurs plumes pour se parer ou parer sa compagne. Ainsi tous les oiseaux craignaient pour leur vie.

 

Pour cette raison, certains décidèrent de ne vivre que la nuit. Les perroquets quant à eux se concertèrent. "Si nous voulons échapper à ce prédateur, il nous faut trouver une astuce. " "Et si nous apprenions à parler comme lui plutôt que de piailler comme les autres ? ", dit un jeune perroquet. "Excellente idée ! ", firent en chœur les plus sages.

 

Effectivement, quand les hommes entendirent des oiseaux répéter leurs propos, cela les enchanta. C'est ainsi que les perroquets n'ont jamais plus été chassés.

 

*

 

Les coccinelles

 

À leur création, les coccinelles étaient blanches et toutes les fleurs étaient colorées. Déjà en ce temps lointain, les coccinelles étaient friandes de pucerons. Elles en dévoraient de grandes quantités et comme les pucerons étaient gourmands de fleurs, c'est auprès de ces dernières que les coccinelles trouvaient bien souvent de quoi satisfaire leur appétit.

Mais un jour, les coccinelles prirent conscience que les fleurs leur devaient une fière chandelle ! 

La reine des coccinelles alla voir la reine des fleurs : "Vous avez la beauté, vous êtes radieuses mais sans nous et notre grand appétit pour les pucerons, votre vie ne tiendrait pas à grand-chose. Alors vous qui semblez les préférées du Créateur, demandez-lui de nous donner un peu de vos couleurs ! "

La négociation fut longue, très longue. Le Créateur expliqua, en effet, qu'il y avait sur terre un juste équilibre des coloris et que si les coccinelles devaient, elles aussi, être de teinte vive et bien ce serait aux dépens de quelques fleurs. C'est à l'issue de ces tractations, que des fleurs blanches ont vu le jour et que les coccinelles ont arboré une teinte rouge ou jaune, et sont constellées de points noirs.

Et ce fut un accord gagnant-gagnant puisque les fleurs continuent d'être protégées par les bêtes à bon Dieu et que les coccinelles sont satisfaites de leur apparence.

 

 

(extrait de Contes en stock")

 

Micheline Boland

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Vardo Brak se présente et nous présente son recueil de nouvelles "Ne pas perdre la tête"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Biographie.

 

Né Thadé Piasecki en 1947 à Montceau les Mines, France.

Apprend le Français à l’école.

Au début des années 70, il est comédien dans la troupe du Théâtre du Pavé

à Toulouse.

Puis devient auteur-compositeur-interprète de chansons.

Tournées dans les Centres Culturels, MJC, festivals…

Dans les années 80, écrit et réalise des courts métrages de cinéma :

  • « Y’a des jours mauvais, y’a des jours meilleurs » 20 minutes.

Co réalisation Yves Billy. Sélection AFCAE au Festival de Cannes,

diffusé dans toute la francophonie par le Ministère des Affaires Étrangères français et à la télévision par France 2.

  • « Pan, pan, t’es mort ! ». 20 minutes.

Co-réalisé avec Ariel Piasecki. Sélectionné au Festival du Court Métrage de Clermond-Ferrand et dans de nombreux festivals. Diffusé par France 2.

En 1984, co-réalise avec Ariel Piasecki la série documentaire de création

  • « Tranin, reporter » Diffusion France 2, SSR,RTBF.

Réalise ensuite de nombreux sujets pour la télévision :

documentaires (dont « Mexique, 52 minutes » TF1, « La Vie CGT » 52 minutes, France 3), fictions jeunesse (série « Les 6 compagnons »  France 3)

Dans les années 90, écrit et réalise :

  • « Un amour de village ». Téléfilm de 90 minutes. Diffusion France 3.

avec Christiane Millet dans le rôle principal.

  • « Un été indien ». Téléfilm de 90 minutes. Co production avec le Québec.

Diffusion France 3.

Avec Michel Duchaussoy, Jacques Denis, et le jeune acteur amérindien Marco Bacon.

À l’aube des années 2000, il « divorce » davec la télévision, se reconvertit dans l’agriculture biologique, puis la rénovation et la construction de maisons en bois et se passionne pour le Grand Nord norvégien où il effectue de nombreux voyages.

Enfin, il devient Vardo Brak avec « Ne pas perdre la tête » !

 

 

Résumé.

 

Des têtes naturalisées de guerriers maoris restituées à leurs descendants sur une petite île isolée du Pacifique par deux fonctionnaires français en mission qui vont se retrouver plongés dans une ambiance effrayante et … cocasse !

