Un article d'ans l'Avenir.net pour le recueil de Michaël Zoïna
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Lecture, écriture, une passion... Un partage... La littérature dans tous ses états !
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Nous entrons dans le sérieux du sujet par la lente montée à travers la gorge d’Harman. Pas de sentier. Morgan et Rob nous guident dans un zigzag entre les rochers. Nous devons traverser le torrent plusieurs fois. Bras dessus, bras dessous, je m’accroche à Morgan et plonge jusqu’à la taille dans une eau glaciale. Elle s’immisce dans mon legging, coule dans mes guêtres et finit en flaque dans mes bottines. Les pans de roche en surplomb font se réverbérer le son rugissant de l’eau. Le noir de la nuit amplifie les ombres. Je perds toute notion de la réalité, abrutie par le vacarme et par l’impression d’enfermement. Mon cœur s’emballe. Mes jambes brûlent tandis que mon corps a froid. Devant parfois sauter d’un rocher à l’autre, avec le sac à dos qui n’aide en rien, mon équilibre est mis à l’épreuve. J’hésite, maladroite, mon oreille interne perturbée par le son trop fort. Je fonds en larme plusieurs fois dans l’anonymat de la nuit. Ma fierté pourtant, me fait serrer les dents. Abby me serre contre elle à un moment donné et m’encourage. Notre progression est lente mais certaine. Lorsqu’enfin nous quittons la rivière pour marcher le long d’un sentier entouré d’herbe, les lumières du jour nous saluent. Quel soulagement ! Nous arrivons à Harman Saddle où nous faisons le plein d’eau et mangeons un bout. Le brouillard se lève lentement pour dévoiler le ciel bleu. Le soleil illumine alors les sommets nouvellement couverts d’une poudre blanche. L’atmosphère est immobile. Pas de neige. L’hiver est vraiment tardif. Les hommes s’inquiètent d’en avoir assez de l’autre côté de Whitehorn Pass. Mais il n’y a qu’en allant voir que nous le saurons. Leur regard se veut rassurant. Nous avons fait le plus difficile. Je reprends courage. Trempés, nous ne nous attardons pas.
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…
Jusilor entraîna Medius et Mâchepierre vers leur bec d’or alors que les nacelles elfiques s’éloignaient déjà de l’îlot. Ronan, Merlin et Hortie se précipitèrent vers les dragons-papillons.
Ils rejoignirent rapidement la portion de ciel où Azimuth et son adversaire se livraient à un ballet meurtrier. Feu contre… contre quoi exactement ? Hortie ne savait comment définir le nuage sombre que crachait le dragon d’ombre.
Plus petit qu’Azimuth il n’en paraissait pas moins dangereux. Impression renforcée par ses écailles d’un violet presque noir, d’une matité étrange, qui semblaient absorber la lumière pour ne restituer qu’un souffle de ténèbres quand la livrée d’Azimuth, d’un beau vert bronze ponctué d’or, reflétait sans complexe – avec ostentation, diraient les plus sévères – l’éclat du soleil.
La créature maléfique bougeait avec une agilité terrifiante, obligeant le grand dragon à effectuer des acrobaties de l’extrême. Le pauvre Valerian, agrippé à sa monture, semblait en bien mauvaise posture. Combien de temps allait-il tenir si Azimuth continuait à tournoyer ainsi ?
– Mais qu’est-ce qu’il fait ? Il est fou ! s’écria Merlin en voyant son apprenti préféré ramper entre les crêtes de cou d’Azimuth.
– Nooon ! s’exclama Hortie alors que le dragon effectuait un looping tout en crachant un geyser de flammes. La fée cacha son visage entre ses mains, refusant de voir le jeune chevalier s’écraser au sol.
– Il tient bon, la rassura Ronan avec une admiration certaine pour l’agilité du garçon.
Les deux mages et la fée, toujours perchés sur le dos des dragons-papillons, s’étaient posés au bord d’une éminence rocheuse en croissant de lune. Une rivière y finissait sa course, cascadant sur la roche telle une chevelure constellée de diamants dont les mèches blanches et soyeuses glissaient, un îlot plus bas, dans un lac aux reflets turquoise. Un décor de rêve qu’ils auraient apprécié à sa juste valeur si le combat qui faisait rage juste au-dessus n’avait accaparé leur attention.