 

     Un quinquagénaire fan de Clint Eastwood rencontre une tête de sanglier arrachée par un train de marchandises en rase campagne, une gamine en costume de Zorro et un pistolet en plastique qui n’en est pas un !

 

     Un soir, dans une vallée perdue, un vieil homme ouvre sa porte à la Mort.

Elle est blonde, n’a pas de faux, apprécie beaucoup l’alcool de prune qu’il lui sert, et elle lui demande de raconter sa vie jusqu’au petit matin.

 

… Et six autres nouvelles.

 

*

 

Extrait de « Clint Eastwood »

 

C’est à ce moment-là que je remarque qu’elle n’est pas seule dans la voiture : sur la banquette arrière, il y a une petite silhouette silencieuse et sombre avec un chapeau noir sur la tête, un genre chapeau de cow-boy. Je fais un léger travelling le long de la voiture et j’ouvre la portière arrière. La petite silhouette noire me suit du regard, derrière son loup de velours noir. C’est un enfant en costume de Zorro. Ses yeux semblent très clairs et très durs sous le masque. 

Deux nattes de cheveux blonds sortent du chapeau noir et encadrent le masque : Zorro est donc une Zorra! 

Ah, je suis bien, moi ! Et la mère qui continue à gueuler.

 Bon, Clint, il faut que tu fasses quelque chose. Je reviens vers le trophée de chasse, j’empoigne la tête fermement par les oreilles et je m’apprête à la balancer dans le fossé. Putain, ça pèse son poids, ce truc ! Une pensée en forme de mal de dos me traverse l’esprit. Je traîne la tête sur le capot en essayant de ne pas trop me badigeonner de sang. La femme remonte d’un ton dans sa gueulante. Derrière moi, une voix calme et posée :

  •  Qu’est-ce que tu vas en faire ? 

C’est Zorra qui me regarde, plantée bien droit sur des guiboles de mouche avec des chaussettes en laine sous la cape noire.

  •  …. Ben, je vais la mettre dans le fossé, ça va peut-être calmer un peu ta mère. 

Zorra me fusille du regard :

  •  D’abord, c’est pas ma mère, et puis, tu peux pas faire ça, il faut l’enterrer ! 

Alors là, c’est la meilleure ! Il faudrait que j’enterre une tête de sanglier décapité par un train de marchandises en rase campagne pour faire plaisir à une petite teigne déguisée en Vengeur Masqué, pendant que sa mère s’égosille dans sa bagnole.

Tant pis pour mes lombaires, je fais un vache d’effort, j’arrache la tête du capot et je la balance dans le fossé.

-   T’as tort, ça va te porter malheur !  jette Zorra





 

 

 

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Iona Reilles nous présente "Déboires et confidences"

Publié le par christine brunet /aloys

Extrait

 

 

Les orages d’été

Eclairent la nuit

Des souffrances éveillées

Du lit vide à minuit,

 

Et froid comme l’hiver

Le cœur des amants

Qui, d’une joie encore hier

S’est envolée avec le vent,

 

De la perdition à la désolation,

Leurs fantasmes se sont enneigés

Dans la tristesse en explosion,

De s’être peut-être trop aimés.

 

 

 

Biographie

Iona Reilles, née en 1974, est une Artiste Peintre exerçant dans le nord de la France et ancienne graphiste.

Résumé

Dans « Déboires et Confidences », Iona Reilles signe un recueil de textes et poèmes chargés en émotions, où les mots, lourds de sens, sont utilisés avec agilité et précision. Les peines et les tourments sont ici cristallisés dans l’émoi qu’ils suscitent et n’en reste plus que leur essence, laissant ainsi chacun libre d’interpréter ses lignes selon ses propres règles et expériences.

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"Ainsi, je devins un vampire" de Joe Valeska : le prologue en exclusivité.

Publié le par christine brunet /aloys

 

Toutes les créatures légendaires sont entourées d’un voile d’affabulations outrées et de semi-vérités.

Les arts littéraires, puis le cinéma, puis la télévision… De l’antiquité grecque à l’avènement de l’Internet, tout a été dit, chanté, déformé, publié et finalement montré. Tout comme son contraire, d’ailleurs…

À propos des vampires – ceux qu’on appelle aussi les non morts –, que raconte-t-on ? « Ce sont de monstrueux prédateurs qui, à la tombée de la nuit, abandonnent tombes et cimetières pour s’abreuver à la jugulaire de leurs infortunées victimes. » D’une manière générale, voilà ce qu’on raconte.

Ma foi, je trouve cela un brin réducteur, mais comment le nier ? C’est impossible. Si nous désirons survivre – et pour que l’illusion de l’éternelle jeunesse perdure –, c’est bien de cette façon qu’il nous faut nous nourrir. Le sang est notre Saint Graal, notre nectar et notre ambroisie. Il est notre panacée. Si nous n’en consommions pas très régulièrement, nous nous fanerions. Nous deviendrions des momies aux mains diaphanes… Des momies hideuses, en réalité, décharnées et desséchées comme elles furent représentées dans les films d’épouvante, au fil des décennies. Qu’il ait été incarné par Boris Karloff ou par Arnold Vosloo, aucun vampire n’a le souhait de ressembler au grand prêtre Imhotep…

Le sang ! Il nous appelle constamment. Il ne nous laisse jamais le moindre répit. Évidemment, à chaque nouvelle année qui passe, nous apprenons à mieux maîtriser ce besoin à tout le moins impérieux.

Notre Code veut que nous ne traquions et ne tuions que la lie. Qui pleurerait le cadavre exsangue d’un fou criminel, d’un enfoiré de dealer ? La mère ayant perdu son enfant, retrouvé shooté à mort, par un matin grisâtre, exhalant sa pestilence au milieu de poubelles dégueulasses et la chair rongée jusqu’à l’os par quelques rats affamés ? Qui verserait une larme, une seule petite larme, sur le cadavre méphitique d’un violeur de femmes, d’un violeur d’enfants ? Personne.

Quant aux innocents, s’il peut nous arriver, il est vrai, de nous repaître de leur hémoglobine – oserais-je le dire ? Entre adultes consentants –, ils n’ont rien à craindre pour leur vie. Je vous le certifie.

C’est la loi. Notre loi. C’est « Le Code ».

Toutefois – dans notre race comme dans la vôtre –, il est des renégats pour outrepasser les règles, non sans délectation. Ils pourchassent, terrifient et tuent ! Accessoirement, ils torturent aussi. Ceux-là, nous les éliminons. À la première occasion. Ce sont des cancrelats, et il faut les écraser sous la botte sans pitié. Ils ne sont pas des vampires. Ils sont des abominations.

Mais si, à vos yeux, les vampires étaient tous des monstres, l’être humain n’est-il point capable des pires atrocités ? Au risque de passer pour un sombre moraliste, ce dont je me fous éperdument, très sincèrement, qui a assassiné Jésus-Christ ? Les vampires ? Qui a imaginé les plus abjects supplices ? Les vampires ? Comment peut-on scier un être humain en deux à partir de son entrejambe, attaché par les pieds et suspendu la tête en bas ? Seul un cerveau humain peut imaginer ces choses-là. Vous ne me croyez pas ? Cherchez sur Google !

Et qui a voulu anéantir une race tout entière, il y a moins d’un siècle !?! Les vampires ? Car la voici, la vérité : l’histoire porte le sceau infâme de la honte. Combien de millions d’innocents morts pour rien ? Et au nom de qui ? De quoi ? Le plus souvent au nom d’un fou, de Dieu ou d’Allah. Prétexter la volonté du Tout-Puissant, c’est une chose tellement commode pour justifier l’ignominie de ses actes !

Qu’en est-il, aujourd’hui, en 2022 ? Est-ce que quelque chose a changé ? Réellement ? Remontons le temps et prenons, au hasard, le 11 septembre de l’année 2001 : « États-Unis d’Amérique : des avions-suicides ont pris pour cibles les tours jumelles du World Trade Center ! » Ce jour-là, combien d’hommes et de femmes innocents furent soufflés comme on souffle sur les aigrettes d’un pissenlit ? Tous, dans l’inconscience qu’ils n’allaient plus jamais revoir leurs proches ni serrer leurs enfants dans leurs bras… Tous, dans l’inconscience que la Mort allait venir les faucher… Un peu plus près de nous : France, 7 janvier 2015 : 12 morts et 11 blessés dans l’attentat contre le journal Charlie Hebdo. France, encore, 13 novembre de la même année : 90 morts et des dizaines de blessés au théâtre du Bataclan. France, toujours, 14 juillet 2016 : 86 morts et 434 blessés sur la promenade des Anglais, à Nice. Chaque mois, chaque semaine, chaque jour, combien d’attentats dans le monde entier ? Combien de morts inutiles ? La terreur. La violence…

Le génocide arménien, Auschwitz, le Rwanda, Srebrenica, le Darfour… Et, depuis le 24 février dernier, l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Histoire sans fin…