…
http://leslecturesdemaryline.eklablog.com/regards-et-nuances-a213924021?fbclid=IwAR09TIZgW_egU03Fq7PN-RACZ-4od_nfImpk6TGpjQnzkQmWe4sKV79XHCk
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Résumé de l'éditeur :
Certains regards m’ont inspirée et j’ai eu envie de les raconter sous formes de nouvelles. Ce livre comporte 3 histoires différentes.
MON AVIS :
Ce petit recueil de nouvelles est très sympa à lire, j'ai passé un agréable moment de lecture. Je vais vous donner mon avis sur les 3 nouvelles présentes :
1. Élodie est une jeune fille qui essaie du mieux qu'elle peut d'être plus jolie pour le regard des autres (mais aussi pour elle-même). C'est difficile de changer, mais quand on est mal dans sa peau, il faut tout tenter. Les autres accepteront-ils ce changement d'apparence ? J'ai adoré cette nouvelle, elle est vraiment géniale !
2. La maman de Clara est atteinte de la maladie d'Alzheimer. Cette dernière lui rend visite régulièrement à l'hospice afin de l'aider à se souvenir des choses. Un jour, elle découvre une boite dans la maison familiale et décide de lui apporter afin de revivre des moments joyeux de leur passé... Mais la surprise sortant de cette trouvaille sera de taille. Une nouvelle très drôle qui met du baume au cœur !
3. Une jeune fille se plaint de son existence et envie celle des autres. Mais le jour où son monde se transforme, elle comprend que la vie des autres n'est pas forcément meilleure que la sienne... Une histoire sympa qui fait sourire.
Un recueil amusant, tendre, agréable, trois histoires différentes les unes des autres mais qui nous montrent que le regard que l'on porte est important et peut tout changer.
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Biographie :
Titulaire d’une agrégation et d’un master de lettres, Dan Berthod est enseignant. Avant La Colonie NT5, il a publié des recueils de poésie et un recueil de nouvelles. Il est également musicien.
Résumé
Peu de temps avant sa mort, le célèbre physicien Stephen Hawking avait déclaré que l’humanité disparaîtrait probablement d’ici un siècle si elle ne colonisait pas une autre planète. Dans l’espoir de conjurer cette perspective, il avait lancé avec le milliardaire Yuri Milner le programme Breakthrough Starshot, visant à démontrer la faisabilité du voyage interstellaire au moyen de la technologie de la voile photonique. Ce roman imagine la réussite du projet : on suit la progression d’un vaisseau automatisé, chargé de gamètes congelés, jusqu’à l’exoplanète Proxima b du Centaure. Une colonie se développe peu à peu, attentive aux signes de maladies mentales que l’éducation par des machines est réputée favoriser. Mais un incident passé inaperçu aura de lourdes conséquences…
Extrait :
On descendit. On reconnaissait maintenant nettement les images de désolation qu’avait livrées l’écran de la console. Le robot qui avait émis désespérément un signal était là, sur la droite. Il continuait d’émettre, d’ailleurs – d’appeler, pensa Ismaïl. […] Pendant des jours, il avait tourné en rond autour de son ancien port d’attache, à en juger par les cannelures circulaires qu’avaient formées ses chenilles. Cette persistance à vouloir communiquer était ce que la colonie avait laissé de plus vivant, se dit Ismaïl.
On récupéra la carte SD du robot, mais il y avait peu à attendre de ces données : informations relatives à un travail d’extraction, de bûcheronnage, que sais-je ? Si l’on voulait trouver des indices sûrs, il fallait regarder ailleurs.
Les cases portaient toutes des marques d’incendie. Celles qu’on côtoyait étaient certes proches les unes des autres, mais l’importance des dégâts laissait penser à une volonté de destruction systématique. Du reste, la dizaine de cases qui se situaient de l’autre côté du vaisseau NT5 avaient également subi les atteintes du feu.