Des morceaux de chairs épars et des viscères de tous les côtés. Le sang qui coule en abondance dans les tranchées. Le sang qui souille les camps et qui souille la jungle. Le sang qui souille l’asphalte. Rien, jamais, n’a changé, et rien, jamais, ne changera. Toujours, des gens festoieront dans la débauche et dans la crasse. Comme au temps reculé de la Rome antique. Et d’autres, toujours, exposés à la vue de tous comme des trophées morbides et nauséabonds, pourriront, les intestins à l’air, dans l’indifférence la plus totale. C’est malheureusement ainsi, depuis la nuit des temps. C’est malheureusement ainsi, depuis que notre monde est monde. Comment cela pourrait-il changer ? Car c’est dans votre nature. Cette nature qu’on dit humaine.

Il en naîtra encore, des Hitler et des Bokassa, des Saddam Hussein et des ben Laden. Il en naîtra encore, des semeurs de désordre… Tout comme on entendra toujours des : « Retourne dans ton pays, Bamboula ! » ou des : « À mort, les pédés ! »

Hé ! Mais que faites-vous ? Non, ne vous détournez pas de moi, s’il vous plaît. Oh ! Je le sais très bien, ce que vous pensez. Vous pensez : « Mais les histoires de vampires, on connaît, mon bon Monsieur ! Littérature, cinéma, télévision… On connaît tout ça par cœur ! »

Vous connaissez tout ça par cœur, hein ? Dans ce cas, que pourrais-je vous apporter de plus ? Mais puisque nous sommes coincés ici, dans ce trou à rats sordide, vous et moi – et pour quelques longues heures encore, je pense –, n’êtes-vous pas curieux de connaître la vérité sur l’histoire ?

Une partie de l’histoire, du moins.

Oui ? Non ? Peut-être ? Allons, je sais très bien que vous l’êtes, et vous le savez aussi. Au fait, votre prénom ? Quel est-il, s’il vous plaît ? Enchanté de faire votre connaissance, Eugène. Attendez… Je vérifie juste un p’tit truc. C’est bon ! Mon dictaphone fonctionne toujours – je vous expliquerai plus tard. Ces amateurs ne m’ont même pas fouillé !

Moi, c’est Delecroix… Virgile Delecroix. Delecroix et non Delacroix, très cher Eugène. On confond souvent.

Vampire, je le suis depuis l’an 1764, mais je suis né dans le Gévaudan quelque vingt-cinq ans plus tôt, en 1739, dans la cité médiévale de Marvejols.

Sans vantardise, j’étais ce que vous appelez aujourd’hui un beau gosse, et le fait d’être devenu immortel n’a rien changé à cela. Strictement rien, au contraire. Voyez-vous, quand un être humain est transformé en vampire, les lignes de son visage s’affinent, et les petites imperfections, les taches disgracieuses et les rides s’estompent. Ou elles disparaissent.

Je suis plutôt grand – un bon mètre quatre-vingt-cinq –, et mon visage est fort plaisant, dit-on. Mes yeux sont marron, presque noirs, et peuvent prendre un éclat surnaturel des plus troublants… Mais quand la haine envers ma proie m’envahit, j’ai alors les yeux d’un grand blanc. On y voit le vide et la mort à l’intérieur. Mon nez est droit, assez fin, et ma bouche est très joliment dessinée. Mes cheveux sont châtains, raides et très épais, et ils atteignent mes épaules. Pour ce qui est de l’ensemble de ma musculature – honnêtement, qu’en pensez-vous, Eugène ? –, je crois être plutôt athlétique.

Pardon ? Je ressemble à qui ? Au Prince Caspian ? Ah ! Vous parlez de Ben Barnes, ce talentueux acteur britannique. Il paraît, oui… On me l’a souvent dit, pour parler franc. Et, vu l’homme, comment ne pas se sentir flatté ? Je vous remercie.

Je ne vous cacherai rien de ma jeunesse en tant que mortel insouciant, c’est promis. Ni de mes premières années en tant que non mort.

Comme toutes les histoires qui méritent d’être racontées, celle-ci a ses origines, un milieu, et, quand la lumière du Soleil reviendra, une fin. Car je crains d’avoir été l’artisan imprudent de toute cette merde, mon ami.

Un jour, chacun doit répondre de ses actes.

 

Joe VALESKA

Publié dans Textes

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Bernard Wallerand et ses ouvrages dans l'Avenir.net

Publié le par christine brunet /aloys

Bernard Wallerand et ses ouvrages dans l'Avenir.net

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