Il n’y avait strictement rien qui fût analysable, qui n’eût été rendu informe par cette lèpre de la combustion. À demi brûlée, une poupée enfantine à visage de smiley, victime d’un incompréhensible naufrage à distance des cases, gardait seule un caractère humain.
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Mères indignes – Nouvelles de Luce Caron
Présentation : Ce recueil de huit nouvelles a pour héroïnes Céline, Aurélie, Agnès, Elsa, Olivia, Caroline et Sabine. Au fil de ces histoires courtes mais denses, composées avec leur juste dose de piquant, Luce Caron montre différents visages de la maternité par le biais de femmes d’aujourd’hui aux prises avec le « mal de mère ». La forme condensée marque les esprits sans délayer le propos ; le but étant de mettre des mots sur des maux, somme toute très répandus dans notre société, et auxquels l’air du temps a donné davantage de visibilité sans pour autant éradiquer le tabou qui entoure encore la difficulté maternelle. Le phénomène n’est pas nouveau en effet, même si depuis toujours, la maternité est perçue comme un monde lisse fait de devoirs et de responsabilités. Au point de ne plus voir que cela et sur lequel il n’y aurait rien à signaler. Ainsi, cette incursion dans le quotidien de ces femmes, de ces mères, qui ont toutes quelque chose à se reprocher, montre-t-elle combien, parfois, la maternité « pèse ». Et la société, avec ses injonctions à se comporter selon certains standards, fait que ce poids devient alors une charge mentale bien trop lourde.
Conclusion, la mère parfaite relève, elle aussi, du mythe. C’est ce que ce livre tend à démontrer avec beaucoup de finesse, et de provocation parfois, quand le drame côtoie une certaine forme d’humour au second degré. Des récits qui ont en tout cas le mérite de faire réfléchir.
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Valerian ouvrit les yeux…
– Je vous l’avais dit ! gronda une voix caverneuse.
…il n’allait pas mourir !
– Quelle idée de voler sur le dos de ce vilain poulet mangeur d’or !
Azimuth se posa tout à côté d’un carré d’épines-rosettes urticantes et le jeune chevalier pensa qu’il n’avait jamais rien vu de plus réjouissant, hormis le dos du dragon s’interposant entre le sol et lui.
– Eh ! Là-haut, héla Azimuth en roulant des yeux pour apercevoir son passager.
Son appel demeurant lettre morte, le dragon s’ébroua, délogeant son hôte peu loquace. Valerian, tiré de son hébétude, se retrouva assis dans l’herbe où il se vautra avec délectation.
« Dame Hortense ! »
À ce rappel soudain, le jeune chevalier posa un regard inquiet sur la musette qu’il agrippait toujours d’une main ferme. Mais c’est dans l’autre main qu’il découvrit le petit paladin. Il avait dû s’en saisir lorsque le bec d’or s’était dissous dans l’atmosphère, tel un morceau de sucre dans une tasse de thé.
Horrifié à l’idée d’avoir serré le poing trop fort, Valerian posa doucement la petite créature inerte sur le sol herbeux.
– Elle va bien ? s’enquit Azimuth.
N’obtenant pas de réponse, le dragon posa un œil énorme et inquisiteur sur le paladin, tapota le petit corps d’une griffe délicate puis, après un instant de réflexion, il émit un rot sonore aux âcres relents d’ammoniac.
– Îîîîîk !
– Elle va bien, décréta-t-il.
– Que… Que s’est-il passé ? bredouilla Hortie en retrouvant silhouette humaine.
– Ce que je redoutais ! s’exclama le dragon, cette horrible volaille qui vous servait de monture s’est lâchement enfuie.
En quête d’un avis plus objectif, la fée se tourna vers Valerian.
– Mon sortilège manquait de puissance apparemment, constata-t-elle lorsque le jeune chevalier eut fini son récit.
– Heureusement, je suis plus fiable que cette espèce de gallinacé aurivore, assura Azimuth. Je ne me dissous pas dans l’éther, moi, se plut-il à ajouter.
– Je dois bien avouer qu’en toute occasion, vous avez prouvé que vous étiez le dragon de la situation, admit volontiers Hortie, c’est pourquoi, je suis certaine que vous vous ferez un plaisir de nous emmener au Mont de la Licorne Noire.
…
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Digue de cuesme, quatre-vingt deux
Si ce n’est pas un chant d’amour que ce chant de Jane Carine-Laure Desguin, je n’y connais rien.
Christian-Zéphirin - dit Boule - passe dans la vie comme un boulet. En musique de fond, un rire plein d’enfance. Un rire qui ne sera jamais adolescent, mature, vieillissant, non. Autour de lui cependant, il y en a qui rient aussi, certes (comment ne pas rire, n’est-ce pas, malgré tout) mais brièvement, entre deux hurlements de désespoir.
une toute petite vie
doit-on dire si
petite si petite
si
exsangue de tant de choses
une vie de rien
une vie pour rire
une vie de rigolade
de rires de rades
je ne sais trop
Il a grandi comme un chiot indiscipliné, sans collier, sans gros yeux ou gros doigt.
alors pour toi
pas de phrases sévères
pas de refus, pas de discipline
libre enfant tu étais
errant dans la ville
juke-box à gogo
potes de comptoir très tôt
jeux de billes et puis de billards
et que sais-je
bien pire encore
Oh, Boule ne comprend pas le pourquoi de tout ce sérieux, ce besoin de mettre tout à sa place, d’ordre et propreté, des choses bien ennuyeuses et inutiles, il le sait bien, lui.
C’était d’ailleurs si bon de faire des concours de crachats et puis les 400 coups, et puis de faire rire les filles. Faites rire une femme et elle est déjà à vous. Il les a collectionnées, comme les cuites, les chats, les emmerdes, les dettes, les fous-rires, les potes-tapeurs, les grands sourires.
c’est dégoûtant de respirer tout ça
entre les crottes de ces chats chattes
chatons et combien sont-ils
incomptables comme tes bouteilles
des enveloppes fermées ou mal ouvertes
Insupportable et tant aimé pourtant. Exaspérant et incorrigible, inoubliable aussi. Et ce qui reste, c’est cette cascade de rires, mal à propos, déconcertants, mais aussi sa seule vraie richesse à partager : une joie surréaliste, une insouciance indécente – car les soucis, eh bien… les autres en faisaient les frais et les nuits blanches.
Toute petite vie, en dents de scie, en chute libre, un toboggan de plus en plus nauséabond et chaotique au fur et à mesure que l’atterrissage approchait. Boum ! Et pourtant sa cousine, il la reconnait jusqu’au bout de ce qui lui reste de souvenirs, sa complice de jeux sauvages et de crachats.
Une fois le halètement de colère/douleur épuisé, c’est l’amour qui se déploie et se dépose, comme une fleur coupée, sur ce qui reste de Boule, le boulet sans conscience…
nous regardons tous glisser
ces quatre planches bon marché
toi dedans Boule et ta toute petite vie
si petite
une vie de rien de rires seulement
et de bières fraiches
et de potes
et de meufs
Un petit livre, petit comme cette petite vie, mais qui chante fort, et imprègne, et partage cette étrange hommage fait de mots qui s’indignent et s’attendrissent, pour enfin s’apaiser et dire « C’était Christian-Zéphirin, et je l’aimais ».
Edmée De Xhavée
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Un dimanche maussade
Cela eut pour effet la résurgence d’une période houleuse de sa vie. Cet épisode remontait insidieusement à la surface et lui procurait une sensation de malaise intense. C’était loin tout ça, mais est-on jamais loin de son propre vécu, quelle que soit l’antériorité de la période en question ?
À l’époque, sa passion l’avait dévastée au point qu’elle s’en étonnait encore aujourd’hui. Quelques regards avaient suffi à l’enflammer. Durant des mois, chaque rencontre, inévitable dans le cadre de leur travail, avait attisé les braises de son affolement. L’un et l’autre s’efforçaient à réfréner leur trouble, mais leurs yeux l’exprimaient mieux que les mots.
À chaque nouvelle entrevue, la torture recommençait… Laurie se consumait, s’exaltait, mais forçait la tourmente émotionnelle à se briser contre le bouclier de sa volonté.
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